« Je suis mille possibles en moi » (A. Gide)

Genres de travers (fiction)

© N.G., 2009

« Tandra vadin-koditra
Les taches de rousseur sont inséparables de la peau. »
DICTON MALGACHE

Bibliothèque François Mitterrand, avant-dernière station de la ligne 14. Rame automate, tu déverses à ton tour les cerveaux qui t’ont conçue voici près de trente ans maintenant. Éternelle circularité de l’œuf et de la poule.

Je suis fascinée par Paris à la mi-août. Point de Parisiens. L’Ailleurs sans l’Autre. Toutefois, des hôtes haut en couleur qui se dirigent vers les quatre tours de la Bibliothèque nationale de France, tout aussi néo-millénaires que le rez-de-jardin où s’échauffe l’intelligentsia de la globalisation. Japonaises en chapeau de paille blanc noué d’un foulard noir. Jeune chercheur de province aux baskets éculées et jeans débordant du fil du Mp3. Pourquoi pas : de son côté, le grave professeur venu de Bayreuth s’isole lui aussi derrière sa musique. Du Verdi, je parie. Je m’assure en m’approchant discrètement que le jeune voisin vit bien au rythme de Oasis. Bingo. Plus loin, une poignée de jeunes louves à bandeau scellant cheveux étalés comme un champ de blé, bandeau banderole de la clanique ENS Fontenay-Saint-Cloud. Et puis, il y a eux deux. Emportés par leur amour à n’en plus ouïr la pluie bruire.
Et moi et moi et moi.
Ego, je suis comme tous et toutes : une fois passé avec succès le portail de détection de bombes artisanales, je trépigne devant la ligne de courtoisie du vestiaire, je serai sous peu une soldate de la sacoche transparente, Mac promu par la Coopération française avec l’océan Indien et exhibé en nombre au monde anglo-saxon par le plan Vigie Pirate de la BnF. Belle revanche sur les Britanniques qui avaient donné du fil à retordre à la France de Colbert et de la Troisième République.

Ce tout petit monde commence par une pause à la cafétéria de la Tour des Lettres. Prohibitifs, les petits-déjeuners ne sont malheureusement plus compris dans le prix de la chambre d’hôtel. Dans les espaces de lecture, salles U V W X, toutes les places, réservées sur Internet depuis plusieurs mois, restent à clignoter vertes de la rage des livres qui attendent à la borne de distribution. Mais le café du matin et la biscotte et les 10 g de beurre et le yaourt bio recommandés par le nutritionniste pour une alimentation équilibrée il faut les prendre avant que les neurones ne soient triturés par l’interprétation transgénérique de l’attribut classique enrichi des suppléments des ajouts des modifieurs des déterminants et des caractérisants en complémentations. Ah, les épistémologies transversales anti-auctoriales… Yaourt bio, biscottes, petit rectangle de beurre, deux cafés, deux !

À un coin de la table basse, les voici à nouveau, eux deux.
Elle se brûle les lèvres avec un petit rire surpris d’amante assouvie, il lui souffle sur son expresso attendri. Il lui beurre une biscotte sans la casser, les yeux océan pourlèchent ses pommettes d’ébène, descendant petit à petit vers les gorges du Nyl bleu. Elle déploie de nouveau son rire Désir. Ils ont déjeuné. Il rassemble miettes, pots de yaourt, couverts en plastique et tasses en porcelaine, il les dépose sur le plateau partagé pour le pire et le meilleur. Ils se lèvent, il lui présente son manteau tel son majordome et s’efface pour la laisser passer. Elle hiératique, les mains dans les poches de sa ravissante mante Versace. Lui confondu en excuses devant le Tout-Monde comment ai-je fait pour séduire la Reine de Saba me voici consacré Roi Salomon mon bijou mon joyau tesoro mio tout en revêtant sa propre gabardine. Après quoi, il ramasse le plateau et les deux sacoches identiques en plastique transparent sous le regard satisfait de ceux-là, héritières et héritiers des Sartre-Beauvoir qui ont combattu des années pour que femmes et Noirs enfin comptent autant sinon plus que les pâles Occidentaux en ce non-lieu d’une cafétéria gorgée de matières grises. Elle avance vite, entretenant sa démarche de mannequin aux jambes de gazelle. Mais il peut la suivre. Avec tout son barda. Pardon pardon pardon merci pardon, sacoches en balade dans son dos, aïe aïe, cela fait tout de même un peu mal les coups de deux Mac contre les vertèbres sur le flanc sur les épaules côté bandoulières. Enfin la « desserte ».
Il déverse le contenu du plateau dans le grand meuble à fente prévu à cet effet.
Cling cling cling cling cling… Clang, clang.
Mama mia. Il a aussi jeté les deux tasses et les sous-tasses en porcelaine.

