« Je suis mille possibles en moi » (A. Gide)

Rencontre-débat à Nanterre : Des mots pour langes… Intervenants : MC Gomez-Géraud et JM Moura
Des mots pour langes et quelques soties malgaches 

Rencontre-débat à Nanterre : Des mots pour langes... Intervenants : MC Gomez-Géraud et JM Moura dans creationmoz-screenshot-2 dans Diego-Suarez

moz-screenshot dans difference  dans fiction

Litt.générale
Récit

OUVRAGE DISPONIBLE

Librairie L’Harmattan

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Rencontre-débat

avec

Nivoelisoa Galibert

 

Université Paris-0uest – Nanterre

Mercredi 31 mars 2010

18h-19h30

Bât. L Salle R05

 

Discutants :

Marie-Christine Gomez-Géraud

Jean-Marc Moura

 

Des mots pour langes et quelques soties malgaches
Nivoelisoa Galibert
96 pages
11.00
Isbn 978-2-310-00508-1 

NOTE DE L’ÉDITEUR

À la fois caustique et tendre, railleur et réflexif, prosaïque et poétique, ce recueil suggère que le commerce avec l’Autre peut faire de la différence culturelle une source d’émotions inattendues… L’auteur y découpe la vie de Lisa, enfant à Madagascar puis universitaire, voyageant entre son pays natal et sa patrie d’adoption, la Francophonie. Madagascar, pays fantasmatique, devient alors « Mada », île-continent bien réelle dont les arcanes perdent un peu de leur mystère au fil des anecdotes contées !
Les textes présentés ici peuvent se lire d’une traite ou en se ménageant quelques haltes entre deux récits pour savourer une langue inédite.
Professeur de littératures comparées, née à Antananarivo, Nivoelisoa Galibert y a vécu jusqu’en 1970 puis de 1979 à 1996.
Après plusieurs années en alternance entre Madagascar et La Réunion, elle réside actuellement à Bordeaux.

 

 

 

 



Genres de travers (fiction)

© N.G., 2009

« Tandra vadin-koditra
Les taches de rousseur sont inséparables de la peau. »
DICTON MALGACHE

Bibliothèque François Mitterrand, avant-dernière station de la ligne 14. Rame automate, tu déverses à ton tour les cerveaux qui t’ont conçue voici près de trente ans maintenant. Éternelle circularité de l’œuf et de la poule.

Je suis fascinée par Paris à la mi-août. Point de Parisiens. L’Ailleurs sans l’Autre. Toutefois, des hôtes haut en couleur qui se dirigent vers les quatre tours de la Bibliothèque nationale de France, tout aussi néo-millénaires que le rez-de-jardin où s’échauffe l’intelligentsia de la globalisation. Japonaises en chapeau de paille blanc noué d’un foulard noir. Jeune chercheur de province aux baskets éculées et jeans débordant du fil du Mp3. Pourquoi pas : de son côté, le grave professeur venu de Bayreuth s’isole lui aussi derrière sa musique. Du Verdi, je parie. Je m’assure en m’approchant discrètement que le jeune voisin vit bien au rythme de Oasis. Bingo. Plus loin, une poignée de jeunes louves à bandeau scellant cheveux étalés comme un champ de blé, bandeau banderole de la clanique ENS Fontenay-Saint-Cloud. Et puis, il y a eux deux. Emportés par leur amour à n’en plus ouïr la pluie bruire.
Et moi et moi et moi.
Ego, je suis comme tous et toutes : une fois passé avec succès le portail de détection de bombes artisanales, je trépigne devant la ligne de courtoisie du vestiaire, je serai sous peu une soldate de la sacoche transparente, Mac promu par la Coopération française avec l’océan Indien et exhibé en nombre au monde anglo-saxon par le plan Vigie Pirate de la BnF. Belle revanche sur les Britanniques qui avaient donné du fil à retordre à la France de Colbert et de la Troisième République.

Ce tout petit monde commence par une pause à la cafétéria de la Tour des Lettres. Prohibitifs, les petits-déjeuners ne sont malheureusement plus compris dans le prix de la chambre d’hôtel. Dans les espaces de lecture, salles U V W X, toutes les places, réservées sur Internet depuis plusieurs mois, restent à clignoter vertes de la rage des livres qui attendent à la borne de distribution. Mais le café du matin et la biscotte et les 10 g de beurre et le yaourt bio recommandés par le nutritionniste pour une alimentation équilibrée il faut les prendre avant que les neurones ne soient triturés par l’interprétation transgénérique de l’attribut classique enrichi des suppléments des ajouts des modifieurs des déterminants et des caractérisants en complémentations. Ah, les épistémologies transversales anti-auctoriales… Yaourt bio, biscottes, petit rectangle de beurre, deux cafés, deux !

