« Je suis mille possibles en moi » (A. Gide)
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Madagascar à l’UNESCO : du journal intime de Rabearivelo à la performance de Ny Malagasy Orkestra

  JOURNÉES DE MADAGASCAR À L’UNESCO :

  ENTRE TRADITION ET MODERNITÉ

  Journées culturelles de très haut niveau Place Fontenoy à Paris ces 1e et 2 juillet 2010.

  Une nouvelle exposition, un autre regard

  Entre le savoir-faire du travail du bois chez les Zafimaniry, la peinture  innovante de Lova Ratsimandresy et l’exposition sur le poète Jean-Joseph Rabearivelo, les spectateurs ont été transportés par l’élégance de la salle. Autour de l’ambassadeur de Madagascar près l’UNESCO, Irène Rabenoro, étaient réunis quelques-uns des plus talentueux artistes malgaches actuels. Si l’art zafimaniry appartient à une tradition malgache immémoriale, les explications et objets exposés par Daniel Coulaud étaient prolongés par les documents de Sophie Bazin et Johary Ravaloson, lauréats du Prix du regard poétique au Salon du Livre insulaire d’Ouessant en 2009. Lémuriens et caméléons de Lova Ratsimandresy, par la chaleur des couleurs choisies, ont impressionné avec leurs interminables queues qui se terminaient en graffiti citadins, cachet du designer, dans une perspective qui n’a rien à envier à la géométrie picturale, quoique plus abstraite, du grand Paul Klee (1879-1940).

  Les « Calepins bleus », journal intime de Rabearivelo

   Le clou de l’exposition était manifestement l’exposition sur Jean-Joseph Rabearivelo. L’on apprenait la prochaine parution en 2011 d’une édition intégrale de son œuvre : plus d’un millier de pages de poésie et de prose dont beaucoup d’inédits. Celle-ci sera précédée le 4 octobre prochain par celle des « Calepins bleus » : aujourd’hui propriété du CNRS, le journal intime de l’écrivain a été si longtemps tenu secret par les descendants Rabearivelo-Rakotomanga que l’on en était venu à se demander s’il ne relevait pas du mythe. Il existe bel et bien et il nous réserve de grandes surprises sur l’homme. Ainsi sa propension au jeu, à l’opium et à l’alcool. Ou sa relation avec une actrice de théâtre qui lui a donné un enfant.

  En avant-goût, un extrait des « Calepins bleus » exposé salle Miro :

« 6/7/33

9 h 17. Ai joué comme un forcené jusqu’au matin. Ai bu comme le sable la mer.

À minuit, tout ce que j’avais sur moi était …brûlé après une apparence éphémère de chance… environ 1200 fr.

Rentré aussitôt pour prendre tout ce que nous avions, ma femme et moi, d’argent liquide : 6125 fr. – J’ai tout perdu encore, et ce sont des Chinois et des Indiens qui m’ont eu dans un B. M. (ndlr : Bordel malgache ou Bordel militaire ?) qui est aussi un tripot.

Rentré seulement à 4 h 15 du matin, rond comme un sou et soûl comme la lune.

Pauvre petite Mary ! tu vas maintenant faire face, seule et avec ton seul courage, à toutes nos dettes de juin ! Tu sais bien que c’est sans aucune méchanceté de ma part, sans vice naturel, ni même propension au vice du jeu, que tête baissée, yeux fermés et bouche tendue, je te fais quelquefois de ces misères en oubliant tout – et nos enfants.

Seulement ce goût du mystère qui m’a toujours attiré, aimanté… »

  Quoi qu’il en soit, nous gardons en souvenir celui qui a si bien analysé la littérature malgache à ses débuts : « Le procédé de la poétique hova répond au besoin de la race, dont la suprême élégance consiste en une éloquence à la fois dévorante et imperceptible comme une flamme allumée en plein midi »  (Journal des Poètes, 1931).

  Un magnifique moment de fraternité avec Ny Malagasy Orkestra

Quant au concert, il fut somptueux. Après le talentueux trio de Root’art (kalon’ny fahiny) en première partie, les dix artistes de Ny Malagasy Orkestra – très compétents, distingués et conviviaux -, ont donné une image forte de la musique et de ses instruments, du chant et de la danse de la Grande Île dans un voyage immobile hors pair. Entre le gabarit physique de  Justin Vali, venu des Hautes Terres centrales, celui du gaillard Manindry venu du Sud de l’île et la souplesse de gymnaste chinois de Dieudonné (ex-Voninavoko), la preuve de la diversité et de l’harmonie d’un peuple n’est plus à faire.

  Venu très nombreux, le public tout entier a joué le jeu en suivant les indications des danseurs : ils ont enflammé le grand amphithéâtre de l’UNESCO. Les spectateurs, réunis en grappes enthousiastes devant le vaste hall de l’Avenue de Suffren, ont été longs à se séparer. L’album « Masoala » de Ny Malagasy Orkestra est d’ores et déjà disponible via votre réseau habituel.

  Quant à moi, je salue la réussite de ces journées de la délégation malgache de l’UNESCO à Paris.

  Et aux prochaines journées de Madagascar !  Sourire


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