« Je suis mille possibles en moi » (A. Gide)

Mon dernier coup de coeur : le martin et la soie
15 novembre, 2009, 20:36
Classé dans : decivilise,difference,lieux de culture,Madagascar,reflexion,voyage

Extrait du blog de BEKOTO (voir Paysannat (le) malgache sous LIENS à gauche de l’écran), site consulté le 21 novembre 2009

HISTOIRE ANIMALE (7) : Le Martin triste (Fin)
Joli monstre

Les fabricants de linceul traditionnel (mpanao lamba mena) fait à base de la soie  » grège » obtenue à partir du Landy bemaritaina, déciment systématiquement les vers à soie accrochés aux arbres des Tapia (1) . Tout bon Malgache devine le drame derrière cette destruction des vers à soie sauvage. lancent l’alerte car les Nos aïeux, pendant leur exhumation (famadihana), n’auront plus droit, à terme, à leur linceul en soie sauvage mais à de la soie artificielle importée. Et, probablement, un des piliers de la culture Malgache est désormais menacé de disparition : la filière du tissage de la soie traditionnelle.



La femme malgache vue par les romanciers coloniaux français

Plante exotique
© NG 2006

Extrait de Nivoelisoa Galibert, Madagascar dans la littérature française de 1558 à 1990. Contribution à l’étude de l’exotisme, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 1997, 2 tomes, 1160 p.
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[...]

Le visage humain et tout aussi fantasmatique (elle n’a d’autre existence que comme compagne de l’exote ; elle n’est jamais située dans sa famille ou dans son environnement malgache), la femme malgache, ou « ramatou » [sic], est un personnage incontournable du merveilleux exotique. […]

Le couple idéal est alors le couple Européen + femme indigène, l’inverse restant exceptionnel.

Cette femme malgache est belle. De quelque type qu’elle soit, elle est toujours belle. Plutôt asiatique, comme dans ce portrait :

« Grands yeux noirs, illuminés d’intelligence, pétillants de malice et de gaieté ; peau veloutée, brune avec des tons chauds souvent orangés ou ambrés, extrémités fines, petits pieds, mains allongées, cheveux non crépus, ordinairement très longs [...]. Beaucoup de filles malgaches, affinées par de merveilleux atavismes, possèdent des lignes de corps et des traits de visage que nous qualifions de parfaits, parce que nous sommes habitués à les voir chez les femmes blanches » (321, 25),

ou plutôt africaine, par sa stature, comme dans cet autre portrait :

« Elle marchait droite, ses jambes nues jusqu’au genou étaient hautes et fines et chacun de ses pas ressemblait à la légère pesée d’une danseuse qui s’ignore. Son buste, moulé par le tissu rude, s’achevait sur ses épaules où l’attache de ses bras dessinait des courbes mouvantes dont la chair paraissait fragile [...]. Elle avait une façon de regarder [...], de la tranquille assurance des bêtes plus habituées aux caresses qu’aux coups » (527, 52).

Voilà qui annonce les scènes voluptueuses du roman de Mallet. Car l’érotisme étant surtout suggestif, il peut commencer à n’importe quel moment de la narration, de la description ou du portrait. Ainsi, « La Captive nue » de Garenne a nom « Ifoutsy [La Blanche]« . Betsileo, elle est originaire des Plateaux et elle a été ravie à son groupe par les Bara. Sa première apparition est dite « fantastique ». Elle est entièrement nue et

« debout à la lisière du champ, le corps svelte et cambré avait la grâce d’une Vénus de Praxitèle. Les petits globes de ses seins accusaient l’adolescence, il semblait que ce fût une fillette plutôt qu’une femme qui détachait sur le sombre fond des feuillages les lignes harmonieuses de sa nudité gracile » (331, 8).

Cette apparition préfigure la fragilité d’une innocence, comme en témoigne le passage qui suit où, avant d’être délivrée par le lieutenant Delmas, Ifoutsy doit subir la galanterie de ses ravisseurs :

« Le Zafimanèle fit succéder la câlinerie à la violence. Or, voilà que, sous ses languides caresses, la petite Betsileo sent, surprise d’abord, puis indignée et pénétrée de honte, le frisson de la volupté agiter ses flancs. Oui, malgré la haine, malgré la répulsion que lui inspire son violateur [sic], sans son consentement, sa chair tressaille d’un plaisir infâme qui la révolte » (331, 128).

Ainsi, le deuxième trait de cette femme malgache vue par l’exote est bien sa sensualité.

Sur le plan psychologique, cette femme plaît pour son côté sobre, mouramour, accommodant, voire puéril : « C’est une femme-enfant, friande de jeux enfantins, qui aime les bijoux d’argent, les couleurs violettes, et les gestes, et les bruits, et manque de mémoire » (361, 33).

Bref, c’est la femme idéale parce qu’elle est accommodante. Pour insister sur ce côté mouramour des femmes malgaches, nos écrivains oublient rarement de rapporter leur statut auprès de l’exote : peu exigeantes, et généreuses, elles se contentent souvent du rôle de concubines et elles s’occupent de façon très attentionnée de leur compagnon, avec la sobriété, la douceur du bon Sauvage au féminin :

« A fait ben c’ qu’a peut, c’te pauvr’ gosse

Sauf qu’a manque eud’ conversation

Mais un’ blanche s’ montrerait féroce Et m’ plaqu’rait su’ ma concession.

