« Je suis mille possibles en moi » (A. Gide)

Quelques enjeux littéraires et stratégiques de la diaspora francophone de l’océan Indien
21 avril, 2010, 12:11
Classé dans : hybridite,ocean Indien

‘L’ici et l’ailleurs’: Postcolonial Literatures of the Francophone Indian Ocean
e-France : an on-line Journal of French Studies, vol. 2, 2008 ISSN 1756-0535,  Julia Waters, ed.

 © N.G.

Nous aborderons ce propos sur le nomadisme – pris au sens propre de déplacement physique d’un groupe qui n’a pas d’établissement fixe – par un constat paradoxal : nous n’adoptons pas les lieux, ce sont les lieux qui nous adoptent. C’est cette remarque qui rassemble a priori les auteurs de la postcolonie indiaocéanique.


Nomadisme et déterritorialisation : une règle de formation

Qu’y a-t-il de commun entre la Mauricienne Ananda Devi (née en 1957), les Malgaches David Jaomanoro (né en 1953) et Raharimanana (né en 1967), le Réunionnais J. William Cally (né en 1977) ? Tout d’abord, il s’agit de lauréats de prix francophones postcoloniaux (Prix RFI, Prix du conseil général de La Réunion, Prix Grand Océan, Prix Tardivat International…). Ensuite, ils sont diplômés d’études françaises (ou « lettres modernes ») – à l’exception d’Ananda Devi, docteur en sciences humaines. En troisième lieu, sauf J. William Cally qui confirme la règle de la congruence en ne quittant pas la Réunion, ils ont opté pour l’exil continental à la faveur des résidences d’écriture qui accompagnent les prix. Autre point commun : ils se sont moulés au genre court, lequel a toujours permis aux institutions francophones de les regrouper dans des collectifs. Ces recueils de nouvelles « africaines » primées par RFI depuis 1973 créent une divergence au sein de la critique française : les auteurs sont à présent édités, pour la plupart, dans ces grandes maisons d’éditions de leur continent, CLE, NEA et SNED – sans oublier la fidélité que leur manifestent des maisons parisiennes : l’Harmattan, Présence Africaine et plus récemment, Hatier et sa – belle – collection Monde Poche Noir, se félicite René Godenne, tandis que Claire Riffard déplore qu’« en France, [...] la complexité des stratégies d’éditeurs brouille les repères et permet difficilement l’émergence de nouvelles voix ». En effet, toutes ces éditions et collections telles que « Dauphin noir », « Lettres du Sud », « Encres noires » ou encore « Continents noirs » limitent la réception de l’œuvre, y compris indiaocéanique, au seul champ de la francophonie prise comme institution périphérique.

Une fois établis dans l’hexagone, la plupart de ceux qui ont eu l’opportunité de confirmer leur talent sont devenus visibles en intégrant le genre long du roman, se rapprochant ainsi de plus en plus des écrivains du Centre. Je n’en veux pour preuve que le procès des écrivains de la diaspora, servis parfois par les événements politiques, qui « quittent » selon l’expression d’Alain Mabanckou : si Raharimanana a quitté en 2004 Le Serpent à Plumes pour Joëlle Losfeld du groupe Gallimard, Ananda Devi a quitté en 2006 la collection « Continents noirs » pour la NRF, toujours chez Gallimard, grâce à Ève de ses décombres, Prix des cinq continents de la Francophonie 2006. Dans un autre mouvement, la levée de bouclier qu’a suscitée la loi sur le « rôle positif de la colonisation » en février 2005 a impliqué les Retours sur la question coloniale en 2007, rassemblant dans la protestation les auteurs d’un même territoire anciennement français et leurs sympathisants.

Le sentiment d’appartenance à un moment commun de l’Histoire couvait depuis trop longtemps pour ne pas induire par réaction une relecture du champ francophone dans ces sociétés en pleine mutation, prises dans les « convulsions mémorielles » du « moment post-colonial ». En effet, le dernier point commun à ce panel, notamment dans les premières œuvres, consiste en une interrogation permanente de la production, nouant écriture moderne et tradition de l’oralité populaire, qu’il s’agisse de la « contevelle » d’Ananda Devi ou de la « bébètique » de J. William Cally, « une littérature autochtone de genre fantastique [...], un mot inventé à partir d’un vocable réunionnais aux racines malgaches, connu de tous : le mot ‘bébèt’, qui sert à nommer le monstre ou le démon, à travers l’île ». Dans la « contevelle » comme dans la « bébètique », la rumeur se taille la part du lion – rumeur qui, en Afrique aussi, selon Xavier Garnier, « passe en fraude entre tous les discours pour éventer les secrets et crever les faux effets de profondeur. Alors peuvent s’élever, contre toute vraisemblance, les figures hautement littéraires du mangeur d’âmes ou du redresseur de torts, de personnages dont aucune Histoire positive n’a jamais retrouvé la trace, mais qui vibrent encore de tous les souffles de la rumeur»

Caractérisation : taxinomie et dysfonctionnement post-colonial
De fait, intellectuel, le sens figuré du nomadisme est encore plus subversif que le nomadisme physique.

