« Je suis mille possibles en moi » (A. Gide)

Hommage à Raolona. À Bekoto, notre ami. Aux Mahaleo.

Oui.

Le tain grave de sa voix nous renvoie à tout le combat des Mahaleo pour les petites gens nées du travail de la terre.

La feuille tombée de l’arbre dans un calme quiet est cet avion qui se dirige dans le blanc maculé d’un ciel tourmenté.

Tourmenté, le temps d’un deuil.

Blanc mauve comme les jacarandas que sèmeront bientôt le son du vent et les éclats de lucioles.

Et tout reprendra comme avant.

Presque comme avant.

De là où il est, invisible, Raolona veillera sur ses frères.

« A pesar de los pesares

Tendràs amigos

Tendràs amor

Tendràs amigos »

« Malgré tous les tracas Tu auras des amis Tu auras de l’amour Tu auras des amis » (José A. Goytisolo)

Didier et Nivoelisoa Galibert

[Hommage publié dans Madagascar-Tribune le lundi 13 septembre 2010]



Madagascar à l’UNESCO : du journal intime de Rabearivelo à la performance de Ny Malagasy Orkestra

  JOURNÉES DE MADAGASCAR À L’UNESCO :

  ENTRE TRADITION ET MODERNITÉ

  Journées culturelles de très haut niveau Place Fontenoy à Paris ces 1e et 2 juillet 2010.

  Une nouvelle exposition, un autre regard

  Entre le savoir-faire du travail du bois chez les Zafimaniry, la peinture  innovante de Lova Ratsimandresy et l’exposition sur le poète Jean-Joseph Rabearivelo, les spectateurs ont été transportés par l’élégance de la salle. Autour de l’ambassadeur de Madagascar près l’UNESCO, Irène Rabenoro, étaient réunis quelques-uns des plus talentueux artistes malgaches actuels. Si l’art zafimaniry appartient à une tradition malgache immémoriale, les explications et objets exposés par Daniel Coulaud étaient prolongés par les documents de Sophie Bazin et Johary Ravaloson, lauréats du Prix du regard poétique au Salon du Livre insulaire d’Ouessant en 2009. Lémuriens et caméléons de Lova Ratsimandresy, par la chaleur des couleurs choisies, ont impressionné avec leurs interminables queues qui se terminaient en graffiti citadins, cachet du designer, dans une perspective qui n’a rien à envier à la géométrie picturale, quoique plus abstraite, du grand Paul Klee (1879-1940).

  Les « Calepins bleus », journal intime de Rabearivelo

   Le clou de l’exposition était manifestement l’exposition sur Jean-Joseph Rabearivelo. L’on apprenait la prochaine parution en 2011 d’une édition intégrale de son œuvre : plus d’un millier de pages de poésie et de prose dont beaucoup d’inédits. Celle-ci sera précédée le 4 octobre prochain par celle des « Calepins bleus » : aujourd’hui propriété du CNRS, le journal intime de l’écrivain a été si longtemps tenu secret par les descendants Rabearivelo-Rakotomanga que l’on en était venu à se demander s’il ne relevait pas du mythe. Il existe bel et bien et il nous réserve de grandes surprises sur l’homme. Ainsi sa propension au jeu, à l’opium et à l’alcool. Ou sa relation avec une actrice de théâtre qui lui a donné un enfant.

  En avant-goût, un extrait des « Calepins bleus » exposé salle Miro :

« 6/7/33

9 h 17. Ai joué comme un forcené jusqu’au matin. Ai bu comme le sable la mer.

À minuit, tout ce que j’avais sur moi était …brûlé après une apparence éphémère de chance… environ 1200 fr.

Rentré aussitôt pour prendre tout ce que nous avions, ma femme et moi, d’argent liquide : 6125 fr. – J’ai tout perdu encore, et ce sont des Chinois et des Indiens qui m’ont eu dans un B. M. (ndlr : Bordel malgache ou Bordel militaire ?) qui est aussi un tripot.

Rentré seulement à 4 h 15 du matin, rond comme un sou et soûl comme la lune.