- Eh bien, bravo, madame ! Si c’est ainsi que l’on fait la vaisselle chez vous, c’est du propre, c’est le cas de le dire !

C’est le serveur du self-service. Celui qui sert sans desservir. Il n’a pas les neurones en ébullition permanente. Cela lui permet de garder les pieds sur terre et les tasses sur le comptoir. Il vient de lui signifier son opinion à elle. Et non pas au fautif. À voix haute et nue.

Un regard indécodable est échangé par le couple. Lui s’éloigne de deux pas à reculons en réajustant ses deux bandoulières, elle revient sur ses pas sortant les mains de ses poches ravisées. Et la voici, Reine de Saba, un genou à terre devant lui. Fouillant dans la poubelle de ses doigts ébène les tasses à déposer sur le comptoir et les doutes de son coeur.

Le Tout-Monde est rentré dans l’ordre.
Fin du spectacle pour la galerie.
Standing ovation, la rumeur en guise d’applaudissements : « … Hannah Arendt… Toni Morrison … Gayatri Spivak… Chokravarty ? … Chakravorty, mais si mais si … Homi Bhabha… Bla bla bla… ».
Les sacoches se sont dispersées.
Les places respectives vont virer au rouge.
Feu sur tout visionnaire qui bouge !



Relation véritable au XXIe siècle : un portable devenu savonnette

Relevé dans L’Express de Madagascar, n° 4480 du 14 décembre 2009

© T.M., 2009

N.B. Ar ou ariary :  monnaie malgache (1euro =  13000 Ar environ)

 Un homme a perdu Ar 40 000 vendredi, en achetant un téléphone portable à Ampefiloha. Deux hommes ont réussi à le filouter en vendant un poste fabriqué à partir de savon de lessive. La victime affirme qu’elle ne s’est rendu compte de la manœuvre qu’au moment où il comptait se procurer un chargeur pour le téléphone.

 « Je cherchais des pièces de voiture quand deux individus m’ont accosté pour me proposer un portable », raconte-t-elle. Haut de gamme, celui-ci a été proposé à Ar 150 000. Le client s’est aussitôt intéressé à l’offre alléchante après avoir testé l’appareil avec sa puce. Pourtant, il leur a indiqué qu’il ne disposait que de Ar 30 000. Entre-temps, le téléphone, qui était remballé dans sa housse, a été déjà remis à l’un de ses interlocuteurs.

« Après une longue discussion, les malfrats ont concédé la marchandise à Ar 40 000 », dit la victime. Le poste payé, un des escrocs a sorti le paquet de sa poche. Confiant, le client ne l’a plus vérifié.

 La savonnette était cachée dans la housse et présentait la même taille que le vrai portable. Des touches de manipulation ont été collées sur l’une de ses faces.

 Teholy Martin Date : 14-12-2009



« Des petits bouts de mes rêves » par Claire G.
30 novembre, 2009, 12:46
Classé dans : compte rendu,correspondance,difference,lieux de culture,monde,societe,voyage

 Ma jeune nièce Claire est infirmière. Actuellement, elle est en vacances avec une amie en Nouvelle Zélande et elle écrit une chronique régulière pour ses proches. Cette relation-ci date du surlendemain du match-test où le Quinze de France a été battu par 12 à 39 par les All Blacks (28 novembre 2009). Pour ses loisirs, Claire fait elle aussi du rugby féminin à côté du surf.

Publié avec l’aimable autorisation de l’auteure © C.G., 2009

Kia Ora,                                                                                         Wainui, Gisborne