Questionnement permanent de l’individu, il concerne les frontières de la littérature francophone. Dès lors, les enjeux littéraires et stratégiques soulèvent une problématique de la réception critique dans le sens d’une possible déterritorialisation : pourquoi ce continent de notre mémoire collective qu’est la « francophonie littéraire » demeure-t-il mal connu du lectorat français, à l’exclusion de quelques grands noms d’écrivains, Samuel Beckett, Eugène Ionesco, Milan Kundera, Andreï Makine, François Cheng, mais aussi de critiques Jacques Derrida, Tzvetan Todorov ? Cependant que les écrivains de la décolonisation sont cités, comme nous venons nous-même de le faire, davantage pour leurs exploits dans le champ éditorial que pour la matière qu’ils ont produite ou même l’influence qu’ils ont suscitée à l’instar des seuls Ahmadou Kourouma, René Depestre et Patrick Chamoiseau ? La postcolonie (sans le trait d’union), au sens que lui donne Achille Mbembe, est-elle le passage obligé de la littérature en français s’agissant du Sud ? Plus précisément, pourquoi l’imaginaire de l’écrivain ouest-indiaocéanique n’est-il recevable que cantonné dans l’extranéité de l’insularité ? Plus loin, sur le subcontinent indien, l’écriture littéraire se réclame d’une création à travers une langue minoritaire tout en se refusant à toute marginalisation : « Je ne suis pas en exil [...]. Je suis un critique du néocolonialisme, porteur d’une carte verte aux Etats-Unis. C’est une posture difficile pour négocier, car je ne me marginaliserai pas aux Etats-Unis dans le but de sympathiser avec des personnes vouées d’elles-mêmes à la marginalisation. Je veux jouer un rôle plus important dans un espace où le bengali est une langue de lecture, d’écriture [...] »

Entre, d’une part, le jugement qui élabore une taxinomie « fantastique » / « merveilleux anthropologique », et, d’autre part, le politiquement correct que l’on apparente au consensus d’une Association de Diffusion de la Pensée Française (Association officielle du ministère français des Affaires étrangères qui a produit la revue Notre Librairie jusqu’en 2006, année où la revue prend le titre principal de « Cultures Sud » pour changer de ligne éditoriale), le champ littéraire francophone de l’océan Indien est un théâtre aux scènes multiples dont les acteurs s’ignorent. Chaque troupe a ses auteurs favoris, ses décors de prédilection, sa tradition de jeu. Dans chaque rituel toutefois, « l’un écrit, mais nous lirons toujours sur son visage quelque chose comme un reflet de l’autre [en l’occurrence son horizon d’attente occidental] et, dans sa prose, le palimpseste de ce qu’il [en l’occurrence l’auteur] se cache à lui-même.»(François Moureau)

En effet, critiquer, c’est comme voyager, « c’est confier son destin au hasard des rencontres : on n’en revient jamais tout à fait indemne » (id.) . À la fois parce que ce questionnement épistémologique sur la fonction de critique est trop ambitieux et pour éviter les « mauvaises rencontres » des plumitifs qui essaiment dans le champ indiaocéanique, nous nous contenterons ici de traiter un sous titre : l’exemple d’Ananda Devi.

Entre cosmopolitisme et repli sur soi

L’œuvre d’Ananda Devi illustre à propos les stratégies d’écritures et d’éditions de la postcolonie, laquelle a déjà été conceptualisée et appliquée soit aux littératures africaine et antillaise autour d’Arlette Chemain ou de Romuald Fonkoua et Pierre Halen, soit au champ anglo-saxon dans l’esprit des travaux étatsunissiens de la New Comparative Literature évoquée plus haut. Quoi qu’il en soit, elle s’inscrit dans un champ spatio-temporel assez étendu pour qu’on la rapporte aux autres îles du Sud-Ouest de l’océan Indien dans la relation que ces îles entretiennent avec l’Europe, lieu de résidence des écrivains francophones indiaocéaniques les plus souvent édités. De fait, bien qu’esthétique aussi, la posture de l’écrivain de la diaspora est inséparable d’une élaboration idéologique : lorsqu’il est héritage de la colonisation, plus qu’extérieur, l’exil est devenu un voyage intérieur, à la fois paysage mental et condition d’écriture. En 1999, Ananda Devi confiait au public : « Je vis toujours dans la mémoire de Maurice. [...] En fait, cette île de référence appartient plus à mon imaginaire et à mes rêves qu’à la réalité. La source de mon écriture demeurera ce pays dans cette dimension onirique qui peut se contenter des liens les plus infimes ». Au cœur des  textes des « lauréats des mers du Sud », les leitmotive sont alors l’identité métisse ou la multiculturalité, en tout cas une apologie des contacts. De fait, la confidence d’Ananda Devi plonge nécessairement le critique dans un univers dynamique à deux contraintes : d’un côté l’effet de dévoilement que suggère le propos direct d’un créateur sur la « dimension onirique » de  son œuvre,  soit  l’envergure translocale de cette œuvre ; de l’autre la mouvance des publics et critiques qui se succèdent, dans des littératures devenues nomades, pour débusquer les lieux et les liens géopoétiques, la géopoétique étant basée sur le cheminement de lieu en lieu dans l’espace terrestre, à opposer ainsi à la cosmopoétique pour laquelle le cheminement se situe dans l’espace galactique. Littératures nomades, qualifiées d’ « hybrides »  suivant l’acception « francophone » de Dominique Chancé. Dans la fusion de deux univers symboliques, le propre et l’étranger, l’enjeu de la vision scrutatrice des lieux et des liens est immuable : la négociation de l’identité face à une altérité dont en définitive l’ethnicité figure la forme suprême. « L’ethnologie, c’est l’altérité maximum », décidait Gérard Althabe dans une de ses dernières études en 2005.

Une question s’impose alors : dans cette négociation permanente de l’identité, l’interrogation du genre peut-elle jouer le rôle de marqueur, pour suivre Rachid Rahaoui, dans le cheminement du « visible à l’invisible »?