Cell’-ci qui n’ connaît qu’ les falafes

Se trouve heureus’ dans mon taudis

C’est ell’ qui recrut’ mes manafes

Et a n’ m’coût’ pas un radis » (374, 19-20).

Cette femme d’exote recrute donc les manafes (1). Mais, à l’instar de la femme dépeinte par Nicolas Mayeur (2), on ne lui connaît pas d’autres tâches véritables (3) : le premier exote d’Imerina rapporte que les femmes n’ont pas à voir les détails de l’intérieur de la maison car ce sont les hommes qui « pilent le riz et cuisent à manger » ! (4)

Beauté, sensualité, sobriété psychologique : plus que de ses attributions (5), c’est des attributs de la femme indigène que l’exote se préoccupe. Inséparable du mythe de l’Age d’Or, ce portrait superficiel de la ramatou constitue un des procédés majeurs, incontournables, de la littérature idyllique.

[...]

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NOTES :
(1) Manafe [manafo, manafy]: saisonnier agricole sur la Côte Est malgache.
(2) Nicolas Mayeur, profitant de l’accession de Benyowski au « trône », a été le premier Français à avoir pu pénétrer à l’intérieur des terres. Cf. Robert Cornevin, « 18 septembre 1777, le Français Nicolas Mayeur entrait à Tananarive », L’Afrique littéraire et artistique, n° 32, 2e trimestre 1980, p 87.
(3) Veiller au bien-être de l’homme n’en étant pas une, du moins faut-il le souhaiter pour toutes les femmes.
(4) « Il est d’usage dans le pays que les femmes ne fassent aucun travail pénible. Elles sont uniquement occupées de leur soie, de leur coton, et de mettre en oeuvre les feuilles de bananier et de raffia [sic], et de faire des nattes. Elles n’ont même pas les détails de l’intérieur de la maison, car ce sont les hommes qui pilent le riz, cuisent à manger, etc. », cité par Robert Cornevin, op. cit., p 84.
(5) Un dicton malgache dit « Ny adidy tsy an’olon-dratsy / Seules les honnêtes gens ont des responsabilités ».

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N.B. : Le numéro de l’ouvrage de roman français et l’indication de page mis entre parenthèses dans le corps du texte supra renvoient au tome 2 de Nivoelisoa Galibert, Madagascar dans la littérature française de 1558 à 1990, op. cit. : 321 : RENEL, Charles, La Fille de l’Ile Rouge. Roman d’amours malgaches, Paris, A. Flammarion, 1924.
331 : GARENNE, Albert, La Captive nue, Paris, Plon Nourrit, 1926.
361 : MILLE, Pierre, Mes trônes et mes dominations, Paris, Editions des Portiques, 1930.
374 : MATHIAU, Alexandre, Soliloques de brousse, préface de Delélée Desloges, Paris, Pyronnet, 1931.
527 : MALLET, Robert, Région inhabitée, 1964, Paris, Gallimard, 208 p [Réédition ibid. : 1990]



Prix du livre jeunesse Ouessant 2009 : un excellent cru

Relevé dans Le Télégramme, quotidien de Brest, du 21 août 2009, dans la rubrique Prix du Livre Insulaire

La présidente du jury du Prix du livre jeunesse, Nivoelisoa Galibert, a déclaré, hier midi, « que 2009 est un excellent cru » et a salué les efforts des éditeurs de l’océan Indien.

Deux romans pour adolescents et dix albums pour les plus jeunes ont été retenus pour concourir dans ce prix de la catégorie «jeunesse». Et les membres du jury, les deux élèves du collège des Îles du Ponant, Lucille Guillerm et Manon Riou, leur professeur de français, Jean-Jacques Salaün, et les deux enseignantes, Gwenaëlle Baamara et Sophie Marhic, ont été unanimes pour décerner le prix du conte contemporain à « Le phare de l’enfant algue », écrit et illustré par Hugues Mahoas (éditions Coop Breizh). Le prix album de la découverte a été attribué à « Ali de Zanzibar », de Salim Hatubou (Orphie éditions). Le jury a décerné deux mentions spéciales à « Joshua ou la mer des histoires », de Delphine Ratel et Virginie Grosos (éditions Millefeuille), et « Les orangers de Tahiti », de Roxanne Marie Galliez, Emmanuelle Tchoukriel et Clémence Vasseur (éditions Balivernes). Les deux jeunes collégiennes ont été particulièrement contentes de participer à ce jury littéraire, de lire tous les livres et de défendre ceux qu’elles ont aimé.

« J’ai découvert une culture »

Comme Lucille Guillerm, défendant la cause d’ « Ali de Zanzibar », de Salim Hatubou : « J’ai découvert une culture. Les illustrations sont magnifiques et je l’ai lu trois fois tellement je l’ai aimé! ».



NIVOELISOA GALIBERT : QUI SUIS-JE ?