Tout d’abord merci à tout ceux qui m’ont envoyé un petit mot, j’en suis ravie ! Ici toujours du beau temps malgré du vent, du vent du vent… le soleil brûle (pas pour rien qu’on sent qu’il y a un trou  dans la couche d’ozone ici). Encore une session incroyable avec Moko le dauphin… J’étais à l’eau avec mes palmes et des amis surfeurs et Moko nous a rejoint pour… jouer. Seulement la bestiole fait quand même plus de 2m ! Il a passé son temps a mettre des grands coups de tête coquins dans les planches de surfs pour les voir tomber à l’eau, jouant à disparaitre de la surface pour réapparaitre plus loin. Et je l’ai longuement intrigué avec mes palmes, ils venait sous l’eau et restait sous moi à les toucher doucement avec son rostre, me poussant gentiment. Il y a des moments ou c’est un peu effrayant d’apercevoir cette grande bête dans l’eau immobile comme ça ! Il a une peau tellement douce et est tellement agile. Vendredi a été une journée incroyable, nous sommes partis à Tolaga Bay à une heure au nord de Gisborne. Léa avait déjà rencontré un couple étrange mais très sympathique et nous voulions leur demander de nous introduire dans leur Maraé (maison communautaire maorie dans lesquelles se passent tout les grands évènements de la vie). Allan et Bessie nous ont ouvert leurs portes et c’était incroyable, leur maison est située à l’embouchure du fleuve sur la mer, on peut voir toute la baie ainsi que les falaises, ils sont d’anciens fleuristes le jardin ressemble au jardin d’Eden, des arbres partout parfois fleuris, des palmiers,  des fuchsias, des pensées, des bougainvilliers… et tant d’autres plantes que je ne connais pas ! Ils nous ont invité à boire quelque chose et nous avons parlé de tant de choses, ils ont voyagé partout dans le monde avec leur tente ! Syrie, Lybie, Afghanistan, Chine… Ils sont incroyables, lui est anglais, il a d’ailleurs ce côté un peu guindé des Britanniques mais un sourire lumineux et la touche de décontraction apportée par les tongs qu’ils doit porter à l’année vu qu’elles ont foncé la peau de ces pieds ! Elle est maorie et a des cheveux qui tombent jusqu’aux chevilles (oui je vous jure elle les a détaché pour nous). Tout les 2 sont un peu les gardiens du Maraé (qui est encore utilisé bien sûr). Allan nous a introduites dans Ruhakapanga Maraé. Un maraé sert à prendre les décisions importantes de la tribu à célébrer les morts bref c’est un lieu spirituel dans lequel les maoris peuvent passer plusieurs jours. Il est tout en bois décoré de peintures (rouges noires et blanches) et de panneaux de bois sculptés. L’intérieur est fait de panneaux de flax tressés en motifs géométriques représentant la mer, la montagne… ils sont appelés Tuka Tuka et en alternance des panneaux de bois représentant toute la généalogie de la tribu (toute les personnes ayant contribué à l’histoire de leur communauté), le maraé représente le corps, l’ossature de la tribu comme si tous ne faisaient qu’un. Quand nous sommes repartis, c’était bien sûr avec des fruits, la promesse de revenir après noël pour faire du kayak dans la baie… Je mesure la chance que j’ai eue, entrer dans un maraé est difficile pour nous Pakehas ! Le reste de la journée a aussi été magnifique car nous sommes partis en rando, avec une petite partie de bush natif (avec les grandes fougères qui me plaisent tant) des prairies pleines de moutons et des côtes accidentées donnant sur Tolaga Bay et ses eaux turquoises au pied des falaises… Cela ne fait que 4 jours que je suis là et c’est tout les jours incroyable ! 

Au rayon des choses drôles, la Nouvelle Zélande mène une campagne de sensibilisation contre le cancer de la prostate… et vous savez comment : « grow a mo and help save a bro ! » ce qui signifie faites vous pousser la moustache pour aider un frère. Les kiwis se font pousser la moustache depuis le 1er novembre et envoient  leur photo sur un site internet, les gens y laissent des commentaires et des dons. Chaque jour dans le journal on peut voir un « best-of » ! c’est une manière sympa et décontractée de sensibiliser la population ! Autre grand moment : le match France Nouvelle Zélande… ça chambrait avant le match… et surtout après ! Heureusement ça a été un beau match et je m’en suis sortie par une pirouette en disant qu’on pouvait perdre contre les  Blacks mais pas contre l’Angleterre donc tout va bien ! Sur ce, je vous laisse et je m’en vais sur les routes avec notre maison aménagée direction l’île du Sud et ses paysages montagneux et peut-être même Stewart Island tout au sud. 

Muxuak

Claire



Actualité d’une opinion émise le 6 mai 2009 sur la crise malgache

Extrait de « Le chercheur et le bureaucrate » par Ny Marina (voir LIENS)

Didier Galibert a raison d’écrire : « Le nombre des morts paraîtra faible au regard d’hécatombes africaines, mais c’est le code traditionnel, assimilant l’ordre social et politique des vivants visibles au cosmos tout entier – comme si l’affichage de l’usage de la force mettait en péril la totalité de la vie sociale, publique et privée –, qui a été violé ».
Sans doute pourrait-on pinailler sur l’« implacable hiérarchie de la naissance selon les ordres sociaux », sur ce qui serait « un héritage culturel privilégiant la non-responsabilité des puissants à l’égard du bien-être populaire » ou encore sur l’incapacité des Eglises à « jouer efficacement leur rôle d’encadrement et de médiation, du fait de la proximité de l’une d’elles avec le pouvoir »
Ce sont là points de détail que, valable sur le long terme dans le passé, la conclusion de Didier Galibert fait heureusement oublier : « l’histoire malgache paraît démontrer une capacité d’influence assez faible des acteurs étrangers. J’explique ce fait par la conjonction d’un sentiment insulaire puissant, d’une conscience nationale ancrée dans l’unité linguistique et religieuse – en amont du travail des missionnaires ».