Le corpus choisi pour suivre à la trace l’hybridation scripturale chez Ananda Devi est constitué de trois récits brefs tirés du recueil Le Poids des êtres (1987). Dans le premier, intitulé « L’arbre », le végétal verdoyant de la cour se déracine de lui- même à Noël quand le sapin vient à manquer. Dans le deuxième, « Ganesh », crépu, l’enfant est pourtant issu d’un couple tamoul hindou : devenu adulte, il tue son père qui l’a abandonné à l’opprobre. Dans le troisième enfin, le voyageur occidental renaît dans un acte sexuel avec une jeune Africaine : dans la « réalité », celle-ci est une enfant qui s’est suicidée cinq ans auparavant. C’est ainsi que systématiquement l’anthère s’ouvre pour livrer passage à des êtres monstrueux. La déhiscence est bien le motif qui relie les trois contes ou nouvelles choisis. La déhiscence – en botanique, « ouverture naturelle, à maturité, d’un organe clos », l’organe clos étant appelé « anthère » – exprime de fait dans la littérature de cet écrivain de l’océan Indien une métaphore, celle du passage naturel du réel au surréel, privilégiant le monstrueux. En effet, le plus intéressant dans ce recueil est que psychodrame et superstition s’y enchevêtrent pour convoquer une remise en question de la frontière entre les catégories consacrées par l’histoire littéraire occidentale : le surnaturel, le merveilleux et le fantastique.

Mais dans les catégories de l’« impensable », est-ce d’une nouvelle littérature que les rouages de l’écriture d’Ananda Devi rendent compte dans ce genre spécifique qu’elle a baptisé « contevelle » ? Le néologisme a été glané sur la quatrième de couverture du recueil Le Poids des êtres. Dans quelle mesure, la « contevelle », sous cette forme de travail de mémoire mortifère et de métaphore cathartique, répétée jusqu’à plus soif par les auteurs du Sud-Ouest de l’océan Indien, entre monstres dévoreurs et linceuls, ne dévoile-t-elle pas une identité indianocéanique qui résulte du brassage historique des mêmes cultures ? Enfin, parce qu’elle est foisonnante, à la fois générique, politique, linguistique et culturelle, la problématique peut-elle être la même dans toutes les littératures postcoloniales dont la diaspora en connexion en Occident serait alors l’élément fédérateur suivant la logique de Carl Fehrman ?

En effet, ce comparatisme fait déjà l’objet de nombreux travaux actuels depuis ceux de Jacqueline Bardolph dans Etudes postcoloniales et littérature. « Carl Fehrman, précise Didier Coste, dans son ultime chapitre, voit bien que la querelle du comparatisme français et du comparatisme américain est depuis longtemps dépassée dans la mesure où il s’est produit depuis les années 1950 un déplacement radical des enjeux, avec la réduction du rôle mondial des puissances européennes traditionnelles et la décolonisation, d’une part, avec la mondialisation, d’autre part. » Pour traquer le passage du réel au surnaturel, spécifique de cette identité indiaocéanique produite en français par Ananda Devi, nous articulerons notre propos autour de trois axes relatifs à la démarche créatrice : l’écriture tératologique ; la réflexivité d’un genre ; la libération par l’écriture.

La tératologie ou l’écriture de l’hybride

Le passage du réel au surnaturel pourrait se lire comme l’histoire des deux préfixes « sur- » et « in- ». « Sur-naturel », « sur-réel », et « im-pensable », « in-ouï » (« im-mémoire » sous la plume de Jeanne Gerval-Arouff) supposent en tout cas la superposition ou la privation, pour une allusion à l’uchronie de Charles Renouvier, « esquisse historique apocryphe du développement de la civilisation européenne tel qu’il n’a pas été, tel qu’il aurait pu être », en cela sœur jumelle de l’utopie. Quoi qu’il en soit, ces préfixes signent une liminarité, un seuil : le passage d’un monde vers un autre. Dans Le Poids des êtres, l’organisation du temps et de l’espace, catalyseur de tous les possibles, permet de fusionner monde fictionnel et monde réel. Le concept de liminarité, tel qu’il est développé par le folkloriste Van Gennep en 1909 puis surtout l’anthropologue Victor Turner en 1966 dans son Ritual Process. Structure and Anti-Structure, renvoie en effet à des rites qui constituent des moments en marge de la vie ordinaire, se déroulant dans des lieux particuliers, impliquant en général de l’ambiguïté, du désordre, de l’inversion, ou des comportements à la fois ludiques et spontanés. Cette phase implique la déconstruction des aspects ordonnés de la vie courante, accompagnée de leur possible reconstruction.

Le moteur de ces récits courts est en effet une volonté de transgression : c’est une prestation rituelle à l’intérieur d’un espace toujours symbolique. Nativité pour « L’arbre » ; passage à l’âge adulte pour Ganesh, le parricide ; frontières d’altérités (africaine et européenne) dans la rencontre avec la « Petite de Ganvié ». Les lieux de transformation narrative sont autant de situations liminaires, à l’image de l’« oraliture » elle-même, dont pourrait relever le fantastique assorti de la rumeur, et où tout devient possible : la fusion du réel et de l’irréel, du naturel et du surnaturel, du physique et du métaphysique. D’ailleurs, vu par les anthropologues, le contexte liminaire peut représenter un moment exceptionnel pour la création artistique, favorisant un métacommentaire réflexif sur la société et son histoire. Ainsi, grâce à l’usage de simples préfixes, l’introduction de la liminarité dans les récits devient une action réflexive qui laisse entrevoir un potentiel de transformation de la société indissociable des lieux réels évoqué dans l’énoncé : Maurice ou l’Afrique de Ganvié.