Pauvre petite Mary ! tu vas maintenant faire face, seule et avec ton seul courage, à toutes nos dettes de juin ! Tu sais bien que c’est sans aucune méchanceté de ma part, sans vice naturel, ni même propension au vice du jeu, que tête baissée, yeux fermés et bouche tendue, je te fais quelquefois de ces misères en oubliant tout – et nos enfants.

Seulement ce goût du mystère qui m’a toujours attiré, aimanté… »

  Quoi qu’il en soit, nous gardons en souvenir celui qui a si bien analysé la littérature malgache à ses débuts : « Le procédé de la poétique hova répond au besoin de la race, dont la suprême élégance consiste en une éloquence à la fois dévorante et imperceptible comme une flamme allumée en plein midi »  (Journal des Poètes, 1931).

  Un magnifique moment de fraternité avec Ny Malagasy Orkestra

Quant au concert, il fut somptueux. Après le talentueux trio de Root’art (kalon’ny fahiny) en première partie, les dix artistes de Ny Malagasy Orkestra – très compétents, distingués et conviviaux -, ont donné une image forte de la musique et de ses instruments, du chant et de la danse de la Grande Île dans un voyage immobile hors pair. Entre le gabarit physique de  Justin Vali, venu des Hautes Terres centrales, celui du gaillard Manindry venu du Sud de l’île et la souplesse de gymnaste chinois de Dieudonné (ex-Voninavoko), la preuve de la diversité et de l’harmonie d’un peuple n’est plus à faire.

  Venu très nombreux, le public tout entier a joué le jeu en suivant les indications des danseurs : ils ont enflammé le grand amphithéâtre de l’UNESCO. Les spectateurs, réunis en grappes enthousiastes devant le vaste hall de l’Avenue de Suffren, ont été longs à se séparer. L’album « Masoala » de Ny Malagasy Orkestra est d’ores et déjà disponible via votre réseau habituel.

  Quant à moi, je salue la réussite de ces journées de la délégation malgache de l’UNESCO à Paris.

  Et aux prochaines journées de Madagascar !  Sourire



Haïku, aiko, l’art de la rupture

Par Nivoelisoa Galibert

copiedeimg0082.jpg
© N.G. 2006

Extrait de Des mots pour langes

[...]

Dans l’appartement comme vide, une alliance posée sur la table à manger et ces quelques mots non datés : Toutes ces absences, ces voyages dont je ne fais pas partie, ton esprit dans l’au-delà fixant un point que je ne peux voir… Je préfère m’en aller en quête d’herbe verte. Notre petit est grand (l’oxymore n’est pourtant pas ton fort, Aiko Ma-Vie).

Lisa ne pleure pas. Elle balaie devant sa porte. Faire des aéroports autant de résidences secondaires. Et en voyage, se contenter d’émettre des messages à multiples coquilles glanées sur un clavier, formules figées Bâ betsaka mille-bisous à peine lisibles tant les doigts sont gourds du pianotage au quotidien… Et l’esprit de renouvellement ? Jamais plus Lisa n’avait essayé de le surprendre. L’ennui est le pire ennemi du mariage, avait pourtant averti Mam’. Et lui s’en est allé, désabusé, en quête de nouveaux rivages.

Lisa ne pleure pas. Lisa sait très bien que l’herbe verte a été broutée depuis longtemps… Pas si loin d’elle, allant vers le nord, un couple de cailles fortunées.
Elles lui donnent des regrets d’amour.



Cultures citadines et esthétique de la réception : le cas du roman malgache Za de Raharimanana (2008)

Par Nivoelisoa GALIBERT
N.B. Communication orale
Version écrite à paraître en 2009 (Université Paris-Diderot / Sedet)

Raharimanana à Ouessant
© D.G. 2008

Corpus : Raharimanana, Za. Roman, Paris, Philippe Rey, 2008, 301 p

Extrait de Za (NB : abréviation familière de Izaho :« je », « moi »)
Za regarde l’Anze. Il me sourit en décirant la pazy. Des Rien-que-sairs rentrent bientôt. Ils ont élu existence dans la soumission. […] Za suis fatigué (132).