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© M.K. 2007

Chercheure associée au Crlv/Crlc de l’Université Paris-Sorbonne (Centre de recherches sur la littérature des voyages/Centre de recherche en littérature comparée), professeure associée à l’ENS/ITEM /CNRS (Institut des Textes et Manuscrits modernes, UMR du CNRS), également chercheure associée au Crlhoi de l’Université de La Réunion (Centre de recherches littéraires et historiques, de l’océan Indien), je suis née en 1953 à Antananarivo (Madagascar). J’y ai vécu jusqu’à mes 17 ans, où j’ai entrepris mes études supérieures en France pendant 10 ans. Après quoi, j’ai enseigné sous la tutelle du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche malgache pendant 16 + 4 ans à « Tanà » et à « Diego », ainsi qu’au lycée français de Tanà et au collège de l’Apeaf (Association des parents d’élèves de l’Alliance française, toujours de Tanà).
Pendant ce temps (de 1979 à 2006), je vivais en alternance entre Madagascar et l’Europe, puis Madagascar et La Réunion pour des raisons à la fois privées et professionnelles dont la préparation du doctorat d’État es Lettres Madagascar dans la littérature française de 1558 à 1990. Contribution à l’étude de l’exotisme, Septentrion, 1997, 1160 p – thèse soutenue à l’université Paris-Nord en 1995).
Mes deux principaux ouvrages personnels sont la Chronobibliographie analytique de la littérature de voyage... (Honoré Champion, 2000, 232 p.) et l’édition scientifique de la correspondance des lazaristes de Madagascar à Vincent de Paul (voir infra la liste des « travaux réalisés » : À l’angle de la Grande Maison… (Paris, PUPS, coll. Imago Mundi 3, 2007, 548 p. + h.t. ill. 11 p.). Complémentaire de l’Histoire de la Grande Isle Madagascar de Flacourt éditée par Claude Allibert chez Karthala (1995, 2007), ce dernier recueil met au service de tous publics, universitaire comme profane, un des rares témoignages collectifs approfondis en français dont nous disposions sur l’histoire de Madagascar au XVIIe siècle.
Mon conjoint, Didier Galibert, né en 1953 à Toulouse, docteur en anthropologie politique et professeur agrégé d’histoire au lycée Camille Jullian, est chercheur associé au Cresoi de l’Université de La Réunion (Centre de recherches et d’études sur les sociétés de l’océan Indien) et au Sedet de l’Université Paris-Diderot Paris 7 (Sociétés en développement : études transdiciplinaires). Entre autres travaux, il est l’auteur de l’ouvrage Les Gens du pouvoir à Madagascar : État postcolonial, légitimités et territoire (1956-2002) (Paris, Karthala/Cresoi, coll. Hommes et sociétés, 2009, 575 p [+ index 23 p. broché]).

Nous vivons actuellement à Bordeaux. Cette ville, majestueuse, cultivée, hédoniste et feutrée, d’une part donne l’opportunité de fréquenter une grande université spécialisée dans les problèmes africains et malgaches (voir l’Institut d’études politiques et le Centre d’études sur l’Afrique noire), d’autre part se situe à 2h 59 mn de TGV de la capitale où presque tout se passe, sans les contraintes d’un Paris au quotidien.

Passionnée de voyage sous toutes ses formes (déplacement physique, lecture, musiques du monde, contact de cultures, etc.), je suis servie par mon métier de chercheure en littérature de voyage sur l’océan Indien et en littératures francophones de l’océan Indien (Madagascar, Maurice, La Réunion essentiellement). Mes principaux éditeurs sont Honoré Champion, les PUPS, L’Harmattan/Université de La Réunion tant pour les articles que pour les ouvrages. 

Pour le reste, au plan privé, mes loisirs sont plus simplement la randonnée cycliste et la plongée en apnée, ainsi que toute activité culturelle qui ouvre au Tout-Monde. De temps à autre, j’aime cuisiner en créant pour ma famille et mes amis proches et échanger des recettes gastronomiques (salé-sucré) avec d’autres « aficionados ». J’oubliais : je me réapproprie mes souvenirs en écrivant beaucoup entre journal intime et fiction autobiographique. Ainsi, je suis auteure d’un recueil L’Aube en maraude. Soties, Antananarivo, chez l’auteur, 2005, et de tranches de vie personnelle qui s’efforcent d’être cathartiques, à la fois tendres et humoristiques. Un recueil de récits, Mots pour langes. et quelques soties malgaches, est paru aux éditions Amalthée (ISBN : 978-2-310-508-1). Le référencement en ligne est prévu autour du 15 février 2010  (dilicom, amazon.fr, fnac.com., www.editions-amalthee.com, etc.). Vous pourrez aussi le commander chez votre libraire de proximité.

Pour compléter ce portrait personnel, voici une fiche typiquement administrative à toutes fins utiles :

- Qualifiée par le CNU français aux fonctions de professeur des universités (sections 09 puis 10)

- Membre titulaire de l’Académie Nationale malgache

- Chevalier de l’Ordre National malgache-

- Ancienne élève d’hypokhâgne et de khâgne du lycée Edouad Herriot (Lyon, France)

- Directrice d’études invitée à l’EHESS, Paris, du 4 janvier au 2 février 2007

- Chercheure invitée au LCF N° 8143 du CNRS (ex-UPRESA N° 6058 du CNRS) pour le projet « Chronobibliographie analytique de la littérature de voyage sur l’océan Indien » subventionné par une bourse DEF de l’AUPELF/UREF (1996-1997 – Voir « Travaux réalisés : Publications : ouvrages »)