Autrement dit, il y a un bon usage de l’ici de l’auteur pour la mise en mots de « là-bas », la terre qu’on a quittée, usage qui peut expliquer la modernité de la première personne « je ». Mais dans ce « je » se dévoile parfois le cordon ombilical non tranché, le lien qui mène jusqu’au subcontinent indien s’agissant d’Ananda Devi. Les préfixes évoqués sont fondamentaux : ils caractérisent l’écriture d’une « réalité qui s’entremêle  au rêve », soit la parution d’une écriture frontalière qui constituera dans le temps long du chercheur le soubassement d’une « surhistoire » : la postcolonie littéraire en marche [...] 

Cette réflexivité de l’écrivain est de fait possible sous réserve de mobilité physique (« road movie » selon Ahmadou Kourouma,  « Rift, Routes, Rails »    selon Abdourahman Waberi) et psychologique de la personne. Née en 1957 dans une bourgade mauricienne, Trois Boutiques, lauréate à quinze ans du Prix de la nouvelle francophone organisé par RFI, avec « La cité Atlée », assorti d’une résidence d’écriture en France, lauréate de la Bourse d’Angleterre, Ananda Devi a pu mettre à profit ses diverses primes européennes pour poursuivre des études universitaires en Angleterre. Elle y obtient à vingt-cinq ans un doctorat en anthropologie sociale de l’Université de Londres. Tout compte fait, son choix a été de longue date la mobilité : ses récits sont aussi bien inspirés de l’enfance à Maurice que des années vécues jeune femme en Angleterre puis adulte accomplie à Brazzaville, au Congo. Ananda Devi réside actuellement sur la frontière franco-suisse dans le Pays de Gex. Ce choix du cosmopolitisme se démarque toutefois de la littérature noire francophone contemporaine par l’absence de l’humour institué comme approche quasi identitaire par le « pleurer-rire ». La gravité exclusive, Ananda Devi la rend au récit personnel, lequel redevient sous sa plume une manière de conte / mise en garde (cautionary tale). L’écrivain appartient en effet à cette génération de lauréats inassimilables dans le champ indiaocéanique. Ils n’avaient que peu d’avenir dans l’espace défenseur exclusif de la tradition ancestrale majoritaire, en l’occurrence la fraction d’origine indienne. Leur placement dans le champ s’effectue au prix de l’exil dans le Nord. Nous notons alors l’ambiguïté de leur statut. En amont, concourir auprès de l’institution Francophonie suppose une forte ethnicité de l’écriture. Nous semblons recourir ici au « déjà-vu » éditorial.

Mais si cette itération est prise au sens que lui donne Derrida et qui suppose « altération », elle conditionne plus que jamais la carrière des lauréats des concours littéraires placés par la déterritorialisation volontaire : tous les écrivains exilés grâce aux résidences d’écriture n’ont pas l’opportunité de « grandir » et de « quitter ».

Catharsis : exorciser les démons de l’enfance autochtone

Pour l’heure, il reste une possible problématique : le procès d’une identité régionale d’origine. Depuis Camille de Rauville (1990) en effet, l’indianocéanisme est manifesté par «le brassage des ethnies, des coutumes, des pensées et des croyances des habitants de l’Océan Indien, mais aussi par leur littérature ».

On peut y ajouter une règle de formation inférée par ces nouvelles écritures : la quête d’identité commence par une mise en ordre du monde qui exorcise les démons de l’enfance autochtone. Dans une étude de la représentation du volcan de la Fournaise dans les récits d’explorateurs et dans les littératures réunionnaises contemporaines, incluant les contes pour la jeunesse, nous avons déjà été amenée à conclure sur le rôle cathartique d’une anamnèse, d’un travail de mémoire collectif nécessairement mortifère comme réquisit de la quête identitaire : l’objectif de la littérature est d’exorciser les démons de l’enfance, peut-être pas de « disparaître par trop de défaite et de honte »,  comme  l’on  « [rêve]  sous  le linceul », mais de « mériter le volcan » : il faut accepter l’aventure dangereuse de la rupture d’un univers symbolique pour restructurer et conforter une identité. L’envoi du récit intitulé « Le Cache-Misère » est significatif des interrogations qui montrent qu’Ananda Devi n’est pas obsédée par une identité sédentaire ou aboutie :  « Maurice, au début du vingt-et-unième siècle, aura-t-elle un visage de vierge sacrificielle ? Sera-t-elle affligée, comme tant d’autres, de l’amnésie de l’innocence première ? Les gens poursuivront-ils, rayonnants et hallucinés, leur mirage doré, ignorant l’urgence du cœur tendu ? Peut-être… Toujours est-il qu’il nous faut nous défier des murs, murs de vaines bienséances, murs des apparats, murs des ostracismes, murs des vertueuses sournoiseries, murs de sournoises vertueuseries, tous les murs. Car les murs parlent d’interdits et d’intransigeance, ils parlent de refus et de rejet, ils parlent le langage injurieux de la haine et du mépris. Alors méfions-nous en, gardons-nous bien de devenir des murs, faits de briques et de béton, d’intolérance et de bêtise. Ainsi, la transgression des interdits va de pair avec la jouissance scripturale chez Ananda Devi. Il y a rupture du registre moralisateur dans le message des « contevelles » qui n’en finit pas de se tourner en dérision. Avec cette notion de dérision, plus proche de la pointe que de l’humour, nous ne sommes pas loin de la conscience collective évoquée plus haut, qui veut exorciser nos démons : la séparation (ou cloisonnement) s’agissant de Devi se situe certainement dans l’interstice de la légèreté de la création personnelle et de la pesanteur mauricienne, interstice plurivoque et paradoxalement constructif d’une identité indiaocéanique postmoderne. Car le divers intériorisé par le sari, ce nécessaire statement, n’est encore qu’une étape vers une polyphonie unissant les voix du Mahabharata (légende des origines indiennes) à celles des légendes européennes transcrites par Grimm ou Perrault.