Né à Tananarive en 1967, Raharimanana vit en France depuis 1989 où il mène de front carrière de professeur de lettres (jusqu’en 2002), journalisme, édition critique et création littéraire bilingue. En plus des contributions à des collectifs, cette création compte dix ouvrages publiés dont les derniers, parus cette année 2008, sont le roman en français Za chez Philippe Rey à Paris et un recueil de poèmes en malgache, Tsiaron’ny nofo aux éditions parisiano-réunionnaises K’A d’André Robèr. Raharimanana se fait distinguer très tôt par plusieurs prix littéraires dont, en 1989, le Prix de la meilleure nouvelle de RFI, assorti d’une bourse qui lui permet de partir en France. Mais il se fait aussi remarquer par plusieurs interdictions notoires, tant sur le plan littéraire que politique. Ainsi, celle d’une de ses pièces, Le Prophète et le Président, la même année 1989 à Antananarivo pour le propos subversif qu’il y développe contre la Deuxième République. Cette pièce sera plus tard mise en ondes sur RFI et mise en scène dans plusieurs pays d’Afrique, en Avignon, à Paris, aux États-Unis. L’interdiction frappe également, en 2008, un droit de réponse dans Le Monde à un article de Philippe Bernard sur le collectif L’Afrique répond à Sarkozy. Pendant ce temps, Raharimanana revient régulièrement à Antananarivo, tout dernièrement pour présenter Za, l’adaptation à la scène de Madagascar 1947 et pour animer des ateliers d’écriture au centre culturel français.

L’observation de ce parcours convoque trois types de questionnement : – Énumérer ces lieux de la culture raharimananienne ne revient-il pas à s’interroger sur les frontières de la diaspora inférée par la résidence de l’écrivain malgache à Paris ? – La provocation linguistique, qui frappe le lecteur à la première lecture du roman, ne convoque-t-elle pas la problématique de l’horizon d’attente des écrivains de la diaspora postcoloniale inspirée par le concept de nomadisme intellectuel selon Jackie Assayag et Véronique Beneï, précédés de loin par la New Comparative Literature de Gayatri Spivak ? Un tel nomadisme obligerait en effet l’auteur postcolonial à toujours garder le sens – en l’occurrence l’outrance du monde et les maux de la ville – mais en altérant la forme.
- Dans cette altération obligée de la forme, la jubilation linguistique constitue-t-elle un nouveau registre chez Raharimanana ? Toutes ses créations antérieures n’avaient-elles pas déjà un point commun, à savoir la poésie, dans cette collusion entre d’une part l’extrême violence de la parole et d’autre part les histoires belles et vraies, injustes et folles – collusion digne de Prévert, poète corrosif, artiste à la fois engagé et qui se veut libre ?
Pour tenter de répondre à cette problématique des frontières, mon propos va s’articuler autour de trois axes :
1. les frontières de la diaspora
2. la forge citadine des mots ou le dire du présent interstitiel
3. les poètes et la ville ou l’affiliation d’un désenchantement universel

I. L’ORÉE DE LA DIASPORA

[...]

II. LE DIRE DU PRÉSENT CITADIN

[...]