Mon dernier coup de coeur : le martin et la soie
15 novembre, 2009, 20:36
Classé dans : decivilise,difference,lieux de culture,Madagascar,reflexion,voyage

Extrait du blog de BEKOTO (voir Paysannat (le) malgache sous LIENS à gauche de l’écran), site consulté le 21 novembre 2009

HISTOIRE ANIMALE (7) : Le Martin triste (Fin)
Joli monstre

Les fabricants de linceul traditionnel (mpanao lamba mena) fait à base de la soie  » grège » obtenue à partir du Landy bemaritaina, déciment systématiquement les vers à soie accrochés aux arbres des Tapia (1) . Tout bon Malgache devine le drame derrière cette destruction des vers à soie sauvage. lancent l’alerte car les Nos aïeux, pendant leur exhumation (famadihana), n’auront plus droit, à terme, à leur linceul en soie sauvage mais à de la soie artificielle importée. Et, probablement, un des piliers de la culture Malgache est désormais menacé de disparition : la filière du tissage de la soie traditionnelle.



La femme malgache vue par les romanciers coloniaux français

Plante exotique
© NG 2006

Extrait de Nivoelisoa Galibert, Madagascar dans la littérature française de 1558 à 1990. Contribution à l’étude de l’exotisme, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 1997, 2 tomes, 1160 p.
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[...]

Le visage humain et tout aussi fantasmatique (elle n’a d’autre existence que comme compagne de l’exote ; elle n’est jamais située dans sa famille ou dans son environnement malgache), la femme malgache, ou « ramatou » [sic], est un personnage incontournable du merveilleux exotique. […]

Le couple idéal est alors le couple Européen + femme indigène, l’inverse restant exceptionnel.

Cette femme malgache est belle. De quelque type qu’elle soit, elle est toujours belle. Plutôt asiatique, comme dans ce portrait :

« Grands yeux noirs, illuminés d’intelligence, pétillants de malice et de gaieté ; peau veloutée, brune avec des tons chauds souvent orangés ou ambrés, extrémités fines, petits pieds, mains allongées, cheveux non crépus, ordinairement très longs [...]. Beaucoup de filles malgaches, affinées par de merveilleux atavismes, possèdent des lignes de corps et des traits de visage que nous qualifions de parfaits, parce que nous sommes habitués à les voir chez les femmes blanches » (321, 25),

ou plutôt africaine, par sa stature, comme dans cet autre portrait :

« Elle marchait droite, ses jambes nues jusqu’au genou étaient hautes et fines et chacun de ses pas ressemblait à la légère pesée d’une danseuse qui s’ignore. Son buste, moulé par le tissu rude, s’achevait sur ses épaules où l’attache de ses bras dessinait des courbes mouvantes dont la chair paraissait fragile [...]. Elle avait une façon de regarder [...], de la tranquille assurance des bêtes plus habituées aux caresses qu’aux coups » (527, 52).

Voilà qui annonce les scènes voluptueuses du roman de Mallet. Car l’érotisme étant surtout suggestif, il peut commencer à n’importe quel moment de la narration, de la description ou du portrait. Ainsi, « La Captive nue » de Garenne a nom « Ifoutsy [La Blanche]« . Betsileo, elle est originaire des Plateaux et elle a été ravie à son groupe par les Bara. Sa première apparition est dite « fantastique ». Elle est entièrement nue et

« debout à la lisière du champ, le corps svelte et cambré avait la grâce d’une Vénus de Praxitèle. Les petits globes de ses seins accusaient l’adolescence, il semblait que ce fût une fillette plutôt qu’une femme qui détachait sur le sombre fond des feuillages les lignes harmonieuses de sa nudité gracile » (331, 8).

Cette apparition préfigure la fragilité d’une innocence, comme en témoigne le passage qui suit où, avant d’être délivrée par le lieutenant Delmas, Ifoutsy doit subir la galanterie de ses ravisseurs :

« Le Zafimanèle fit succéder la câlinerie à la violence. Or, voilà que, sous ses languides caresses, la petite Betsileo sent, surprise d’abord, puis indignée et pénétrée de honte, le frisson de la volupté agiter ses flancs. Oui, malgré la haine, malgré la répulsion que lui inspire son violateur [sic], sans son consentement, sa chair tressaille d’un plaisir infâme qui la révolte » (331, 128).

Ainsi, le deuxième trait de cette femme malgache vue par l’exote est bien sa sensualité.

Sur le plan psychologique, cette femme plaît pour son côté sobre, mouramour, accommodant, voire puéril : « C’est une femme-enfant, friande de jeux enfantins, qui aime les bijoux d’argent, les couleurs violettes, et les gestes, et les bruits, et manque de mémoire » (361, 33).