À un coin de la table basse, les voici à nouveau, eux deux.
Elle se brûle les lèvres avec un petit rire surpris d’amante assouvie, il lui souffle sur son expresso attendri. Il lui beurre une biscotte sans la casser, les yeux océan pourlèchent ses pommettes d’ébène, descendant petit à petit vers les gorges du Nyl bleu. Elle déploie de nouveau son rire Désir. Ils ont déjeuné. Il rassemble miettes, pots de yaourt, couverts en plastique et tasses en porcelaine, il les dépose sur le plateau partagé pour le pire et le meilleur. Ils se lèvent, il lui présente son manteau tel son majordome et s’efface pour la laisser passer. Elle hiératique, les mains dans les poches de sa ravissante mante Versace. Lui confondu en excuses devant le Tout-Monde comment ai-je fait pour séduire la Reine de Saba me voici consacré Roi Salomon mon bijou mon joyau tesoro mio tout en revêtant sa propre gabardine. Après quoi, il ramasse le plateau et les deux sacoches identiques en plastique transparent sous le regard satisfait de ceux-là, héritières et héritiers des Sartre-Beauvoir qui ont combattu des années pour que femmes et Noirs enfin comptent autant sinon plus que les pâles Occidentaux en ce non-lieu d’une cafétéria gorgée de matières grises. Elle avance vite, entretenant sa démarche de mannequin aux jambes de gazelle. Mais il peut la suivre. Avec tout son barda. Pardon pardon pardon merci pardon, sacoches en balade dans son dos, aïe aïe, cela fait tout de même un peu mal les coups de deux Mac contre les vertèbres sur le flanc sur les épaules côté bandoulières. Enfin la « desserte ».
Il déverse le contenu du plateau dans le grand meuble à fente prévu à cet effet.
Cling cling cling cling cling… Clang, clang.
Mama mia. Il a aussi jeté les deux tasses et les sous-tasses en porcelaine.

- Eh bien, bravo, madame ! Si c’est ainsi que l’on fait la vaisselle chez vous, c’est du propre, c’est le cas de le dire !

C’est le serveur du self-service. Celui qui sert sans desservir. Il n’a pas les neurones en ébullition permanente. Cela lui permet de garder les pieds sur terre et les tasses sur le comptoir. Il vient de lui signifier son opinion à elle. Et non pas au fautif. À voix haute et nue.

Un regard indécodable est échangé par le couple. Lui s’éloigne de deux pas à reculons en réajustant ses deux bandoulières, elle revient sur ses pas sortant les mains de ses poches ravisées. Et la voici, Reine de Saba, un genou à terre devant lui. Fouillant dans la poubelle de ses doigts ébène les tasses à déposer sur le comptoir et les doutes de son coeur.

Le Tout-Monde est rentré dans l’ordre.
Fin du spectacle pour la galerie.
Standing ovation, la rumeur en guise d’applaudissements : « … Hannah Arendt… Toni Morrison … Gayatri Spivak… Chokravarty ? … Chakravorty, mais si mais si … Homi Bhabha… Bla bla bla… ».
Les sacoches se sont dispersées.
Les places respectives vont virer au rouge.
Feu sur tout visionnaire qui bouge !



« Des petits bouts de mes rêves » par Claire G.
30 novembre, 2009, 12:46
Classé dans : compte rendu,correspondance,difference,lieux de culture,monde,societe,voyage

 Ma jeune nièce Claire est infirmière. Actuellement, elle est en vacances avec une amie en Nouvelle Zélande et elle écrit une chronique régulière pour ses proches. Cette relation-ci date du surlendemain du match-test où le Quinze de France a été battu par 12 à 39 par les All Blacks (28 novembre 2009). Pour ses loisirs, Claire fait elle aussi du rugby féminin à côté du surf.

Publié avec l’aimable autorisation de l’auteure © C.G., 2009

Kia Ora,                                                                                         Wainui, Gisborne

Tout d’abord merci à tout ceux qui m’ont envoyé un petit mot, j’en suis ravie ! Ici toujours du beau temps malgré du vent, du vent du vent… le soleil brûle (pas pour rien qu’on sent qu’il y a un trou  dans la couche d’ozone ici). Encore une session incroyable avec Moko le dauphin… J’étais à l’eau avec mes palmes et des amis surfeurs et Moko nous a rejoint pour… jouer. Seulement la bestiole fait quand même plus de 2m ! Il a passé son temps a mettre des grands coups de tête coquins dans les planches de surfs pour les voir tomber à l’eau, jouant à disparaitre de la surface pour réapparaitre plus loin. Et je l’ai longuement intrigué avec mes palmes, ils venait sous l’eau et restait sous moi à les toucher doucement avec son rostre, me poussant gentiment. Il y a des moments ou c’est un peu effrayant d’apercevoir cette grande bête dans l’eau immobile comme ça ! Il a une peau tellement douce et est tellement agile. Vendredi a été une journée incroyable, nous sommes partis à Tolaga Bay à une heure au nord de Gisborne. Léa avait déjà rencontré un couple étrange mais très sympathique et nous voulions leur demander de nous introduire dans leur Maraé (maison communautaire maorie dans lesquelles se passent tout les grands évènements de la vie). Allan et Bessie nous ont ouvert leurs portes et c’était incroyable, leur maison est située à l’embouchure du fleuve sur la mer, on peut voir toute la baie ainsi que les falaises, ils sont d’anciens fleuristes le jardin ressemble au jardin d’Eden, des arbres partout parfois fleuris, des palmiers,  des fuchsias, des pensées, des bougainvilliers… et tant d’autres plantes que je ne connais pas ! Ils nous ont invité à boire quelque chose et nous avons parlé de tant de choses, ils ont voyagé partout dans le monde avec leur tente ! Syrie, Lybie, Afghanistan, Chine… Ils sont incroyables, lui est anglais, il a d’ailleurs ce côté un peu guindé des Britanniques mais un sourire lumineux et la touche de décontraction apportée par les tongs qu’ils doit porter à l’année vu qu’elles ont foncé la peau de ces pieds ! Elle est maorie et a des cheveux qui tombent jusqu’aux chevilles (oui je vous jure elle les a détaché pour nous). Tout les 2 sont un peu les gardiens du Maraé (qui est encore utilisé bien sûr). Allan nous a introduites dans Ruhakapanga Maraé. Un maraé sert à prendre les décisions importantes de la tribu à célébrer les morts bref c’est un lieu spirituel dans lequel les maoris peuvent passer plusieurs jours. Il est tout en bois décoré de peintures (rouges noires et blanches) et de panneaux de bois sculptés. L’intérieur est fait de panneaux de flax tressés en motifs géométriques représentant la mer, la montagne… ils sont appelés Tuka Tuka et en alternance des panneaux de bois représentant toute la généalogie de la tribu (toute les personnes ayant contribué à l’histoire de leur communauté), le maraé représente le corps, l’ossature de la tribu comme si tous ne faisaient qu’un. Quand nous sommes repartis, c’était bien sûr avec des fruits, la promesse de revenir après noël pour faire du kayak dans la baie… Je mesure la chance que j’ai eue, entrer dans un maraé est difficile pour nous Pakehas ! Le reste de la journée a aussi été magnifique car nous sommes partis en rando, avec une petite partie de bush natif (avec les grandes fougères qui me plaisent tant) des prairies pleines de moutons et des côtes accidentées donnant sur Tolaga Bay et ses eaux turquoises au pied des falaises… Cela ne fait que 4 jours que je suis là et c’est tout les jours incroyable ! 