- Professeure invitée à l’Université de Caen-Basse Normandie (mars 2002) – Visiting Professor à l’Université de Maurice (2 x 3 semaines en avril et en mai 2001) – Membre du Groupe de Recherche Interdisciplinaire sur les Écritures Missionnaires, Centre facultaire de l’Institut Catholique de Paris (2002-2007)

- Membre du Comité scientifique et comité organisateur du Colloque Le Voyage à Madagascar : de la découverte à l’aventure intellectuelle, Tananarive / Fort-Dauphin, 13-18 octobre 2003 (Crlv Paris 4 et FLSH/Université d’Antananarivo)

- Membre du Comité scientifique de la Revue Historique de l’océan Indien, Association Historique Internationale de l’Océan indien (Prs Yvan COMBEAU, Prosper ÈVE, Sudel FUMA et Claude WANQUET présidents)

- Co-directrice scientifique avec Norbert DODILLE (Université de La Réunion) d’une Journée Crlhoi, Université de La Réunion, « Discours nomade », 2 avril 2005

- Co-présidente d’honneur du Colloque international Imago Mundi II : Lettres et images d’ailleurs avec M.-Ch. GOMEZ-GÉRAUD (CRLV Paris-Sorbonne, Université d’Amiens), Grignan, CRLP de l’Université de Nice et Château de Grignan, Grignan, 19-21 octobre 2001

- Visiting Professor à l’Université de Maurice (mars 2001 puis avril 2001)

- Membre du Jury du Prix littéraire de l’océan Indien (Conseil Général de La Réunion) 1999-2004

- Membre du Jury du Prix international du Livre Insulaire (Ouessant, Association Cultures, Arts, Littératures Insulaires ) depuis 2006

- Membre du Cths (Comité international des travaux historiques et scientifiques)

- Membre de la Sielec (Société nationale d’étude les littératures de l’ère coloniale)

- Membre du groupe de recherches interdisciplinaires « Espaces francophones, textes missionnaires et lieux de rencontre » de l’Université de Waterloo (Ontario anglophone)

- Directrice de l’École doctorale « Langues et Lettres » de l’Université d’Antsiranana (Madagascar) (2002-2004)

- Présidente fondatrice de l’Ascut (Association socio-culturelle de l’Université d’Antananarivo (1987-1996)

- Présidente fondatrice de l’Athmef (Association du théâtre malgache d’expression française) (1989-1991)

- Responsable fondatrice et animatrice de l’émission littéraire radiophonique « Le Cahier bleu » (Alliance FM 92) (1995-1996)

N.B. Si vous le souhaitez, vous pourrez entendre six de mes conférences (Encyclopédie sonore de Paris-Sorbonne/Crlv) en double-cliquant sur CENTRE DE RECHERCHES SUR LA LITTÉRATURE DES VOYAGES dans le lien VOYAGE ou PARIS-SORBONNE à gauche de votre écran.



PRIX DU LIVRE INSULAIRE D’OUESSANT 2009 : « Zaho Zafimaniry – Zafimaniry intime »

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© N.G. 2008

Catégorie « Regard poétique » :
Johary Ravaloson et Sophie Bazin, Zaho Zafimaniry – Zafimaniry intime, Antananarivo/La Réunion, éditions Dodo vole

par Nivoelisoa Galibert
(Article publié dans Les Nouvelles (Antananarivo à la parution de l’ouvrage)

Auteur de La Porte du Sud, « auteur dégagé » selon ses propres termes, Johary Ravaloson préside le groupe malgache « TsyKanto sy Tsimaninona [« Inesthétique et Insouciant »] et forme avec son épouse Sophie Bazin, comme lui plasticienne d’art contemporain, le tandem « Arius et Mary Batiskaf » (clin d’œil aux cousins Marius et Ary Leblond, célèbres écrivains de La Réunion où ils ont vécu pendant ces dix dernières années). Ludique et attaché à la transgression, le couple a toujours donné le ton à la défense du Dodo, oiseau emblématique des oubliés du Progrès.

Médecin et plasticienne, juriste et écrivain
Docteur en médecine, Sophie Bazin se consacre depuis 1996 à la peinture et à la gravure. « Volumes, performances et installations », précise-t-elle. Ses expositions sont connues aussi bien à Tana qu’à La Réunion ou dans sa Normandie natale : Padar à Tana, Les Fleurs bleues, Liberté plastik, Les Oiseaux, Sortir du corps, Mémoires organiques et autres réminiscences… Elle est actuellement en résidence de création à Caen. Quant à Johary Ravaloson, rappelons-le, nouvelliste et romancier, il a été plusieurs fois lauréat de concours francophones internationaux (Prix du Centre Régional des Œuvres Universitaires, 1996 ; Prix de la nouvelle de l’océan Indien, 1999 ; Prix Grand Océan de littérature d’inspiration religieuse, 2000 ; Prix Williams Sassine, 2005). C’est en 2005 qu’il remporte avec Les Larmes d’Ietsé le Prix du roman de l’océan Indien organisé annuellement par le Conseil général de la Réunion, jusqu’à présent inédité. Sans délaisser l’écriture (Géotropique est son dernier roman, à paraître), docteur en droit, il se retrouve depuis peu installé comme juriste dans sa ville natale, Antananarivo, où son épouse le rejoint.