III. LES POÈTES ET LA VILLE : UNE AFFILIATION DU DÉSENCHANTEMENT

Si la poésie se définit comme dire de la révélation, de l’émotion, de la musique et de la vie, les créations antérieures de Raharimanana sont déjà poétiques, à déguster avec l’esprit, sans peur de la destruction. La détresse de la ville malgache dans Za tient son originalité d’une écriture qui se forge dans une double oralité, à la fois héritage traditionnel et influence contemporaine. Si l’édition est en crise, paradoxalement, Za s’inscrit dans une « écriture début de siècle » qui se prête à toutes les témérités éditoriales. En effet, là où, dans toutes les autres industries, une baisse de la demande a pour conséquence une baisse de l’offre, dans le secteur du livre, les découvreurs veulent multiplier leurs chances de capter des bénéfices. Pour cela, il est important de ne pas figurer dans les hypermarchés : là, les éditeurs sont obligés de produire une littérature de consommation périssable (quick books) ou apparentée à la société du spectacle (livres de célébrités). Le principal intérêt de Za réside dans le fait qu’il présente comme une gageure tout projet d’arrêter le critère de ce qui est littéraire et de ce qui ne l’est pas. L’enjeu de la marchandisation est anti-littéraire : c’est la facilité de lecture à laquelle Za n’accède pas, privé de l’aide du temps et des autres titres du catalogue, Philippe Rey n’ayant fait son entrée dans le champ qu’en 2003.
Toutefois, dans le moment de vacillement imposé au lecteur, il appartient à la critique de faire le double travail de désignation et de recomposition du produit.
Une première lecture de Za situe le roman dans la lignée des fantasmagories parisiennes (chez Eugène Sue, chez Émile Zola) et londoniennes (chez Charles Dickens) du XIXe siècle, puis dans celle de la flânerie surréaliste (dans Nadja, dans Le Paysan de Paris) qui a contribué à la lisibilité de la grande ville européenne. Néanmoins, les années 1990 et 2000 ont vu s’accroître en France un intérêt général pour la condition migrante dont témoignent la manifestation culturelle “Étranger chez soi”, organisée par l’Afro-Américaine Toni Morrison en 2006 au musée du Louvre et les récents Goncourt franco-afghan et Renaudot guinéen (2008). Envahissant de plus en plus le centre-ville, situés à la croisée de plusieurs territoires géographiques et intellectuels, les écrivains exogènes occupent une place privilégiée qui leur permet de refaçonner des identités nationales et de reformuler les canons littéraires. C’est cette modification progressive des relations entre centre et périphérie dans un contexte mondialisé qui influence favorablement l’accès des créateurs comme Raharimanana à la publication.
La deuxième lecture révèle que le pleurer-rire ne constitue plus désormais une captatio benevolentiae du roman. Le rire aurait cessé d’être subversif selon le Magazine littéraire de juillet-août 2008, il est désormais niveleur. Dès lors, la poésie des villes permet de glisser de l’ésotérisme apparent de Za vers son contraire : l’exotérisme. Certes, une des clés du tissage sonore dans cette poésie, la prévalence de l’oralité, relève de l’identité malgache. Mais tout bien observé, Za livre un dire qui pourrait se déclamer sur le tempo du slam, génération contemporaine qui combat le désenchantement de la ville. La problématique de la réception qui sous-tend cette littérature rejoint en effet la réflexion pluridisciplinaire sur l’«enchantement » et le « désenchantement » vis-à-vis de la ville, développée notamment par l’équipe de Jean-Claude Seguin en 2007.
Phénomène d’hybridation ou de montage hétérogène, le texte déroutant est dans les faits un texte dérouté – dérouté du roman pour accomplir une volonté d’affranchissement sans limites. De là, une autre clé de lecture, la transgénéricité. Ce concept – étayé par la formule « le genre de travers » – repose de fait sur cette expérience de la traverse. « Passage, croisement, interférence, intersection, télescopage, les termes abondent qui pourraient efficacement décrire ces phénomènes […] rhéto-poétiques qui font de l’œuvre littéraire à la fois une traversée des genres et un espace traversé par les genres », précisent Dominique Moncond’huy et Henri Scepi.
À travers Za s’est déployée une stratégie de l’égarement et du brouillage, stratégie de l’inclassable héritée des surréalistes. Notamment, l’Aragon du poème intitulé Roman inachevé (1956) brave résolument les classifications courantes. La bravade, c’est là la tonalité générale de la poésie des villes, de Rimbaud à Grand Cops Malade en passant par Prévert.
Je m’arrête sur
- Rimbaud entre 1873 et 1876 :
Je suis un éphémère et point trop mécontent citoyen d’une métropole crue moderne […]. La morale et la langue sont réduites à leur plus simple expression […] je vois des spectres nouveaux […] […] la Mort sans pleurs, […] un Amour désespéré, et un joli Crime piaulant dans la boue de la rue.

- Prévert en 1966 :

Je vous salis ma rue et je m’en excuse
un homme-sandwich m’a donné un prospectus
de l’Armée du Salut
je l’ai jeté
et il est là tout froissé
dans votre ruisseau […]
Je vous salis ma rue pleine de grâce
l’éboueur est avec nous.

- Je finirais volontiers en slamant avec Grand Corps malade en 2008 :

Le bitume est un shaker où tous les passants se mélangent Je ressens ça à chaque heure et jusqu’au bout de mes phalanges.