L’univers symbolique dans lequel s’inscrit Ananda Devi entretient indéniablement un rapport de compatibilité avec un grand nombre de principes identitaires que l’on retrouve au terme de toute interprétation. Cet effet circulaire est imputable à une conception totalitaire du monde de l’altérité où tout fait signe, ce qui ne laisse pas de place à l’ignorance. Pour l’heure, nous retrouvons chez cet auteur le principe de coupure tel qu’il est développé dans l’esprit des travaux de l’ethnologue Roger Bastide :   « Ce n’est pas l’individu qui est déchiré, précise Denys Cuche, c’est l’homme qui découpe la réalité entre plusieurs compartiments étanches dans lesquels il a des participations différentes. S’il joue sur deux tableaux, c’est qu’il y a bien [...] deux tableaux. ». Le retour à l’insularité maternelle n’est pas sans risque : elle peut devenir une manne d’écrivains de l’ailleurs comme le pointent les succès de librairie dans d’autres aires d’accueil, ainsi l’Amérique du Nord d’une Haïtienne anglophone Edwige Danticat, ou d’un Haïtien francophone Danny Laferrière. De la première, auteur de Après la danse : promenade au coeur du carnaval de Jacmel, l’angliciste Corinne Duboin écrit qu’avec la publication de After the Dance  » la romancière et nouvelliste haïtienne-américaine [...] délaisse un temps la fiction pour [...] une promenade ‘au cœur du carnaval de Jacmel, Haïti.’ Or il s’agit davantage d’une redécouverte du pays natal que l’auteur a quitté vingt ans auparavant, à l’âge de douze ans, afin de rejoindre ses parents immigrés à New York. [...] « . Le carnaval est pour Danticat un état d’âme, une manière d’être et de voir le monde au quotidien. [...] Fil directeur d’un récit hybride, la mascarade devient alors métaphore qui autorise une ré- vision de l’histoire haïtienne [...] ainsi qu’un regard nouveau et éclairant sur soi. Du second, -Dany Laferrière – le lecteur retiendra que l’exotisme du Goût des jeunes filles, inspirant Le Goût de la mangue d’une Catherine Missonnier sur Madagascar (2001) secrète le moteur du « commerce de la librairie » selon Diderot.

Bibliographie et notes complémentaires URL : http://www.reading.ac.uk/e-france/section5/special.htm. Site consulté le 21 avril 2010



Récits de première rencontre : les lazaristes de Madagascar (Sorbonne, 30 mars 2010)

Version sonore : http://www.crlv.org/swm/Page_Conference.php?P1=929 [si vous n'arrivez pas à l'ouvrir en cliquant ici, faites un copier-coller de l'adresse pour votre moteur de recherche]

RES FICTAE, RES FACTAE : LES LAZARISTES DE MADAGASCAR AU XVIIE SIÈCLE

RÉSUMÉ

Le corpus de cette analyse aléthique, qui veut distinguer le réel de l’imaginaire dans l’évangélisation de l’Anosy, est constitué de la correspondance des prêtres adressée à Vincent de Paul de 1648 à 1661. La réflexion sur l’échec de cette mission s’organise selon deux pistes : prosopographique, pour apporter un éclairage sur la difficulté d’être missionnaire au XVIIe siècle, et anthropologique, pour actualiser ce que les ethnologues, regroupés dans l’esprit des travaux de Bastide autour de Laburthe-Tolra, nomment aujourd’hui le « principe de coupure ». Cette double lecture se tisse autour de trois axes : la solitude du missionnaire, le binôme culturel antagoniste et l’absence d’Occident à Fanjahira.