Au rayon des choses drôles, la Nouvelle Zélande mène une campagne de sensibilisation contre le cancer de la prostate… et vous savez comment : « grow a mo and help save a bro ! » ce qui signifie faites vous pousser la moustache pour aider un frère. Les kiwis se font pousser la moustache depuis le 1er novembre et envoient  leur photo sur un site internet, les gens y laissent des commentaires et des dons. Chaque jour dans le journal on peut voir un « best-of » ! c’est une manière sympa et décontractée de sensibiliser la population ! Autre grand moment : le match France Nouvelle Zélande… ça chambrait avant le match… et surtout après ! Heureusement ça a été un beau match et je m’en suis sortie par une pirouette en disant qu’on pouvait perdre contre les  Blacks mais pas contre l’Angleterre donc tout va bien ! Sur ce, je vous laisse et je m’en vais sur les routes avec notre maison aménagée direction l’île du Sud et ses paysages montagneux et peut-être même Stewart Island tout au sud. 

Muxuak

Claire



La crise malgache (point : octobre 2009)

Didier a été interviewé ce vendredi 16 octobre 2009 par Adrien Meure sur la radio de l’Université Laval du Québec (plage Actualités internationales). Il intervient à partir de la 37e minute, mais vous pouvez entendre ce qui précède et qui nous fait voyager avec l’accent chantant du pays. Sous des dehors loufoques, l’information immédiatement précédente est des plus sérieuses et vous fera sinon rire aux larmes du moins sourire.

Cliquez sur le lien CRISE À MADAGASCAR sous DIDIER GALIBERT à gauche de votre écran, ou allez à l’URL http://planeteonline.wordpress.com/2009/10/16/emission-du-16-octobre-2009/

Bonne écoute.



NIVOELISOA GALIBERT : QUI SUIS-JE ?

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© M.K. 2007

Chercheure associée au Crlv/Crlc de l’Université Paris-Sorbonne (Centre de recherches sur la littérature des voyages/Centre de recherche en littérature comparée), professeure associée à l’ENS/ITEM /CNRS (Institut des Textes et Manuscrits modernes, UMR du CNRS), également chercheure associée au Crlhoi de l’Université de La Réunion (Centre de recherches littéraires et historiques, de l’océan Indien), je suis née en 1953 à Antananarivo (Madagascar). J’y ai vécu jusqu’à mes 17 ans, où j’ai entrepris mes études supérieures en France pendant 10 ans. Après quoi, j’ai enseigné sous la tutelle du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche malgache pendant 16 + 4 ans à « Tanà » et à « Diego », ainsi qu’au lycée français de Tanà et au collège de l’Apeaf (Association des parents d’élèves de l’Alliance française, toujours de Tanà).
Pendant ce temps (de 1979 à 2006), je vivais en alternance entre Madagascar et l’Europe, puis Madagascar et La Réunion pour des raisons à la fois privées et professionnelles dont la préparation du doctorat d’État es Lettres Madagascar dans la littérature française de 1558 à 1990. Contribution à l’étude de l’exotisme, Septentrion, 1997, 1160 p – thèse soutenue à l’université Paris-Nord en 1995).
Mes deux principaux ouvrages personnels sont la Chronobibliographie analytique de la littérature de voyage... (Honoré Champion, 2000, 232 p.) et l’édition scientifique de la correspondance des lazaristes de Madagascar à Vincent de Paul (voir infra la liste des « travaux réalisés » : À l’angle de la Grande Maison… (Paris, PUPS, coll. Imago Mundi 3, 2007, 548 p. + h.t. ill. 11 p.). Complémentaire de l’Histoire de la Grande Isle Madagascar de Flacourt éditée par Claude Allibert chez Karthala (1995, 2007), ce dernier recueil met au service de tous publics, universitaire comme profane, un des rares témoignages collectifs approfondis en français dont nous disposions sur l’histoire de Madagascar au XVIIe siècle.
Mon conjoint, Didier Galibert, né en 1953 à Toulouse, docteur en anthropologie politique et professeur agrégé d’histoire au lycée Camille Jullian, est chercheur associé au Cresoi de l’Université de La Réunion (Centre de recherches et d’études sur les sociétés de l’océan Indien) et au Sedet de l’Université Paris-Diderot Paris 7 (Sociétés en développement : études transdiciplinaires). Entre autres travaux, il est l’auteur de l’ouvrage Les Gens du pouvoir à Madagascar : État postcolonial, légitimités et territoire (1956-2002) (Paris, Karthala/Cresoi, coll. Hommes et sociétés, 2009, 575 p [+ index 23 p. broché]).

