« Je suis mille possibles en moi » (A. Gide)

In memoriam : complicité filiale 06/05/08 – 06/05/09
5 juin, 2009, 18:29
Classé dans : Didier Galibert,famille,hommage,Nivoelisoa Galibert,voyage

Papygérard
© N.G. 2006

Éloge par Didier et Nivoelisoa Galibert

Pour Papygérard
6 juin 1927- 6 mai 2008

Nous sommes rassemblés autour de l’homme qui nous a quittés, Gérard Galibert, Papygérard, que mille et une paroles, mille et un objets rappelleront toujours à notre souvenir, dans ces lieux où il a tissé les liens de sa nombreuse descendance. Là-bas, rue des Narcisses ou ici, sur cette terre des Pailhès à laquelle il tenait tant, puisque dix jours encore avant qu’il ne s’éteigne, il était venu ici comme pour un ultime au revoir.

 Nous saluons le patriarche qu’il était devenu, observant avec sagesse et patience le « bari-barau » de cette nombreuse famille éparpillée et surtout rassemblée autour de Mamyvette et de lui-même. Rassemblée le temps d’un repas ou deux, certes, mais dans de vrais moments de plaisir familial. Des moments que nous provoquions, puisque c’était là que nous nous retrouvions les uns les autres, après des mois sans nous voir, parfois même des années, quand des milliers de kilomètres nous séparaient.

 De Papygérard, nous voulons d’abord retenir cet homme plein d’affection et qui avait conquis sur lui-même une faculté d’écoute exceptionnelle. Sans qu’il ait l’air d’y toucher, rien ne lui échappait des conversations qui se croisaient. Et quand nous le croyions perdu dans des pensées personnelles, le voilà qui levait son regard vif, et, d’une voix égale, ponctuait le bruyant échange familial d’une remarque brève et jamais anodine. C’était cet homme qui se levait lentement au milieu de notre verbiage, son inséparable Nikkon autour du cou, et faisait un portrait ici, un autre là. Portrait de groupe, portrait d’individu, on ne savait jamais quand ils avaient été faits et on les voyait rarement, mais ils étaient faits avec l’œil du professionnel aguerri, apte à capter de loin le détail porteur de sens. Car Papygérard ne perdait de vue aucune de ses ouailles, épouse, sœur, fils, belles-filles, petits-enfants… Faisant équipe avec sa sœur Monique et avec notre mère et grand-mère, il colmatait nos lacunes pour conter les histoires de famille, mémoire vivante et souvent facétieuse.

 Papygérard, c’étaient ces réunions conviviales, mais aussi des tête-à-tête passionnants. Technicien et ingénieur avec les uns, géographe et historien avec les autres, littéraire avec d’autres encore. En tout cas, il nous gratifiait de conversations personnalisées, où la petite anecdote faisait toujours sens dans les purs moments de mélancolie. Je le cite : « Paul Valéry avait dépassé l’âge de 60 ans quand il a accédé directement au Collège de France après avoir été toute sa vie employé de bureau au Ministère des Finances à Paris ! ». Il nous livrait ce qu’il savait, mais il apprenait aussi volontiers ce que nous lui rapportions de nos voyages respectifs : « Je ne connaissais pas ce mot », reconnaissait-il sans forfanterie, et lui, le savant géographe au savoir déconcertant, il apprenait encore comme un écolier le vocabulaire spécifique des générations successives. Et quand nous étions repartis au loin, il écoutait avec attention bruire avec fracas, ou plus modérément, les événements de nos vies respectives. Il avait alors la bonté de dévoiler aux uns et aux autres leur propre force quand, grands ou petits, ils rataient une marche ou paraissaient hésiter. Cela nous est arrivé à presque tous, et jamais il n’en a tenu rigueur à personne. Jamais de reproche, mais plutôt la tolérance de l’homme qui avait peu à peu compris pour lui-même les leçons de la vie et qui comprenait la vie des autres. Mieux, il les rappelait avec efficacité à l’ordre pratique des choses pour repartir d’un bon pied. Il a ainsi géré avec générosité son petit monde éparpillé au loin, avec la sagesse aussi de celui qui a arpenté tant d’espaces et expérimenté tant de tempéraments. Les horizons du Sahara et du Spitzberg avaient comblé son goût de la lumière et de l’immensité. De ses années indonésiennes, à Djakarta, il avait rapporté le goût et le savoir de la différence culturelle, l’importance du respect de l’autre dans des recoins souvent insoupçonnables. Aux Pailhès, à Toulouse, à La Réunion dans l’océan Indien, les notes scientifiques qu’il publiait voici quelques mois encore l’associaient de loin à la communauté des chercheurs.

 Le voici donc tout de bleu et de blanc vêtu, assis avec son GPS surdimensionné près de sa canne, devant le treillis des rosiers des Pailhès. Un homme haut en couleurs, quelquefois excessif dans ses paroles mais jamais dans ses actes et dans ses décisions.

 Nous ne l’entendrons plus dire « ce petit » ou « mon petit », en parlant de ses fils, devenus pourtant pères de famille et grands voyageurs à leur tour. Nous ne recevrons plus de petits post-scriptum, tels que : « J’ai dû changer trois fois de rollers… Veuillez excuser les changements de couleur d’encre et de largeur de trait ». Mais nous conservons le timbre de la voix professorale annonçant invariablement au téléphone : « Gérard Galibert ».

 Comme le dit Mamyvette : « De manière différente, certes, tous, nous avions quelque chose à partager avec lui ».

 Nous lui souhaitons, selon ses propres termes, « toutes sortes de bonnes choses » et nous l’embrassons très fort là où il est désormais.

 Proches ou amis sont venus parfois de loin : qu’ils en soient remerciés. Aujourd’hui, croyants ou incroyants, nous lui disons tous : « Repose – reposez – en paix ».

 Le Bez, le 9 mai 2008


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