Bref, c’est la femme idéale parce qu’elle est accommodante. Pour insister sur ce côté mouramour des femmes malgaches, nos écrivains oublient rarement de rapporter leur statut auprès de l’exote : peu exigeantes, et généreuses, elles se contentent souvent du rôle de concubines et elles s’occupent de façon très attentionnée de leur compagnon, avec la sobriété, la douceur du bon Sauvage au féminin :

« A fait ben c’ qu’a peut, c’te pauvr’ gosse

Sauf qu’a manque eud’ conversation

Mais un’ blanche s’ montrerait féroce Et m’ plaqu’rait su’ ma concession.

Cell’-ci qui n’ connaît qu’ les falafes

Se trouve heureus’ dans mon taudis

C’est ell’ qui recrut’ mes manafes

Et a n’ m’coût’ pas un radis » (374, 19-20).

Cette femme d’exote recrute donc les manafes (1). Mais, à l’instar de la femme dépeinte par Nicolas Mayeur (2), on ne lui connaît pas d’autres tâches véritables (3) : le premier exote d’Imerina rapporte que les femmes n’ont pas à voir les détails de l’intérieur de la maison car ce sont les hommes qui « pilent le riz et cuisent à manger » ! (4)

Beauté, sensualité, sobriété psychologique : plus que de ses attributions (5), c’est des attributs de la femme indigène que l’exote se préoccupe. Inséparable du mythe de l’Age d’Or, ce portrait superficiel de la ramatou constitue un des procédés majeurs, incontournables, de la littérature idyllique.

[...]

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NOTES :
(1) Manafe [manafo, manafy]: saisonnier agricole sur la Côte Est malgache.
(2) Nicolas Mayeur, profitant de l’accession de Benyowski au « trône », a été le premier Français à avoir pu pénétrer à l’intérieur des terres. Cf. Robert Cornevin, « 18 septembre 1777, le Français Nicolas Mayeur entrait à Tananarive », L’Afrique littéraire et artistique, n° 32, 2e trimestre 1980, p 87.
(3) Veiller au bien-être de l’homme n’en étant pas une, du moins faut-il le souhaiter pour toutes les femmes.
(4) « Il est d’usage dans le pays que les femmes ne fassent aucun travail pénible. Elles sont uniquement occupées de leur soie, de leur coton, et de mettre en oeuvre les feuilles de bananier et de raffia [sic], et de faire des nattes. Elles n’ont même pas les détails de l’intérieur de la maison, car ce sont les hommes qui pilent le riz, cuisent à manger, etc. », cité par Robert Cornevin, op. cit., p 84.
(5) Un dicton malgache dit « Ny adidy tsy an’olon-dratsy / Seules les honnêtes gens ont des responsabilités ».

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N.B. : Le numéro de l’ouvrage de roman français et l’indication de page mis entre parenthèses dans le corps du texte supra renvoient au tome 2 de Nivoelisoa Galibert, Madagascar dans la littérature française de 1558 à 1990, op. cit. : 321 : RENEL, Charles, La Fille de l’Ile Rouge. Roman d’amours malgaches, Paris, A. Flammarion, 1924.
331 : GARENNE, Albert, La Captive nue, Paris, Plon Nourrit, 1926.
361 : MILLE, Pierre, Mes trônes et mes dominations, Paris, Editions des Portiques, 1930.
374 : MATHIAU, Alexandre, Soliloques de brousse, préface de Delélée Desloges, Paris, Pyronnet, 1931.
527 : MALLET, Robert, Région inhabitée, 1964, Paris, Gallimard, 208 p [Réédition ibid. : 1990]



Prix du livre jeunesse Ouessant 2009 : un excellent cru

Relevé dans Le Télégramme, quotidien de Brest, du 21 août 2009, dans la rubrique Prix du Livre Insulaire

La présidente du jury du Prix du livre jeunesse, Nivoelisoa Galibert, a déclaré, hier midi, « que 2009 est un excellent cru » et a salué les efforts des éditeurs de l’océan Indien.

Deux romans pour adolescents et dix albums pour les plus jeunes ont été retenus pour concourir dans ce prix de la catégorie «jeunesse». Et les membres du jury, les deux élèves du collège des Îles du Ponant, Lucille Guillerm et Manon Riou, leur professeur de français, Jean-Jacques Salaün, et les deux enseignantes, Gwenaëlle Baamara et Sophie Marhic, ont été unanimes pour décerner le prix du conte contemporain à « Le phare de l’enfant algue », écrit et illustré par Hugues Mahoas (éditions Coop Breizh). Le prix album de la découverte a été attribué à « Ali de Zanzibar », de Salim Hatubou (Orphie éditions). Le jury a décerné deux mentions spéciales à « Joshua ou la mer des histoires », de Delphine Ratel et Virginie Grosos (éditions Millefeuille), et « Les orangers de Tahiti », de Roxanne Marie Galliez, Emmanuelle Tchoukriel et Clémence Vasseur (éditions Balivernes). Les deux jeunes collégiennes ont été particulièrement contentes de participer à ce jury littéraire, de lire tous les livres et de défendre ceux qu’elles ont aimé.