Nous vivons actuellement à Bordeaux. Cette ville, majestueuse, cultivée, hédoniste et feutrée, d’une part donne l’opportunité de fréquenter une grande université spécialisée dans les problèmes africains et malgaches (voir l’Institut d’études politiques et le Centre d’études sur l’Afrique noire), d’autre part se situe à 2h 59 mn de TGV de la capitale où presque tout se passe, sans les contraintes d’un Paris au quotidien.

Passionnée de voyage sous toutes ses formes (déplacement physique, lecture, musiques du monde, contact de cultures, etc.), je suis servie par mon métier de chercheure en littérature de voyage sur l’océan Indien et en littératures francophones de l’océan Indien (Madagascar, Maurice, La Réunion essentiellement). Mes principaux éditeurs sont Honoré Champion, les PUPS, L’Harmattan/Université de La Réunion tant pour les articles que pour les ouvrages. 

Pour le reste, au plan privé, mes loisirs sont plus simplement la randonnée cycliste et la plongée en apnée, ainsi que toute activité culturelle qui ouvre au Tout-Monde. De temps à autre, j’aime cuisiner en créant pour ma famille et mes amis proches et échanger des recettes gastronomiques (salé-sucré) avec d’autres « aficionados ». J’oubliais : je me réapproprie mes souvenirs en écrivant beaucoup entre journal intime et fiction autobiographique. Ainsi, je suis auteure d’un recueil L’Aube en maraude. Soties, Antananarivo, chez l’auteur, 2005, et de tranches de vie personnelle qui s’efforcent d’être cathartiques, à la fois tendres et humoristiques. Un recueil de récits, Mots pour langes. et quelques soties malgaches, est paru aux éditions Amalthée (ISBN : 978-2-310-508-1). Le référencement en ligne est prévu autour du 15 février 2010  (dilicom, amazon.fr, fnac.com., www.editions-amalthee.com, etc.). Vous pourrez aussi le commander chez votre libraire de proximité.

Pour compléter ce portrait personnel, voici une fiche typiquement administrative à toutes fins utiles :

- Qualifiée par le CNU français aux fonctions de professeur des universités (sections 09 puis 10)

- Membre titulaire de l’Académie Nationale malgache

- Chevalier de l’Ordre National malgache-

- Ancienne élève d’hypokhâgne et de khâgne du lycée Edouad Herriot (Lyon, France)

- Directrice d’études invitée à l’EHESS, Paris, du 4 janvier au 2 février 2007

- Chercheure invitée au LCF N° 8143 du CNRS (ex-UPRESA N° 6058 du CNRS) pour le projet « Chronobibliographie analytique de la littérature de voyage sur l’océan Indien » subventionné par une bourse DEF de l’AUPELF/UREF (1996-1997 – Voir « Travaux réalisés : Publications : ouvrages »)

- Professeure invitée à l’Université de Caen-Basse Normandie (mars 2002) – Visiting Professor à l’Université de Maurice (2 x 3 semaines en avril et en mai 2001) – Membre du Groupe de Recherche Interdisciplinaire sur les Écritures Missionnaires, Centre facultaire de l’Institut Catholique de Paris (2002-2007)

- Membre du Comité scientifique et comité organisateur du Colloque Le Voyage à Madagascar : de la découverte à l’aventure intellectuelle, Tananarive / Fort-Dauphin, 13-18 octobre 2003 (Crlv Paris 4 et FLSH/Université d’Antananarivo)

- Membre du Comité scientifique de la Revue Historique de l’océan Indien, Association Historique Internationale de l’Océan indien (Prs Yvan COMBEAU, Prosper ÈVE, Sudel FUMA et Claude WANQUET présidents)

- Co-directrice scientifique avec Norbert DODILLE (Université de La Réunion) d’une Journée Crlhoi, Université de La Réunion, « Discours nomade », 2 avril 2005

- Co-présidente d’honneur du Colloque international Imago Mundi II : Lettres et images d’ailleurs avec M.-Ch. GOMEZ-GÉRAUD (CRLV Paris-Sorbonne, Université d’Amiens), Grignan, CRLP de l’Université de Nice et Château de Grignan, Grignan, 19-21 octobre 2001

- Visiting Professor à l’Université de Maurice (mars 2001 puis avril 2001)

- Membre du Jury du Prix littéraire de l’océan Indien (Conseil Général de La Réunion) 1999-2004

- Membre du Jury du Prix international du Livre Insulaire (Ouessant, Association Cultures, Arts, Littératures Insulaires ) depuis 2006

- Membre du Cths (Comité international des travaux historiques et scientifiques)

- Membre de la Sielec (Société nationale d’étude les littératures de l’ère coloniale)

- Membre du groupe de recherches interdisciplinaires « Espaces francophones, textes missionnaires et lieux de rencontre » de l’Université de Waterloo (Ontario anglophone)

- Directrice de l’École doctorale « Langues et Lettres » de l’Université d’Antsiranana (Madagascar) (2002-2004)

- Présidente fondatrice de l’Ascut (Association socio-culturelle de l’Université d’Antananarivo (1987-1996)

- Présidente fondatrice de l’Athmef (Association du théâtre malgache d’expression française) (1989-1991)

- Responsable fondatrice et animatrice de l’émission littéraire radiophonique « Le Cahier bleu » (Alliance FM 92) (1995-1996)

N.B. Si vous le souhaitez, vous pourrez entendre six de mes conférences (Encyclopédie sonore de Paris-Sorbonne/Crlv) en double-cliquant sur CENTRE DE RECHERCHES SUR LA LITTÉRATURE DES VOYAGES dans le lien VOYAGE ou PARIS-SORBONNE à gauche de votre écran.