« Du désir et de la détermination…, de l’ancestralité et de la contemporanéité »
L’idéal de vie du couple le positionne toujours entre le monde passé et le monde futur, lesquels le plus souvent sont une transmutation du présent. C’est en tout cas ce que Sophie Bazin et Johary Ravaloson donnent à percevoir dans Zaho Zafimaniry – Zafimaniry intime, relation d’un long voyage de 1996 à 2006, où ils ont vécu en alternance dans le triangle de la Réunion, du pays Zafimaniry et de l’hexagone. En découle un « savoir exogène – des lunettes singulières – », selon la superbe préface de Juliette Ratsimandrava. Un savoir qui permettra aux lecteurs d’apprécier à travers un texte bilingue de se laisser reconduire du « temps plié » vers un dedans d’une beauté exceptionnelle qui court après la règle. Photos (S. Bazin) et textes (J. Ravaloson) sont l’oeuvre à quatre mains d’esthètes qui ne concèdent rien au tamberi-tany  (perte de repères) d’un pays où carnet de route et tranches de vie au quotidien se font énonciation artisanale à la manière des contes : si proche du merveilleux, mais les pieds dans la réalité.

N.B. S. Bazin et J. Ravaloson, Zaho Zafimaniry – Zafimaniry intime, préface de J. Ratsimandrava, Éd. Dodo Vole, 2008, 84 p. et 48 photographies, papier filigrané, format 21 x 21 cm, 18 euros. Sorti le 24 mai 2008, disponible à Antananarivo à partir d’août, chez Lecture et loisirs (Galerie Zoom) et par le site des Éditions Dodo Vole dont les auteurs sont responsables : http://dodovole.blogspot.com/.



Mon coup de coeur : un récit de voyage sensible sur Madagascar

Dominique Rolland, Glissements de terrain : une ethnologue dans la vallée de Matitanana, Elytis. Coll. Grands voyageurs, 2007, 222 p.

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© L.L. 2009

4e de couverture :
« Glissement de terrain [sic], revient sur le passage personnel de l’auteur, en tant qu’ethnologue, dans une vallée retirée du sud-est de Madagascar. Trois années durant, Dominique Rolland côtoie les Antemoro de la Matitanana, suivant le cours de la vie et de ses rites. Carnet d’un voyage lointain, c’est un vrai regard critique sur le rôle de l’ethnologue qui se dégage de cette expérience malgache inédite.  » Il vous semblait autrefois, à Paris, que l’ethnologie devait témoigner de l’intelligence de l’homme, de sa capacité à dominer les contraintes naturelles pour organiser la vie en société. Faire de l’ethnologie, c’était le désir impérieux de dire à l’Occident que le monde est infini, que la richesse de l’humanité réside dans sa diversité. Plus qu’une discipline scientifique, vous embrassiez à bras-le-corps une morale, et peut-être que sommeillait en vous la présomptueuse idée qu’il y avait quelque chose à racheter. L’ethnologie d’alors avait des allures de pratique militante opposée à l’insupportable superbe d’un monde qui s’affirmait seul tenant de l’intelligence, de la raison et de l’efficacité « .

N.B. J’ai entendu l’auteur, maître de conférences à l’Inalco, réciter un long passage de son livre aux Voûtes (Paris 13e) sous l’égide de Laterit Productions (Marie-Clémence et Cesar Paes), c’était à vous donner des frissons. D’ailleurs, je l’entends toujours en écho : « Mangatsiaka... », insistant sur chaque voyelle, à la façon antemoro. J’étais à nouveau dans le Matitanana. (NG)



Papygérard : complicité filiale pour vos 82 ans virtuels
6 juin, 2009, 18:18
Classé dans : Didier Galibert,difference,famille,hommage,Nivoelisoa Galibert

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© D.G. 2009

Gérard Galibert (06/06/1927-06/06/2009) (DCD le 06/05/2008)

Je suis si heureuse de vous avoir connu.

J’aurais pu ne croiser que vos écrits universitaires sur la montagne alpine, la télédétection en géographie. Vous n’étiez pas littéraire, disiez-vous. Et pourtant, toute cette science de la terre, n’était-ce pas une façon poétique d’approcher la vie ?

La terre qui amasse les vivants invisibles et entoure les vivants visibles…

Bon anniversaire, Papygérard.

Votre belle-fille Nivoelisoa. « Ma fille », disiez-vous encore.



FELANIAINA, FAIS LA NANA

Par Nivoelisoa Galibert

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© N.G. 2006

Felaniaina Pétale-de-Vie a guetté la pluie toute la journée.
Le directeur babtou du Ccf Centre culturel français lui a fait un jour l’intéressante remarque qu’il n’est pas logique qu’une jeune femme qui a fait des études en France ne songe pas à sortir les plantes vertes de son bureau quand il pleut. Qu’elles se rafraîchissent un peu, sacrebleu !
Ben non scrogneugneu ! Ici en Malgachie, les plantes elles font ce qu’elles veulent partout dans la cour on ne les garde pas à l’intérieur ni d’ailleurs le chat ni le chien ni la tortue ni le tanrec ni le cardinal ni le canari ni l’indri ni le marsupilami.
[...]
Qu’il fait bon regarder la pluie fouetter ces Babtoues qui se précipitent à la bibliothèque mettre la main sur le dernier Nothomb.
No tombes. Des zombies… Quoi faire d’autre sous les tropiques quand on est épouse de diplomate.
- Ho ! Fais-la-nana, à ton poste !
Felaniaina. Mais que c’est compliqué le malgache ! Nous au Ccf, nous disons tous Fais-la-nana.