« J’ai découvert une culture »

Comme Lucille Guillerm, défendant la cause d’ « Ali de Zanzibar », de Salim Hatubou : « J’ai découvert une culture. Les illustrations sont magnifiques et je l’ai lu trois fois tellement je l’ai aimé! ».



NIVOELISOA GALIBERT : QUI SUIS-JE ?

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© M.K. 2007

Chercheure associée au Crlv/Crlc de l’Université Paris-Sorbonne (Centre de recherches sur la littérature des voyages/Centre de recherche en littérature comparée), professeure associée à l’ENS/ITEM /CNRS (Institut des Textes et Manuscrits modernes, UMR du CNRS), également chercheure associée au Crlhoi de l’Université de La Réunion (Centre de recherches littéraires et historiques, de l’océan Indien), je suis née en 1953 à Antananarivo (Madagascar). J’y ai vécu jusqu’à mes 17 ans, où j’ai entrepris mes études supérieures en France pendant 10 ans. Après quoi, j’ai enseigné sous la tutelle du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche malgache pendant 16 + 4 ans à « Tanà » et à « Diego », ainsi qu’au lycée français de Tanà et au collège de l’Apeaf (Association des parents d’élèves de l’Alliance française, toujours de Tanà).
Pendant ce temps (de 1979 à 2006), je vivais en alternance entre Madagascar et l’Europe, puis Madagascar et La Réunion pour des raisons à la fois privées et professionnelles dont la préparation du doctorat d’État es Lettres Madagascar dans la littérature française de 1558 à 1990. Contribution à l’étude de l’exotisme, Septentrion, 1997, 1160 p – thèse soutenue à l’université Paris-Nord en 1995).
Mes deux principaux ouvrages personnels sont la Chronobibliographie analytique de la littérature de voyage... (Honoré Champion, 2000, 232 p.) et l’édition scientifique de la correspondance des lazaristes de Madagascar à Vincent de Paul (voir infra la liste des « travaux réalisés » : À l’angle de la Grande Maison… (Paris, PUPS, coll. Imago Mundi 3, 2007, 548 p. + h.t. ill. 11 p.). Complémentaire de l’Histoire de la Grande Isle Madagascar de Flacourt éditée par Claude Allibert chez Karthala (1995, 2007), ce dernier recueil met au service de tous publics, universitaire comme profane, un des rares témoignages collectifs approfondis en français dont nous disposions sur l’histoire de Madagascar au XVIIe siècle.
Mon conjoint, Didier Galibert, né en 1953 à Toulouse, docteur en anthropologie politique et professeur agrégé d’histoire au lycée Camille Jullian, est chercheur associé au Cresoi de l’Université de La Réunion (Centre de recherches et d’études sur les sociétés de l’océan Indien) et au Sedet de l’Université Paris-Diderot Paris 7 (Sociétés en développement : études transdiciplinaires). Entre autres travaux, il est l’auteur de l’ouvrage Les Gens du pouvoir à Madagascar : État postcolonial, légitimités et territoire (1956-2002) (Paris, Karthala/Cresoi, coll. Hommes et sociétés, 2009, 575 p [+ index 23 p. broché]).

Nous vivons actuellement à Bordeaux. Cette ville, majestueuse, cultivée, hédoniste et feutrée, d’une part donne l’opportunité de fréquenter une grande université spécialisée dans les problèmes africains et malgaches (voir l’Institut d’études politiques et le Centre d’études sur l’Afrique noire), d’autre part se situe à 2h 59 mn de TGV de la capitale où presque tout se passe, sans les contraintes d’un Paris au quotidien.

Passionnée de voyage sous toutes ses formes (déplacement physique, lecture, musiques du monde, contact de cultures, etc.), je suis servie par mon métier de chercheure en littérature de voyage sur l’océan Indien et en littératures francophones de l’océan Indien (Madagascar, Maurice, La Réunion essentiellement). Mes principaux éditeurs sont Honoré Champion, les PUPS, L’Harmattan/Université de La Réunion tant pour les articles que pour les ouvrages. 