- Mais dans cette liste de citadins désenchantés, il manquerait un Raharimanana (2008) : Za ne bouze pas dans mon linceul. Za comprend tout à fait maintenant que Za n’ira nullement me fracasser sur les murs d’ombres qui m’ouvriront à l’ailleurs tant espéré. Espérance. Esparance de merdra. Espurulence. Pulvérulence des envies. À mon fils.
À l’éclat de ma vie […]

Le plus important est la sentence déroutée de Rémy de Gourmont qui écrivait dès 1899 : « Au fond, il n’y a qu’un genre : le poème ».

__________________________________



Si j’étais écrivain, je me baptiserais Lîle

… OU LENFANT

copiededscn1388.jpg
© D.G. 2006

… et j’écrirais :

« Non loin de moi, Pont-Aven : Bonjour M. Gauguin !!
Mon rêve resté à l’état de rêve : mettre en mots ou en petites touches pastel impressionnistes une de mes îles cerclées de lagon. Sur ce tableau, laisser siffler les aiguilles du filao qui rend souple prudent avisé réfléchi, et imaginer la houle grondant sur les coraux entre deux rires chanceux d’enfants. »

Nivoelisoa Galibert



Poésie : j’ai aimé « Mihamavana Madagascar » de Jacques Lardoux

MIHAMAVANA MADAGASCAR de JACQUES LARDOUX
OU QUAND LES RÊVES SE FONT RÉCITS
Par Nivoelisoa Galibert

Mavana ocean Indien
© N.G. 2007

[Corpus : Jacques Lardoux, Mihamavana Madagascar, Poitiers, Le Torii Éditions, coll. “La langue bleue”, 1999, 61 p.
Le titre de cet article publié dans L'Express de Madagascar à la parution du recueil est inspiré par la formule d’Yves Bonnefoy, “récit en rêve” lequel désigne un nouveau type d’écriture, entre poésie lyrique et prose poétique.]

Nous connaissions déjà les Éditions du Torii pour l’intérêt qu’elles portent à l’ailleurs – ailleurs vécu, ailleurs rêvé ou simplement imaginé. Alain Quella-Villéger y avait fait paraître en 1990 Routes malgaches, le numéro spécial des Carnets de l’exotisme (1).
Et la Faculté des Lettres de Tana se souvient certainement de ce jeune universitaire posé mais point austère – regard bleu, toujours égal à lui-même – d’une science, d’une générosité intellectuelle, qui ne seront passées inaperçues ni de ses étudiants ni de ses collègues.
Originaire du Val d’Oise, docteur es Lettres, coopérant à Madagascar de 1978 à 1984, puis maître de conférences à l’Université Paul Valéry de Montpellier, Jacques Lardoux est actuellement professeur à la Faculté des Lettres d’Angers.
Quinze ans après son départ de l’Ile, il ne baisse pas pavillon devant le drame malgache (2). Le titre de son recueil de poèmes, Mihamavana Madagascar – murmure et clarté des sonorités malgaches – est significatif : “Mihamavana en malgache indique l’action de fleurir”, nous annonce-t-il d’entrée de jeu (3). Ainsi, dans ce recueil, l’espoir se conjugue hors du futur : “entre la tentation de l’éternité et le simple présent”, constate Guillevic.
A cela, j’ajouterais que la poésie de Jacques Lardoux se trouve dans ce qui nous manque. Elle se trouve dans ce que nous voudrions qu’il existât. Car elliptique à souhait, à la façon malgache, ce recueil résonne comme un imparfait du subjonctif qui ne se dit pourtant jamais, paradoxalement chaud, parfois torride, aventure merveilleuse à laquelle nous invite chaque “récit en rêve”.
Autre aventure merveilleuse pour le lecteur : confronté à l’impossible compte rendu, le critique choisit de s’effacer derrière le non-dit d’un vrai poète. “Frissons/Avènement” (40), “chaude/Odorante colorée” (40), “bleu qui vire au violet”(44), “doux tendre profond” (55)… : ses propres mots font le tour de notre émotion.
Lecteur, voici quelques passages de Mihamavana Madagascar, “à goûter avec la chair, sans peur de la destruction” (Jean-Charles Dorge (4)) :