Nicolas Fargues et Madagascar

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© N.G. 2009

AUTOUR DE « RADE TERMINUS » (P.O.L., 2004) DE NICOLAS FARGUES :
QUEL SYNDROME RICHARD GERE ?
par Nivoelisoa Galibert

Crevons l’abcès : lors de son mandat de directeur d’Alliance française à Diego-Suarez, en même temps que sa littérature, Nicolas Fargues vendait-il son physique au lecteur ? Nicolas Fargues aurait-il lui aussi été atteint du mal de la « belle gueule » baptisé par les critiques « syndrome Richard Gere » (1) ? Mais je n’irai pas jusque-là : Fargues est un écrivain très professionnel.

À force de voir ses photos, de s’entendre répéter par la critique journalistique, majoritairement féminine (2), et par la plus commune des mortelles, ainsi la lectrice du Centre culturel français, qu’il est beau, avec ou sans agacement, c’est bien une des questions que se posent maintenant lecteurs et lectrices : Nicolas Fargues vend-il son visage et sa silhouette au détriment de son talent ? En effet, sauf exception, chaque critique de Fargues est accompagnée d’une photo avantageuse, fidèle toutefois à la réalité. La plus sensuelle étant celle, éthérée, publiée par le magazine Elle le 25 octobre et itérée par le quotidien Les Nouvelles de Tana le 12 novembre 2004. À moins qu’il ne s’agisse d’un montage, à moins qu’un photographe n’ait été dépêché exprès à 9000 + 900 Km sur les lieux de travail de l’écrivain provocateur, le cliché a été réalisé devant la baie de Diego-Suarez. J’en déduis que le document a émané de l’auteur pour accompagner Rade Terminus. Ajoutons à cela que Nicolas Fargues habille de son visage des publicités pour dames, informe Christian Chadefaux dans le même article des « Nouvelles ». Rappelons-nous enfin ce qu’écrivait Biba en 2002 : que depuis Sartre, les intellectuels, qu’il s’agisse de Luc Ferry ou de B.-H.L., ont désormais un devoir implicite de séduction physique. Mèche folle élaborée, ou chemise en lin immaculé sont désormais de mise.

Ce que je crains, c’est que cette visualisation répétée d’une « belle gueule » ne provoque l’effet contraire chez le public : l’agacement, la fatigue due au matraquage du « contenant ». C’est à peine si l’on a envie de prendre connaissance du contenu dans cette visualisation permanente. Ouvrant « Le Nouvel Observateur » à Paris en septembre, ma colocataire à qui je parlais beaucoup de Madagascar, jeune juriste, n’a pas fourni l’effort de lire la critique : « Ah d’accord, c’est clair, il vend son physique ». Encore moins de lire le livre que j’avais mis en évidence sur notre table à manger commune. Tandis qu’un ancien de Diego me rapportait : « Le livre m’est tombé des mains ». En effet, celui-là ne s’intéresse pas aux critiques dont un des rôles est pourtant de guider le lecteur dans l’océan typographique qui envahit Paris. Il achète tout ce qui touche Madagascar, et de surcroît Diego. Nicolas Fargues aurait défiguré sa ville en ne faisant que l’effleurer.