Pour le reste, au plan privé, mes loisirs sont plus simplement la randonnée cycliste et la plongée en apnée, ainsi que toute activité culturelle qui ouvre au Tout-Monde. De temps à autre, j’aime cuisiner en créant pour ma famille et mes amis proches et échanger des recettes gastronomiques (salé-sucré) avec d’autres « aficionados ». J’oubliais : je me réapproprie mes souvenirs en écrivant beaucoup entre journal intime et fiction autobiographique. Ainsi, je suis auteure d’un recueil L’Aube en maraude. Soties, Antananarivo, chez l’auteur, 2005, et de tranches de vie personnelle qui s’efforcent d’être cathartiques, à la fois tendres et humoristiques. Un recueil de récits, Mots pour langes. et quelques soties malgaches, est paru aux éditions Amalthée (ISBN : 978-2-310-508-1). Le référencement en ligne est prévu autour du 15 février 2010  (dilicom, amazon.fr, fnac.com., www.editions-amalthee.com, etc.). Vous pourrez aussi le commander chez votre libraire de proximité.

Pour compléter ce portrait personnel, voici une fiche typiquement administrative à toutes fins utiles :

- Qualifiée par le CNU français aux fonctions de professeur des universités (sections 09 puis 10)

- Membre titulaire de l’Académie Nationale malgache

- Chevalier de l’Ordre National malgache-

- Ancienne élève d’hypokhâgne et de khâgne du lycée Edouad Herriot (Lyon, France)

- Directrice d’études invitée à l’EHESS, Paris, du 4 janvier au 2 février 2007

- Chercheure invitée au LCF N° 8143 du CNRS (ex-UPRESA N° 6058 du CNRS) pour le projet « Chronobibliographie analytique de la littérature de voyage sur l’océan Indien » subventionné par une bourse DEF de l’AUPELF/UREF (1996-1997 – Voir « Travaux réalisés : Publications : ouvrages »)

- Professeure invitée à l’Université de Caen-Basse Normandie (mars 2002) – Visiting Professor à l’Université de Maurice (2 x 3 semaines en avril et en mai 2001) – Membre du Groupe de Recherche Interdisciplinaire sur les Écritures Missionnaires, Centre facultaire de l’Institut Catholique de Paris (2002-2007)

- Membre du Comité scientifique et comité organisateur du Colloque Le Voyage à Madagascar : de la découverte à l’aventure intellectuelle, Tananarive / Fort-Dauphin, 13-18 octobre 2003 (Crlv Paris 4 et FLSH/Université d’Antananarivo)

- Membre du Comité scientifique de la Revue Historique de l’océan Indien, Association Historique Internationale de l’Océan indien (Prs Yvan COMBEAU, Prosper ÈVE, Sudel FUMA et Claude WANQUET présidents)

- Co-directrice scientifique avec Norbert DODILLE (Université de La Réunion) d’une Journée Crlhoi, Université de La Réunion, « Discours nomade », 2 avril 2005

- Co-présidente d’honneur du Colloque international Imago Mundi II : Lettres et images d’ailleurs avec M.-Ch. GOMEZ-GÉRAUD (CRLV Paris-Sorbonne, Université d’Amiens), Grignan, CRLP de l’Université de Nice et Château de Grignan, Grignan, 19-21 octobre 2001

- Visiting Professor à l’Université de Maurice (mars 2001 puis avril 2001)

- Membre du Jury du Prix littéraire de l’océan Indien (Conseil Général de La Réunion) 1999-2004

- Membre du Jury du Prix international du Livre Insulaire (Ouessant, Association Cultures, Arts, Littératures Insulaires ) depuis 2006

- Membre du Cths (Comité international des travaux historiques et scientifiques)

- Membre de la Sielec (Société nationale d’étude les littératures de l’ère coloniale)

- Membre du groupe de recherches interdisciplinaires « Espaces francophones, textes missionnaires et lieux de rencontre » de l’Université de Waterloo (Ontario anglophone)

- Directrice de l’École doctorale « Langues et Lettres » de l’Université d’Antsiranana (Madagascar) (2002-2004)

- Présidente fondatrice de l’Ascut (Association socio-culturelle de l’Université d’Antananarivo (1987-1996)

- Présidente fondatrice de l’Athmef (Association du théâtre malgache d’expression française) (1989-1991)

- Responsable fondatrice et animatrice de l’émission littéraire radiophonique « Le Cahier bleu » (Alliance FM 92) (1995-1996)

N.B. Si vous le souhaitez, vous pourrez entendre six de mes conférences (Encyclopédie sonore de Paris-Sorbonne/Crlv) en double-cliquant sur CENTRE DE RECHERCHES SUR LA LITTÉRATURE DES VOYAGES dans le lien VOYAGE ou PARIS-SORBONNE à gauche de votre écran.