            La solitude du missionnaire

La mission du Fort Dauphin figure un enchevêtrement ambigu de conflits culturels et de psychodrames personnels. Certes, la répétition de 1656 se justifie a posteriori qui dit : « Nous n’avons jamais demandé à aller à Madagascar, c’est M. le Nonce qui […] ». Pour autant,  la conviction apostolique est omniprésente dans cette campagne, assortie du désir de grâce – celle de « mourir au-delà des mers parmi les infidèles ». Contrecarrant cette conviction revient le plus souvent la solitude du missionnaire. Celle-ci se traduit par le motif de l’insuffisance, en nombre et en formation. M. Nacquart, premier arrivé avec M. Gondrée, regrette qu’« il n’y eût personne entre les interprètes capable d’expliquer le mystère de la Trinité ». Renforçant cette solitude du missionnaire, il y a la mauvaise acclimatation. La correspondance met au jour que les missionnaires décèdent rapidement de maladies et d’épuisement à Madagascar, s’ils n’ont pas péri dans les naufrages ou de maladies contractées sur le navire. Ils peuvent aussi périr en mer au retour de la mission de Madagascar. De fait, à cause de son climat chaud et humide, le Sud-Est malgache est caractérisé par une très forte prégnance des fièvres des marais. Ajoutons qu’ils viennent de subir une traversée qui dure jusqu’à huit mois, laquelle les a déjà bien affaiblis. Leur durée de vie à Madagascar est toujours très brève : de moins de trois mois à deux ans et dix mois dans l’Anosy (record détenu par M. Bourdaise). Ces chiffres laissent supposer une espérance de vie moyenne de moins d’une année. Ce laps est imputable à l’abnégation : la malnutrition et une hygiène aléatoire, faute de vêtements de rechange, les tournées ad gentes de plusieurs journées réalisées à pied autour de l’établissement de Flacourt, etc., tous ces exploits parachèvent la figure de « jeunes martyrs » dévolue aux prêtres de la Congrégation. Mais ils étaient relativement âgés à l’aune du XVIIe siècle (Nacquart, le premier missionné, avait 31 ans). Par ailleurs, au-delà du fléau naturel, le registre de la solitude convoque la défiance permanente entre les Français de l’établissement et les missionnaires eux-mêmes. Les villages sont divisés entre alliance et résistance. Le missionnaire assure généralement la liaison entre les deux camps politiques français et zafiraminia (dynastie régnante), l’un colonial avant la lettre, l’autre soucieux de son hégémonie ancestrale. Enfin, dans ce climat de suspicion, le missionnaire est la proie facile de la mélancolie. En médecine moderne, la mélancolie peut être « délirante », « stuporeuse », « anxieuse », « mixte ». C’est en habitué de la mélancolie que M. Nacquart lui-même y assimile le « culte de possession » observé par les indigènes : « On me vint avertir qu’il y avait deux femmes possédées. […]À mon avis, ce n’était qu’une humeur mélancolique, que ce gaillard [le prêtre devin guérisseur] fit dissiper par la chaleur de sa danse ». Nous détenons ainsi une série de malentendus opératoires : la séparation reste un point sensible de l’expédition lazariste.

 

                   Un binôme culturel antagoniste : christianisme et pratiques ancestrales

Autre pierre d’achoppement : la cosmogonie proprement malgache. Les Malgaches croient en l’existence d’un Dieu créateur (Zanahary), des génies du sol et des eaux (jiny), et des vivants invisibles que sont les ancêtres (razana). Ainsi, d’un côté, le lazariste ne se rend pas à l’évidence de cette préexistence d’une religion autochtone, tout en évoquant oly (talisman), alcoran (Coran) et Ombiasy (devin guérisseur). De l’autre, l’Antanosy ne peut recevoir ce qui est de fide, mais principalement les coutumes liées à l’astrologie, au calendrier et à la divination conservées dans les Sorabe. Il faudra attendre la naissance de l’anthropologie, formation nécessaire pour « instaurer un écart entre le visible et l’oeil sentant et percevant et, partant, à creuser des failles dans le réel vu » (Affergan, 1987). Il reste qu’aux yeux de l’habitant, qui ne décrypte ni l’œuvre fondatrice d’un Flacourt ni la Bible, la présence française se sera limitée à une dimension foncièrement prédatrice. Il faut attendre le XVIIIe siècle pour que ce constat devienne aussi français : au-delà de ceux dont les écrits sont connus pour leur discours anti-esclavagiste ou anticolonial avant la lettre (en particulier l’Abbé Raynal, Bernardin, le révolutionnaire Lescallier), le chirurgien  Vivez, accompagnateur de Bougainville, a soupçonné l’importance du regard autochtone sur l’Européen : « Mes chers compatriotes, tout policés qu’ils affectent d’être, ne passaient nulle part sans avilir la nation [française], aussi ne tardèrent-ils pas à faire éprouver à leurs sauvages bienfaiteurs  les regrets qu’ils [devaient] [prévoir] de notre présence ». Car les Zafiraminia, manifestement, veulent continuer à fonder leur identité sur le souvenir d’un passé prestigieux, plutôt que sur celui de la souffrance partagée entre « Blancs » et « Nègres » locaux (cf. Poutignat et Streiff-Fénart, 1999). De fait, la séparation entre les deux univers culturels français et malgache se mesure aussi à l’aune de l’écart entre civilisations de l’oral et de l’écrit (cf. Goody, 1994). La présence du Sorabe, accessible aux seuls katibo (scribes initiés), constitue un obstacle de taille à l’évangélisation de l’Anosy. En effet, la difficulté du contact humain et le déficit du capital symbolique, réquisit de tout enseignement, sont importants lorsque la langue est déjà écrite, de surcroît en d’autres caractères que ceux connus par l’instructeur. La nécessaire association de la sémiologie et de l’herméneutique n’est pas chose aisée : elle dicte à la fois de repérer des signes, de décrire leur fonctionnement et d’assigner une signification dans une recherche translinguistique. Une fois de plus, les chercheurs contemporains constatent la nécessaire collusion interdisciplinaire entre linguistique et anthropologie – celle du missionné comme celle du missionnaire (Laburthe-Tolra, 1994).

        Le principe de coupure, point aveugle de Fanjahira

Bien que familiers du village de Fanjahira, colons et missionnaires du Fort Dauphin ont dans l’ensemble une faible intuition de la « coutume » antanosy. Ce qui les conduit à déranger les hiérarchies villageoises traditionnelles. Il leur manque la dimension du fihavanana, valeur suprême de toute société malgache : « Dès lors qu’ils (…) se nourrissent des produits d’un même terroir, les voisins sont réputés participer d’une même substance, et, par cette identité partagée, être des parents qui s’aiment  en relation de fihavanana » (Ottino, 1998). La problématique de la représentation d’ego et d’alter reste toutefois à l’ordre du jour. L’acculturation, aujourd’hui conceptualisée en « principe de coupure » (Laburthe-Tolra, 1994), aurait pu dicter d’établir au XVIIe siècle des correspondances entre l’univers catholique et l’univers traditionnel. Mais il n’y aura pas eu, en définitive, de participation au christianisme chez les Antanosy : l’état de crise ne se produit qu’au moment où le degré d’acculturation conduit le sujet à franchir un vrai pas, en l’occurrence celui qui change le regard porté sur les sacrements.