Haïku, aiko, l’art de la rupture

Par Nivoelisoa Galibert

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© N.G. 2006

Extrait de Des mots pour langes

[...]

Dans l’appartement comme vide, une alliance posée sur la table à manger et ces quelques mots non datés : Toutes ces absences, ces voyages dont je ne fais pas partie, ton esprit dans l’au-delà fixant un point que je ne peux voir… Je préfère m’en aller en quête d’herbe verte. Notre petit est grand (l’oxymore n’est pourtant pas ton fort, Aiko Ma-Vie).

Lisa ne pleure pas. Elle balaie devant sa porte. Faire des aéroports autant de résidences secondaires. Et en voyage, se contenter d’émettre des messages à multiples coquilles glanées sur un clavier, formules figées Bâ betsaka mille-bisous à peine lisibles tant les doigts sont gourds du pianotage au quotidien… Et l’esprit de renouvellement ? Jamais plus Lisa n’avait essayé de le surprendre. L’ennui est le pire ennemi du mariage, avait pourtant averti Mam’. Et lui s’en est allé, désabusé, en quête de nouveaux rivages.

Lisa ne pleure pas. Lisa sait très bien que l’herbe verte a été broutée depuis longtemps… Pas si loin d’elle, allant vers le nord, un couple de cailles fortunées.
Elles lui donnent des regrets d’amour.



Le silence malgache (extraits)

Par Nivoelisoa GALIBERT

Tombe anonyme
© NG 2001

Extraits de « Le silence malgache », in Jean-Luc Raharimanana, éd., La Littérature malgache, Interculturel Francophonies 1, Lecce, Argo, juin-juillet 2001, p. 87-103

HISTOIRE LITTÉRATURE ET SOCIÉTÉ
LE SILENCE MALGACHE

[À la mémoire des Mahery fo (héros) de 1947]

Comment expliquer le silence des écrivains malgaches face à Psychologie de la colonisation d’Octave Mannoni, quand le discours des intellectuels dans les années 1950 se prêtait aux réactions d’un Frantz Fanon ou d’un Aimé Césaire ? Le silence malgache nous intrigue d’autant plus que la littérature de Madagascar aujourd’hui encore semble se taire au regard des autres. D’une part, l’indigence du champ littéraire national autorise de plus en plus de place à une doxa, celle de la bourgeoisie tananarivienne. D’autre part, l’on voit se déplacer hors des frontières malgaches l’avant-garde littéraire.

Le danger d’un tel choix du « silence » est la mort lente de cette littérature nationale, faute d’interroger régulièrement de nouvelles écritures. Mort lente aussi, parce qu’elle favorise de plus en plus le retour à la dépendance vis-à-vis d’institutions littéraires étrangères. Et pendant ce temps, parce que la place semble à prendre, la vieille littérature coloniale française ressuscite, menaçant de plus en plus de dominer le champ littéraire malgache…

LES INTELLECTUELS EN 1950
OU LE SILENCE INEXPLIQUÉ

[...]

LA PAROLE AUX MALGACHES :
LE CHOIX DU SILENCE ?

[...]

LE SILENCE DE LA DÉPENDANCE.
ESSAI D’EXPLICATION

[...]

Ceci dit, on pourrait établir un parallèle entre ce discours littéraire et le discours social contemporain. Tous les fantasmes archaïques, toutes les constructions imaginables sur une base binaire (« eux/nous » gommant le concept de l’ »entre ») reviennent avec force dans les relations du centre et de la périphérie : le multiculturalisme est systématiquement opposé au modèle laïc et républicain. Et l’on observe alors ce que les sociologues de l’ethnicité appellent la « logique de la substantialisation » : ce ne sont pas les traits qui constituent l’identité, disent-ils, mais bien le contraire.

CONCLUSION

Tout cela mis en perspective montre que nous nous situons à un moment capital de l’histoire littéraire malgache où la vocation du silence peut piéger la littérature. Nous avons raté un tournant et perdu une occasion de prendre la parole en 1950 dans le concert des intellectuels modernes, lorsque paraissait Psychologie de la colonisation… Aujourd’hui, le danger semble plus grave : faute de proposer aux écrivains de vrais possibles, qui ne soient pas une menace pour l’autonomie de la création, le champ du pouvoir national pour l’instant non seulement étouffe l’écho sonore qui garantit la vie de toute nation, mais aussi favorise la rareté du plaisir esthétique, et peut-être la mort de l’œuvre d’art…

["Tous les sujets deviennent bons par le mérite de l'auteur", (E. Delacroix)]



Cultures citadines et esthétique de la réception : le cas du roman malgache Za de Raharimanana (2008)

Par Nivoelisoa GALIBERT
N.B. Communication orale
Version écrite à paraître en 2009 (Université Paris-Diderot / Sedet)

Raharimanana à Ouessant
© D.G. 2008

Corpus : Raharimanana, Za. Roman, Paris, Philippe Rey, 2008, 301 p

Extrait de Za (NB : abréviation familière de Izaho :« je », « moi »)
Za regarde l’Anze. Il me sourit en décirant la pazy. Des Rien-que-sairs rentrent bientôt. Ils ont élu existence dans la soumission. […] Za suis fatigué (132).