PRIX DU LIVRE INSULAIRE D’OUESSANT 2009 : « Zaho Zafimaniry – Zafimaniry intime »

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© N.G. 2008

Catégorie « Regard poétique » :
Johary Ravaloson et Sophie Bazin, Zaho Zafimaniry – Zafimaniry intime, Antananarivo/La Réunion, éditions Dodo vole

par Nivoelisoa Galibert
(Article publié dans Les Nouvelles (Antananarivo à la parution de l’ouvrage)

Auteur de La Porte du Sud, « auteur dégagé » selon ses propres termes, Johary Ravaloson préside le groupe malgache « TsyKanto sy Tsimaninona [« Inesthétique et Insouciant »] et forme avec son épouse Sophie Bazin, comme lui plasticienne d’art contemporain, le tandem « Arius et Mary Batiskaf » (clin d’œil aux cousins Marius et Ary Leblond, célèbres écrivains de La Réunion où ils ont vécu pendant ces dix dernières années). Ludique et attaché à la transgression, le couple a toujours donné le ton à la défense du Dodo, oiseau emblématique des oubliés du Progrès.

Médecin et plasticienne, juriste et écrivain
Docteur en médecine, Sophie Bazin se consacre depuis 1996 à la peinture et à la gravure. « Volumes, performances et installations », précise-t-elle. Ses expositions sont connues aussi bien à Tana qu’à La Réunion ou dans sa Normandie natale : Padar à Tana, Les Fleurs bleues, Liberté plastik, Les Oiseaux, Sortir du corps, Mémoires organiques et autres réminiscences… Elle est actuellement en résidence de création à Caen. Quant à Johary Ravaloson, rappelons-le, nouvelliste et romancier, il a été plusieurs fois lauréat de concours francophones internationaux (Prix du Centre Régional des Œuvres Universitaires, 1996 ; Prix de la nouvelle de l’océan Indien, 1999 ; Prix Grand Océan de littérature d’inspiration religieuse, 2000 ; Prix Williams Sassine, 2005). C’est en 2005 qu’il remporte avec Les Larmes d’Ietsé le Prix du roman de l’océan Indien organisé annuellement par le Conseil général de la Réunion, jusqu’à présent inédité. Sans délaisser l’écriture (Géotropique est son dernier roman, à paraître), docteur en droit, il se retrouve depuis peu installé comme juriste dans sa ville natale, Antananarivo, où son épouse le rejoint.

« Du désir et de la détermination…, de l’ancestralité et de la contemporanéité »
L’idéal de vie du couple le positionne toujours entre le monde passé et le monde futur, lesquels le plus souvent sont une transmutation du présent. C’est en tout cas ce que Sophie Bazin et Johary Ravaloson donnent à percevoir dans Zaho Zafimaniry – Zafimaniry intime, relation d’un long voyage de 1996 à 2006, où ils ont vécu en alternance dans le triangle de la Réunion, du pays Zafimaniry et de l’hexagone. En découle un « savoir exogène – des lunettes singulières – », selon la superbe préface de Juliette Ratsimandrava. Un savoir qui permettra aux lecteurs d’apprécier à travers un texte bilingue de se laisser reconduire du « temps plié » vers un dedans d’une beauté exceptionnelle qui court après la règle. Photos (S. Bazin) et textes (J. Ravaloson) sont l’oeuvre à quatre mains d’esthètes qui ne concèdent rien au tamberi-tany  (perte de repères) d’un pays où carnet de route et tranches de vie au quotidien se font énonciation artisanale à la manière des contes : si proche du merveilleux, mais les pieds dans la réalité.

N.B. S. Bazin et J. Ravaloson, Zaho Zafimaniry – Zafimaniry intime, préface de J. Ratsimandrava, Éd. Dodo Vole, 2008, 84 p. et 48 photographies, papier filigrané, format 21 x 21 cm, 18 euros. Sorti le 24 mai 2008, disponible à Antananarivo à partir d’août, chez Lecture et loisirs (Galerie Zoom) et par le site des Éditions Dodo Vole dont les auteurs sont responsables : http://dodovole.blogspot.com/.



Des mots pour langes (extrait)

Par Nivoelisoa Galibert

Malice
© N.G. 2008

« […]
idées que l’esprit a depuis longtemps conçues
et qui naissent enfin et grandissent avec des mots pour langes. »
J.-J. RABEARIVELO (1901[1903 ?]-1937)

[...]

« Adjoint anti-palustre ». La formule, très savante et offensive, avait fait rêver ma mère. Elle fréquentait l’École des Infirmières à Mahamasina. Pour devenir infirmière, c’était juste en face du Bureau Municipal d’Hygiène où travaillait mon père. Nous disions d’ailleurs « BMH », comme si c’était une formule magique qui allait faire sortir un double de mon père, pfffuittttt pfffuitttt abracadabra, du chapeau d’un magicien. Parce qu’il avait épousé notre mère, la plus belle, la plus douce, la plus brillante, la plus tout de toutes les infirmières de sa promotion. Elle était aussi la plus humble : pendant longtemps, elle s’était minorée, laissant croire à ses enfants que « adjoint anti-palustre », c’était au-dessus d’« infirmière ».
[...]


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