Le public cible : un jeu de captation
Suis-je touché(e) lorsque je lis Rade Terminus ? Rire, épouvante, colère, tristesse ? ou les deux dernières émotions juxtaposées prenant pour nom « dépit » ?… C’est la seule question que devraient se poser lecteurs et lectrices devant toute fiction. Parce que pour être lu, il faut capter la « bienveillance du lecteur » par l’émotion. Et pour capter-capturer ce public, il faut le connaître, maîtriser ses us, se tenir informé de ses goûts : il y va de la littérature comme de tout ce qui concerne l’humain, évolutif par définition. Comme dans l’habillement, la mode à Paris est au vieux rose et aux ourlets biaisés, le sujet-culte au cinéma est le monde de l’édition (« Je suis un assassin » de Thomas Vincent, « Mensonges et trahisons et plus si affinités » de Laurent Tirard, « Comme une image » d’Agnès Jaoui, tous sortis en 2004) ; en littérature, les éditeurs parisiens demandent encore de l’ « ailleurs » dans la foulée de Nicolas Bouvier ou de Michel Le Bris ou de J.-M.G. Le Clézio. N’oublions pas Amélie Nothomb écrivant sur le Japon. Les clones de Michel Houellebecq sont moins systématiquement admis. Issu du monde de l’édition, comme lecteur chez Gallimard notamment, de fait avec son entregent surtout depuis « One man Show » (2002), Fargues dominait les arcanes du système. Je parle au passé parce que, éloigné au bout du monde à Diego, il s’est « planté » dans sa première version du livre, et c’est tout à son honneur de l’avoir livré à Pierre Maury (3) : le goût du public, le croirait-on ?, est si changeant à Paris. Vous aurez remarqué en passant que je ne parle que de Paris. Pour moi, le jeu est honnête : Nicolas Fargues visait le public parisien. Quoi de plus étonnant dans ce cas que les critiques, lecteurs en principe plus avertis que les autres, y aient salué le livre quasiment à l’unanimité. Il répondait à l’attente parisienne, qui fournit tout de même la majorité des lecteurs franco-français. Tout comme vous, je distingue bien littérature franco-française, littérature en français (Beckett, Kundera, Semprun, Makine, Cheng et les autres), et littératures francophones (mais qui à Paris va se rappeler spontanément que Nothomb est belge ? Qu’en revanche, vivant à Paris, Kourouma était bel et bien perçu comme un excellent écrivain francophone ?). Le champ Fargues est net de professionnalisme : écrivain parisien, ciblant une édition parisienne, une réception parisienne, aussi bien lectorat que critique journalistique. Avec les prix littéraires (4), il reste, pour produire la valeur de l’œuvre, la critique universitaire. Comme pour Le Clézio, Kundera ou Conrad, il y aura certainement une critique universitaire de Fargues ou au moins de la jeune génération de l’autodérision et du cynisme, trentenaires désenchantés-branchés, dont il est un des fleurons au même titre que les Louis Lanher (« Un pur roman »), Charles Pépin (« Les Infidèles ») et Christophe Ono dit Biot (« Génération spontanée »). La tendance dans la spécialité universitaire « lettres modernes » est d’une part l’abolition des frontières entre les genres (ou « transgénéricité » selon Dominique Moncond’huy, Henri Scepi et al.), d’autre part la question de la répétition (« intertextualité », « palimpsestes », « dialogisme » ou simplement « récriture » : ainsi, les robinsonnades offrent une matière inépuisable). D’ailleurs, Christian Chadefaux soulignait déjà que « Rade Terminus » pourrait être entendu comme une talentueuse reprise de la décivilisation évoquée par les textes fondateurs, « Les Civilisés » de Claude Farrère (1905) et « Le Décivilisé » de Charles Renel (1923).

Mais il me semble bien tôt pour que la boucle du champ Fargues soit bouclée. Trop tôt pour dresser un bilan entre apparence et essence car qualité et quantité peuvent ne pas coïncider en littérature : la quantité se mesure au succès des ventes tandis que la qualité se mesure à l’influence exercée.

L’autre bout de la lorgnette
Diego-Suarez, comme tout port, et qui plus est ancien port colonial de garnison, c’est avant tout un espace peu anodin, liminaire s’il en est : en 2003, année d’écriture pour Fargues, la ville est toujours au seuil de mille et une autres choses. Au seuil de la mer et donc d’un ailleurs invisible. Au seuil d’une époque que l’on espère toujours nouvelle, tant et si bien que Christine Rousseau du « Monde des Livres » croit de façon lamentable que les ruines datent de la seule crise de 2002 ! Au seuil surtout du monde des Blancs qui vont et qui viennent. Retraités que certains surnomment « papys Diego » (ce qui suppose un attirail de bermuda, de tee-shirt ventripotent, de jolie jeune femme à bébé métis, et beaucoup de gentillesse envers leur compagne autochtone, parce que s’il y a une ville au monde où l’on ne tripote pas la prostituée ou simili en public, où on lui tire la chaise pour qu’elle s’assoie au restaurant, c’est bien Diego). Thoniers espagnols qui s’avitaillent et font le bonheur des laissées-pour-compte de Madagascar. Couple métropolitain venu avec tout son pécule pour créer au bord de l’eau un paradis de bout de monde faussement désoccidenté et vite rattrapé puis démantelé par la vénalité ambiante. Une université où la francophonie analyse Balzac, Ionesco, Kourouma au même titre que Jaomanoro sous des cascades intermittentes de pluie qui tombent sur des étudiants à travers les fuites des tôles. Des compatriotes qui vous expliquent avec respect l’interdit du caméléon. Un garçon de café merina (5) qui se plaint d’être traité en étranger par la population locale. Aucune doléance cependant à propos de l’avion d’Air Madagascar qui reste sur le tarmac pendant trois jours pour une panne technique. Une Alliance franco-malgache qui organise des quizes en français le jour de la Saint-Valentin comme à la télévision française. Bref une ville peu nette mais toute en nuances, voilà ce que j’ai noté.
Cependant, j’ai sans doute regardé par le mauvais bout de la lorgnette. Et en quoi tout cela pouvait-il intéresser là où se vendent les livres ? Chez Fargues, pas de portraits de ces Malgaches qui constituent la majorité. Reprochons-le lui. Mais il n’est ni Raymond Decary ni Georges Heurtebize : il n’a pas choisi l’ethnographie. En revanche, comme Ananda Devi, il pourra dire du plus lointain de son exil : « (…) Même [à Diego], je vis toujours dans la mémoire de [la France][…] La source de mon écriture demeurera probablement ce pays dans cette dimension onirique qui peut se contenter des liens les plus infimes. »

Car ce roman, Rade Terminus, a priori sociologique puisque la 4e de couverture désigne un lieu réel, sera nécessairement subjectif. Ce livre n’est certainement pas un documentaire : c’est une œuvre de fiction. L’essentiel est qu’il touche son public. C’est le propre du professionnalisme en écriture. Ceux qui voudront connaître Diego et les Malgaches prendront la peine de lire les guides et les études scientifiques. Il est simplement dommage que l’objet saisi par l’instantané se sente légitimement lésé par l’artiste (7).