“Zaza…
Poursuivant l’arc-en ciel
Vêtues de soleil
Les petites filles
Ne savent pas se résigner
Elles font de la soupe
Avec des fleurs !” (33)

“Mihamavana ny zakaranda…
Les jacarandas violinent (…)
Les enfants du quartier Nord
Nouent les tresses du vide
Aux couleurs du matin (…)” (12)

“Celle dont la jupe
Se lève
Ouvre une faille
dans le vide de notre avenir” (53)

“Maintenant
Que tout est devenu eau et ciel
Là comme une vibration
Un accord dans le fruit
- “Maki maki…” (41)

Voilà enfin qui ressemble à Madagascar. Après cinq siècles et un millier de croquis français d’inégal bonheur, la relève de Robert Mallet (5) est mieux qu’assurée. Jacques Lardoux éclaire d’un rai subtil, délicat, le champ des souvenirs malgaches. L’Ile ressort grandie de ce regard nouveau, pénétrant, tout silence et lumière. Elle grandit de cette fusion jamais défaillante avec le naturel malgache. Et pour ne rien enlever au plaisir de l’esthète, l’objet est distingué : format italien, couverture et papier mats, blanc rompu, mise en page aérée de paysages malgaches – photographies en noir et blanc de l’auteur… A posséder sans regret dans sa bibliothèque personnelle !

Notes :

1) Routes malgaches. Les Carnets de l’exotisme, n°2-3, avril-septembre 1990 2) Les années 1980 sont celles des pénuries de PPN ou Produits de Première Nécessité à Madagascar. 3) Avec la complicité de Mathilde Rakotozafy pour la traduction.
4) Préfacier du recueil.
5) Les Mahafaliennes (1961) ; Région inhabitée (roman,1964) ; La Rose en ses remous (1971) ; Quand le miroir s’étonne (1974). Toute l’oeuvre de Robert Mallet est parue chez Gallimard.



À LA MANIÈRE DE PRÉVERT : FACTURES BLEUES

dscn2673.jpg
© S.C. 2007

Saint-Denis de La Réunion – Paris – Saint-Denis, février-mars 2005

Inventaire : Restauration, livres, cinéma, RATP, pharmacie, taxis, cadeaux

24/02/05 : GAUMONT LACAZE : 15,00
28/02/05 : RATP Semaine : 15,40
28/02/05 : FNAC FORUM : 33,69
28/02/05 : JACQUELINE RIU HABILLEMENT : 29,80
28/02/05 : PHARMACIE (GRIPPE, PIEDS) : 14,40
02/03/05 : LIBRAIRIE GIBERT : 150,00
02/03/05 : MANGO HABILLEMENT : 57,70
02/03/05 : JACQUELINE RIU HABILLEMENT : 9,90
03/03/05 : MANGO HABILLEMENT RETOUR : +5,00
04/03/05 : GAUMONT PARNASSSE CARTE : 34,00
04/03/05 : KOOKAI HABILLEMENT : 49,90
05/03/05 : BRIOCHE DORÉE (RAHOLI) : 9,90
05/03/05 : H&M HABILLEMENT : 9,90
06/03/05 : RATP (Carnet de 10) : 10,50
07/03/05 : ETAM HABILLEMENT : 12,80
07/03/05 : JENNYFER HABILLEMENT : 9,90
07/03/05 : PIMKIE HABILLEMENT : 21, 80
07/03/05 : MANGO HABILLEMENT : 84,90
07/03/05 : RETRAIT TAXI : 50,00
07/03/05 : SENT-BON (BÉBÉ RAHOLI) : 12,50
08/03/05 : C&A HABILLEMENT : 19,49
11/03/05 : GAUMONT LACAZE : 15,00
25/03/05 : LE JAMAÏCAIN CARREFOUR : 46,20
25/03/05 : PLAZA : 15,00

TOTAL: 722,68 dont 91,20 à Saint-Denis et 631,48 à Paris


Mundus Antiquitatis |
2008: Sur les chemins du su... |
Ben & Marion's Australi... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CanadaBlog
| Tafraout - Circuits Excursi...
| almimi