Né à Tananarive en 1967, Raharimanana vit en France depuis 1989 où il mène de front carrière de professeur de lettres (jusqu’en 2002), journalisme, édition critique et création littéraire bilingue. En plus des contributions à des collectifs, cette création compte dix ouvrages publiés dont les derniers, parus cette année 2008, sont le roman en français Za chez Philippe Rey à Paris et un recueil de poèmes en malgache, Tsiaron’ny nofo aux éditions parisiano-réunionnaises K’A d’André Robèr. Raharimanana se fait distinguer très tôt par plusieurs prix littéraires dont, en 1989, le Prix de la meilleure nouvelle de RFI, assorti d’une bourse qui lui permet de partir en France. Mais il se fait aussi remarquer par plusieurs interdictions notoires, tant sur le plan littéraire que politique. Ainsi, celle d’une de ses pièces, Le Prophète et le Président, la même année 1989 à Antananarivo pour le propos subversif qu’il y développe contre la Deuxième République. Cette pièce sera plus tard mise en ondes sur RFI et mise en scène dans plusieurs pays d’Afrique, en Avignon, à Paris, aux États-Unis. L’interdiction frappe également, en 2008, un droit de réponse dans Le Monde à un article de Philippe Bernard sur le collectif L’Afrique répond à Sarkozy. Pendant ce temps, Raharimanana revient régulièrement à Antananarivo, tout dernièrement pour présenter Za, l’adaptation à la scène de Madagascar 1947 et pour animer des ateliers d’écriture au centre culturel français.

L’observation de ce parcours convoque trois types de questionnement : – Énumérer ces lieux de la culture raharimananienne ne revient-il pas à s’interroger sur les frontières de la diaspora inférée par la résidence de l’écrivain malgache à Paris ? – La provocation linguistique, qui frappe le lecteur à la première lecture du roman, ne convoque-t-elle pas la problématique de l’horizon d’attente des écrivains de la diaspora postcoloniale inspirée par le concept de nomadisme intellectuel selon Jackie Assayag et Véronique Beneï, précédés de loin par la New Comparative Literature de Gayatri Spivak ? Un tel nomadisme obligerait en effet l’auteur postcolonial à toujours garder le sens – en l’occurrence l’outrance du monde et les maux de la ville – mais en altérant la forme.
- Dans cette altération obligée de la forme, la jubilation linguistique constitue-t-elle un nouveau registre chez Raharimanana ? Toutes ses créations antérieures n’avaient-elles pas déjà un point commun, à savoir la poésie, dans cette collusion entre d’une part l’extrême violence de la parole et d’autre part les histoires belles et vraies, injustes et folles – collusion digne de Prévert, poète corrosif, artiste à la fois engagé et qui se veut libre ?
Pour tenter de répondre à cette problématique des frontières, mon propos va s’articuler autour de trois axes :
1. les frontières de la diaspora
2. la forge citadine des mots ou le dire du présent interstitiel
3. les poètes et la ville ou l’affiliation d’un désenchantement universel

I. L’ORÉE DE LA DIASPORA

[...]

II. LE DIRE DU PRÉSENT CITADIN

[...]