Croyez bien qu’être un véritable écrivain n’est pas chose aisée. Non seulement tous les éditeurs ne sont pas des découvreurs : ils miseront toujours en priorité sur ceux qui ont déjà gagné. Ensuite, renseignements pris auprès des professionnels de l’édition, si une grande maison comme Gallimard n’édite qu’un livre sur 6000 tapuscrits d’inconnus qui arrivent chaque année, saluons Nicolas Fargues d’être le porte-fanion de la maison P.O.L. Sa « niche », il l’a bien méritée. Par le travail, par ce roman solidement construit jusqu’à la toute dernière page.

Être critique non plus n’est pas une sinécure. Il est clair que Destouches, auteur de la vieille remarque « La critique est aisée, et l’art est difficile », ne vivait pas sur une île où tous se seraient connus et/ou méconnus.

Je salue pour ma part au passage l’autre facette de Nicolas Fargues dont on ne parlera jamais assez : l’homme d’action. Sous sa conduite, l’Alliance franco-malgache de Diego a transformé l’environnement antsiranais en un paysage chargé d’émotion : l’Alliance est artistement fleurie, la bibliothèque se refait une jeunesse ; plusieurs murs publics sont décorés gai et de bon goût dans les artères de la « déglingue » ; les nourritures spirituelles, par émissions radiophoniques et animations culturelles interposées, reposent lourdement sur ses épaules.

Dans ce bilan provisoire, Diego aura profité au possible du passage de ce jeune Parisien voyageur-écrivain et pour autant grand travailleur au service du… public.

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Notes :
(1) A. S., « Irrésistible Alfie… », Paris Match, n° 2902, du 30 décembre 2004 au 5 janvier 2005, p.17] ? Dans cette approche sévère du show-biz, Alain Spira fustigeait Jude Law dont « Alfie […], œuvre cinéphallique, ne vaut que pour les yeux de jade de Jude ». (2) Cf. Aude Lancelin du Nouvel Observateur, Christine Rousseau du Monde des Livres, Brigit Bontour de Ecrits-vains, Christine Genin de Labyrinthe, Claire Fercak de Cancer en ligne, Laetitia Masson des Mots de Minuit, France 2″, Amélie Dussin de Arts-Livres, et al. ; en face d’Olivier Le Naire de L’Express, François Busnel de L’Express des livres, Christian Authier du Figaro Magazine, Didier Jouanneau de Le Point.fr, Philippe Lefait des Mots de Minuit. (3) La Gazette de la Grande Île, mardi 31 août 2004, p. 15. (4) Le boum des prix littéraires date du premier tiers du XXe siècle : Prix Goncourt en 1903, Prix Fémina en 1904, Prix Renaudot en 1926, Prix Interallié en 1930 (5) habitant des Hautes Terres centrales de Madagascar. (6) A. Devi, « L’île Maurice, source inépuisable d’inspiration. Entretiens avec Ananda Devi, propos recueillis par Marie Abraham », in La Route des Indes. Journal du Salon du Livre, n° 2, 16-17 octobre 1999, p. 10-11. Citation originale : « Même en France, je vis toujours dans la mémoire de Maurice […] ». (7) La représentation de Diego-Suarez (Antsiranana, Madagascar) est reprise avec plus de distanciation, sous le nom de « Tanambo », dans le roman suivant de Nicolas Fargues, J’étais derrière toi (P.O.L., 2006). Le romancier semble sorti du cycle malgache exotique à partir de « Beau rôle » (ibid., 2008) et de Le Roman de l’été (ibid, 2009) où il retrouve son champ de prédilection : le monde du show-biz du Nord opulent.



Haïku, aiko, l’art de la rupture

Par Nivoelisoa Galibert

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© N.G. 2006

Extrait de Des mots pour langes

[...]

Dans l’appartement comme vide, une alliance posée sur la table à manger et ces quelques mots non datés : Toutes ces absences, ces voyages dont je ne fais pas partie, ton esprit dans l’au-delà fixant un point que je ne peux voir… Je préfère m’en aller en quête d’herbe verte. Notre petit est grand (l’oxymore n’est pourtant pas ton fort, Aiko Ma-Vie).

Lisa ne pleure pas. Elle balaie devant sa porte. Faire des aéroports autant de résidences secondaires. Et en voyage, se contenter d’émettre des messages à multiples coquilles glanées sur un clavier, formules figées Bâ betsaka mille-bisous à peine lisibles tant les doigts sont gourds du pianotage au quotidien… Et l’esprit de renouvellement ? Jamais plus Lisa n’avait essayé de le surprendre. L’ennui est le pire ennemi du mariage, avait pourtant averti Mam’. Et lui s’en est allé, désabusé, en quête de nouveaux rivages.

Lisa ne pleure pas. Lisa sait très bien que l’herbe verte a été broutée depuis longtemps… Pas si loin d’elle, allant vers le nord, un couple de cailles fortunées.
Elles lui donnent des regrets d’amour.


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