 Au bilan, la tonalité doloriste que prend la lettre missionnaire témoigne d’une « fragile utopie » qui correspond, dans l’Anosy au XVIIe siècle, à une « perturbation du langage rituel, elle-même liée à la difficulté d’établir une médiation entre des mondes incommensurables » (Augé, 1994). Somme toute, cet échec lazariste dénote bel et bien l’impréparation face à l’ailleurs : les lazaristes sont de nouveau sur tous les fronts à Madagascar, au service des plus démunis. M. Vincent avait organisé l’aide aux malades, aux galériens, aux enfants abandonnés.. . Les objectifs sont inchangés, l’« instrument » missionnaire s’est adapté.



À lire : Le Sens littéraire de l’humour (Jean-Marc Moura, PUF, 2010)
24 mars, 2010, 12:15
Classé dans : etude,humour,lieux de culture,litterature,reflexion

Présentation de l’éditeur :

Y a-t-il une notion plus galvaudée que celle d’humour ? Tout le monde voudrait en avoir mais personne ne sait exactement en quoi il consiste. Le phénomène a suscité d’innombrables travaux en philosophie et dans la plupart des sciences humaines, sans que l’on s’accorde sur ce phénomène particulièrement déroutant. Le domaine littéraire est en l’occurrence particulièrement intéressant, car il existe un ensemble d’oeuvres majeures assez unanimement reconnues comme représentatives de l’humour occidental. À partir de la relecture de ces oeuvres, le livre pose au fond deux questions : qu’entendre exactement par humour en littérature et par quels moyens un texte réussit-il à nous faire sourire ?

Caractérisé par une ambivalence foncière, l’humour littéraire manipule les discours, traverse les genres, recourt à la plupart des procédés rhétoriques et cultive n’importe quelle thématique, pour engendrer chez le lecteur un sourire qui se distingue clairement de l’ordre plus général du comique ou de la satire. Cet art de faire coexister les éléments textuels les plus contradictoires relève d’une poétique dont l’auteur met en évidence les grandes procédures.

Au carrefour de l’histoire des idées et des études littéraires et culturelles, cet ouvrage, qui s’appuie sur de nombreux travaux tant passés que récents (souvent non encore traduits en français), développe des analyses plongeant dans le meilleur des lettres occidentales et redécouvre ainsi le lien primaire unissant texte littéraire et sourire humoristique.

NB de N.G. : On peut s’attarder particulièrement sur la troisième partie :

LE SENS SOURIANT DE L’EXCENTRICITÉ HUMAINE

I. Dispositions de l’humour : Le moi parodié La synthèse contradictoire L’inconsistance

II. Le sourire de la littérature

Jean-Marc Moura, professeur de littérature à l’Université de Paris Ouest, est notamment l’auteur de Littératures francophones et théorie post-coloniale, L’Europe littéraire et l’ailleurs (PUF, 1998), et La Littérature des lointains. Histoire de l’exotisme européen au XXe siècle (PUF, rééd. « Quadrige » 2007), (Champion, 1998).



L’université sans la pensée hostile

Note relevée dans l’article de J.-M. Racault, « Histoire et enjeux d’un mythe anthropologique : les Quimos de Madagascar à la fin du 18e siècle » in C. Gallouët, D. Diop, M. Bocquillon et G. Lahouati (eds.), L’Afrique du siècle des Lumières : savoirs et représentations, Voltaire foundation, Oxford, 2009

Nous remercions vivement notre collègue Nivoelisoa Galibert, qui avec sa générosité coutumière nous a fait bénéficier de son inépuisable savoir concernant les sources bibliographiques de l’histoire de Madagascar. Nous avons également tiré parti de sa Chronobibliographie analytique de la littérature de voyage imprimée en français sur l’océan Indien (Madagascar, Réunion, Maurice) des origines à 1896, Paris, Champion, 2000. Le territoire des Kimosy engloberait la vallée de la Menarahaka et la chaîne de l’Ivohibory, située entre les villes actuelles d’Ihosy et d’Ivohibe. Divers articles ont été consacrés aux Quimos, notamment celui de J.-Cl. Hébert, « A propos des Kimosy ou le mythe des Pygmées malgaches », Bulletin de Madagascar, 1973, que nous n’avons pu malheureusement consulter. Le mythe des Quimos en France au XVIIIe siècle a donné lieu à quelques brèves mais suggestives remarques de Michèle Duchet (Anthropologie et histoire au siècle des Lumières, Paris, Maspero, 1971, p. 53 et p. 117). Elles ont été le point de départ de cette étude. On trouvera aussi de précieuses indications relatives à la réception des mythes anthropologiques dans la France des Lumières in François Moureau, Le Théâtre des voyages, une scénographie de l’Age Classique, Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, coll. « Imago Mundi », 2005 (sur les Patagons, voir « L’Abbé et les géants patagons ou « l’idée folle » de Gabriel François Coyer », p. 369-378 ; sur le mythe tahitien et – ponctuellement – sur les Quimos, voir « Presse et opinion publique : le rendez-vous manqué de Bougainville », p. 465-495).