III. LES POÈTES ET LA VILLE : UNE AFFILIATION DU DÉSENCHANTEMENT

Si la poésie se définit comme dire de la révélation, de l’émotion, de la musique et de la vie, les créations antérieures de Raharimanana sont déjà poétiques, à déguster avec l’esprit, sans peur de la destruction. La détresse de la ville malgache dans Za tient son originalité d’une écriture qui se forge dans une double oralité, à la fois héritage traditionnel et influence contemporaine. Si l’édition est en crise, paradoxalement, Za s’inscrit dans une « écriture début de siècle » qui se prête à toutes les témérités éditoriales. En effet, là où, dans toutes les autres industries, une baisse de la demande a pour conséquence une baisse de l’offre, dans le secteur du livre, les découvreurs veulent multiplier leurs chances de capter des bénéfices. Pour cela, il est important de ne pas figurer dans les hypermarchés : là, les éditeurs sont obligés de produire une littérature de consommation périssable (quick books) ou apparentée à la société du spectacle (livres de célébrités). Le principal intérêt de Za réside dans le fait qu’il présente comme une gageure tout projet d’arrêter le critère de ce qui est littéraire et de ce qui ne l’est pas. L’enjeu de la marchandisation est anti-littéraire : c’est la facilité de lecture à laquelle Za n’accède pas, privé de l’aide du temps et des autres titres du catalogue, Philippe Rey n’ayant fait son entrée dans le champ qu’en 2003.
Toutefois, dans le moment de vacillement imposé au lecteur, il appartient à la critique de faire le double travail de désignation et de recomposition du produit.
Une première lecture de Za situe le roman dans la lignée des fantasmagories parisiennes (chez Eugène Sue, chez Émile Zola) et londoniennes (chez Charles Dickens) du XIXe siècle, puis dans celle de la flânerie surréaliste (dans Nadja, dans Le Paysan de Paris) qui a contribué à la lisibilité de la grande ville européenne. Néanmoins, les années 1990 et 2000 ont vu s’accroître en France un intérêt général pour la condition migrante dont témoignent la manifestation culturelle “Étranger chez soi”, organisée par l’Afro-Américaine Toni Morrison en 2006 au musée du Louvre et les récents Goncourt franco-afghan et Renaudot guinéen (2008). Envahissant de plus en plus le centre-ville, situés à la croisée de plusieurs territoires géographiques et intellectuels, les écrivains exogènes occupent une place privilégiée qui leur permet de refaçonner des identités nationales et de reformuler les canons littéraires. C’est cette modification progressive des relations entre centre et périphérie dans un contexte mondialisé qui influence favorablement l’accès des créateurs comme Raharimanana à la publication.
La deuxième lecture révèle que le pleurer-rire ne constitue plus désormais une captatio benevolentiae du roman. Le rire aurait cessé d’être subversif selon le Magazine littéraire de juillet-août 2008, il est désormais niveleur. Dès lors, la poésie des villes permet de glisser de l’ésotérisme apparent de Za vers son contraire : l’exotérisme. Certes, une des clés du tissage sonore dans cette poésie, la prévalence de l’oralité, relève de l’identité malgache. Mais tout bien observé, Za livre un dire qui pourrait se déclamer sur le tempo du slam, génération contemporaine qui combat le désenchantement de la ville. La problématique de la réception qui sous-tend cette littérature rejoint en effet la réflexion pluridisciplinaire sur l’«enchantement » et le « désenchantement » vis-à-vis de la ville, développée notamment par l’équipe de Jean-Claude Seguin en 2007.
Phénomène d’hybridation ou de montage hétérogène, le texte déroutant est dans les faits un texte dérouté – dérouté du roman pour accomplir une volonté d’affranchissement sans limites. De là, une autre clé de lecture, la transgénéricité. Ce concept – étayé par la formule « le genre de travers » – repose de fait sur cette expérience de la traverse. « Passage, croisement, interférence, intersection, télescopage, les termes abondent qui pourraient efficacement décrire ces phénomènes […] rhéto-poétiques qui font de l’œuvre littéraire à la fois une traversée des genres et un espace traversé par les genres », précisent Dominique Moncond’huy et Henri Scepi.
À travers Za s’est déployée une stratégie de l’égarement et du brouillage, stratégie de l’inclassable héritée des surréalistes. Notamment, l’Aragon du poème intitulé Roman inachevé (1956) brave résolument les classifications courantes. La bravade, c’est là la tonalité générale de la poésie des villes, de Rimbaud à Grand Cops Malade en passant par Prévert.
Je m’arrête sur
- Rimbaud entre 1873 et 1876 :
Je suis un éphémère et point trop mécontent citoyen d’une métropole crue moderne […]. La morale et la langue sont réduites à leur plus simple expression […] je vois des spectres nouveaux […] […] la Mort sans pleurs, […] un Amour désespéré, et un joli Crime piaulant dans la boue de la rue.

- Prévert en 1966 :

Je vous salis ma rue et je m’en excuse
un homme-sandwich m’a donné un prospectus
de l’Armée du Salut
je l’ai jeté
et il est là tout froissé
dans votre ruisseau […]
Je vous salis ma rue pleine de grâce
l’éboueur est avec nous.

- Je finirais volontiers en slamant avec Grand Corps malade en 2008 :

Le bitume est un shaker où tous les passants se mélangent Je ressens ça à chaque heure et jusqu’au bout de mes phalanges.

- Mais dans cette liste de citadins désenchantés, il manquerait un Raharimanana (2008) : Za ne bouze pas dans mon linceul. Za comprend tout à fait maintenant que Za n’ira nullement me fracasser sur les murs d’ombres qui m’ouvriront à l’ailleurs tant espéré. Espérance. Esparance de merdra. Espurulence. Pulvérulence des envies. À mon fils.
À l’éclat de ma vie […]

Le plus important est la sentence déroutée de Rémy de Gourmont qui écrivait dès 1899 : « Au fond, il n’y a qu’un genre : le poème ».

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Si j’étais écrivain, je me baptiserais Lîle

… OU LENFANT

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© D.G. 2006

… et j’écrirais :

« Non loin de moi, Pont-Aven : Bonjour M. Gauguin !!
Mon rêve resté à l’état de rêve : mettre en mots ou en petites touches pastel impressionnistes une de mes îles cerclées de lagon. Sur ce tableau, laisser siffler les aiguilles du filao qui rend souple prudent avisé réfléchi, et imaginer la houle grondant sur les coraux entre deux rires chanceux d’enfants. »

Nivoelisoa Galibert



Extrait de « L’Aube en maraude » par Nivoelisoa Galibert

Aube en maraude. Soties
© N.G. 2005

[Un Québécois à Diego]

Pour mon petit dernier, je plaide non coupable. Il n’en a pas moins vécu une coopération curieuse étrange surprenante, pris dans la tourmente d’une dépression collective.

Car Diego Diaz était en ces jours toute retournée. Le maire venait de décréter que huit cents taxis collectifs pour si peu de kilomètres carrossables dans une si petite ville, c’était bien excessif : l’on récompenserait tout Diegolais qui dénoncerait les chauffeurs consommateurs de khat joue gonflée commissures dégoulinantes doigts drogués sur billets bena-bena tout tordus de microbes. Ainsi l’on diminuerait le réseau de ces transporteurs abusifs et avec lui l’usure des chaussées et la diffusion du choléra. Émue par cette nouvelle pourtant bien de chez nous, l’université elle-même eut à s’interroger sur la pertinence d’un tel décret s’attaquant aux bien-aimées 4L au-revoir-la-France fiertés de la ville. Dans cette ambiance de perplexité citoyenne, les remue-méninges déplacèrent l’espace de leurs prises de positions à risques. On en oublia en effet les missions RIL Réseau de l’Ingénierie de la Langue et RUF Riche Unique Fragile de l’OUF, désormais toutes hors champ. On en oublia que les étudiants devaient arriver de toutes les régions du Beno-Beno pour suivre des cours intensifs dans la succession étourdissante des missionnaires venus du Nord.
Le premier arrivait de Montréal, feuille d’érable estampillée discret sur la sacoche de son portable. Il n’avait jamais mis les pieds ni dans le Sud ni au Beno-Beno et encore moins à Diego Diaz. Le taxiste qui l’amena de l’aéroport avait une joue gonflée. Mais faute d’information, il ne put le dénoncer à temps. Il rata ainsi la première occasion de se faire quelques FBNBN sans passer par le change qui vous frappe d’une commission bancaire hors du commun. Comme tout ce que nous faisons d’officiel au Beno-Beno d’ailleurs.
Entre autres menues choses, le Canadien fut un peu surpris de la couleur de sa ceinture de sécurité. Rouge latérite. Devait-il l’utiliser, ne devait-il pas. Manifestement, celle-ci n’avait jamais servi. Et pourtant, même en roulant à dix kilomètres à l’heure sur ce goudron cassé, on n’était jamais à l’abri du coup du lapin. D’ailleurs, personne des usagers de la cité ne semblait attaché. À l’allure où les voitures se croisaient dans les fondrières, il avait bien le temps de s’en apercevoir. Enfin, il demanderait à ce que la ceinture de la voiture de service fût démontée, lavée et vérifiée. La tête emplie de ces trois projets, il se força flegmatique à n’être désespéré ni par les piétons qui débordaient de partout, ni par la viande mouchetée du marché qu’il traversa, et encore moins par les tas de tomates échafaudés dans la boue de l’après-pluie. Il n’eut d’yeux que pour les flamboyants incendiant les rues, les grappes d’enfants en tablier mauves orange ou ciel, cinq à sept dans un pousse-pousse et la bonne humeur des sorties d’écoles. Allait-il se plaire à Diego Diaz, tout cela était tellement différent, à vrai dire il s’attendait à mieux mais ce n’était pas non plus la fin du monde. C’était autre.
Pour commencer, il en passa du temps dans ce taxi. L’homme au volant, malgré toute sa bonne volonté, ne comprit pas le mot Université, il n’avait en réalité jamais entendu parler que du KIR. Université ! quel est ce mot de sauvages le complexe s’appelle beaucoup plus court CUR entendons Centre Universitaire Régional. En attendant que son client fût plus clair quant à l’objectif de la course, le chauffeur avait décidé de desservir toute la ville. Puisque le taxi était collectif. Ce que le Canadien, l’esprit alerte, réalisa assez vite.
Quand enfin il put expliquer sa destination, il était seize heures, il n’avait pas encore déjeuné, et tous les bureaux du campus étaient déjà clos. Délabrées, les salles de cours ne l’ébranlèrent point : il savait que le Beno-Beno n’était pas l’Amérique ni même le Pérou. Première journée dans le désert. Dans ces cas, il y a toujours un Hôtel de France où aller, pour peu qu’on connaisse son histoire des relations internationales.
Tôt le lendemain, il se rendit pieds et poings liés au kir.
La surprise fut la même dans les deux camps de la coopération bilatérale :
- Comment, vous êtes déjà là, Monsieur le Professeur ? Mais quel jour du mois sommes-nous ?
- Mon ordre de mission disait bien le 8 novembre, n’est-ce pas ? Y a-t-il un souci ?
- Mais non, Monsieur le Professeur, tout va bien. Simplement, Monsieur le Professeur, vous ne pourrez faire cours, les étudiants sont encore dans leurs villes de résidence respectives… À vrai dire, Monsieur le Professeur, ils n’ont pas été convoqués.
L’avantage de la francophonie, c’est qu’elle permet d’utiliser les tournures passives en se passant de complément d’agent.
Enfin déconcerté, notre ami canadien s’entendit formuler une question aussi problématique que dans un rêve noué cauchemar :
- Dites-moi ce que je dois faire.
Question que, le plus souvent maître de lui, il n’avait jamais posée à personne avant ce jour. Il faut un début à tout mon petit loup.
- Réfléchissons, Monsieur le Professeur. On peut envisager de vous installer dans un bungalow les pieds dans l’eau vous n’aurez pas fait le voyage pour rien vous verrez comme la rade est belle captivante la mer douce revigorante les lémuriennes mystérieuses attachantes.
Pour ma part, au moment où j’écris, je ne vois d’autre issue au problème du Canadien que de céder incognito à cette sollicitation multiple.

Parce que pendant tout le temps inédit de cette discussion, les zébus arachnéens attachés aux rachitiques échafaudages des amphithéâtres en réhabilitation n’avaient pas cessé de pousser d’interminables beuglements mélancoliques. En effet, depuis les deux années de son accession au pouvoir, notre président, naguère producteur de bon yoghourt maison, avait importé dans la région des vaches laitières de Normandie : ces pis hénaurmes d’immigrées boréales avaient quelque chose d’indécent, nos mâles bovins n’étaient jamais sortis du deuil de leurs belles zébutes. Décidément, ce n’étaient pas eux qui pouvaient soutenir leur attention pendant la dizaine de séances lexico-sémantiques prévues, si élaborées fussent-elles.


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