Pour mieux appréhender l’oeuvre universitaire de Jean-Michel Racault, par ailleurs directeur fondateur du Centre de Recherches Littéraires et Historiques de l’Océan Indien  (CRLH en 1984), prendre connaissance de l’ouvrage d’hommages rendus par ses collègues du monde entier in Marie-Françoise Bosquet, Serge Meitinger et Bernard Terramorsi, éds., Aux confins de l’Ailleurs. Voyage, altérité, utopie. Hommages offerts au professeur Jean-Michel Racault, Paris/Saint-Denis, Klinclsieck/Université de La Réunion, 2008, 384 p. Contributions de François Moureau, Paolo Carile, Nivoelisoa Galibert, Réal Ouellet, Catriona Seth, Chantale Meure, Bernard Champion, Bernard Terramorsi, Gérard Veyssière, Jean-François Géraud, Guilhem Armand, Ruth Menzies, Aurélia Gaillard, Marie-Françoise Bosquet, Christian Chelebourg, Patrice Uhl, Laurent Versini, Raymond Trousson, Françoise Sylvos, Nadia Minerva, Alain Sebbah, Jean-Paul Engélibert, Serge Meitinger, Jacques Tual, Frank Lestringant, Pierre Brunel, Gabriele Fois-Kaschel, Jean-Marc Houpert, Béatrice Didier, Bernard Jolibert.



Rencontre-débat à Nanterre : Des mots pour langes… Intervenants : MC Gomez-Géraud et JM Moura
Des mots pour langes et quelques soties malgaches 

Rencontre-débat à Nanterre : Des mots pour langes... Intervenants : MC Gomez-Géraud et JM Moura dans creationmoz-screenshot-2 dans Diego-Suarez

moz-screenshot dans difference  dans fiction

Litt.générale
Récit

OUVRAGE DISPONIBLE

Librairie L’Harmattan

sur ChaPitre.com

sur Fnac.com

sur http://www.editions-amalthee.com/article.php?sid=1770

sur Amazon.fr

sur Alapage.com

Dilicom (libraires)

 

 

 

Rencontre-débat

avec

Nivoelisoa Galibert

 

Université Paris-0uest – Nanterre

Mercredi 31 mars 2010

18h-19h30

Bât. L Salle R05

 

Discutants :

Marie-Christine Gomez-Géraud

Jean-Marc Moura

 

Des mots pour langes et quelques soties malgaches
Nivoelisoa Galibert
96 pages
11.00
Isbn 978-2-310-00508-1 

NOTE DE L’ÉDITEUR

À la fois caustique et tendre, railleur et réflexif, prosaïque et poétique, ce recueil suggère que le commerce avec l’Autre peut faire de la différence culturelle une source d’émotions inattendues… L’auteur y découpe la vie de Lisa, enfant à Madagascar puis universitaire, voyageant entre son pays natal et sa patrie d’adoption, la Francophonie. Madagascar, pays fantasmatique, devient alors « Mada », île-continent bien réelle dont les arcanes perdent un peu de leur mystère au fil des anecdotes contées !
Les textes présentés ici peuvent se lire d’une traite ou en se ménageant quelques haltes entre deux récits pour savourer une langue inédite.
Professeur de littératures comparées, née à Antananarivo, Nivoelisoa Galibert y a vécu jusqu’en 1970 puis de 1979 à 1996.
Après plusieurs années en alternance entre Madagascar et La Réunion, elle réside actuellement à Bordeaux.

 

 

 

 



Travaux en cours (2010-2011)

Au boulot
© D.G. 2007

- Nivoelisoa Galibert : L’Interférence et Un conte de la nuit in Serge Meitinger, Liliane Ramarosoa et Claire Riffard, éds., Jean-Joseph Rabearivelo, Oeuvre intégrale [titre provisoire], Paris, CNRS Éditions, coll. Planète libre. Édition scientifique. Publication en 2011.

- Nivoelisoa Galibert : Les Voyages… à Madagascar de Nicolas Mayeur (1747-1813). Édition scientifique. Publication en 2011.



Alternatives internationales : point sur la crise malgache
5 janvier, 2010, 19:55
Classé dans : compte rendu,Didier Galibert,Madagascar,Politique,reflexion

[Article à la une de Alternatives internationales du 05 janvier 2010. URL : voir lien « Didier Galibert et Madagascar », en haut à gauche de votre écran « Madagascar : dérapage du combat factionnel ». Site consulté le 09 janvier 2010]
Madagascar : dérapage du combat factionnel

Le nouveau président malgache Andry Rajoelina vient de limoger son premier Ministre, rompant ainsi la médiation engagée avec l’opposition. Une brèche prétorienne nouvelle vient de s’ouvrir, lourde de menaces de brutalités militaires, même si les violences ont jusqu’ici été limitées.

Arraché sous la pression des bailleurs de fonds et des organisations régionales africaines depuis le renversement du président Marc Ravalomanana le 17 mars 2009, le consensus pour une sortie négociée de la crise malgache a éclaté. Malgré le refus d’Andry Rajoelina dit « TGV », les chefs de file des « mouvances » actuellement exclues du pouvoir se sont réunis une troisième fois à Maputo du 3 au 8 décembre à l’initiative de l’ex-président mozambicain Joachim Chissano, afin de répartir les ministères du gouvernement de transition. Andry « TGV » a aussitôt limogé le Premier ministre concédé à la médiation. Son remplaçant est un militaire très hostile aux réseaux de Marc Ravalomanana. Un an après les premières mobilisations populaires, les masques sont jetés.

Cette crise peut d’abord être lue comme une rivalité entre deux notables se disputant l’espace médiatique et les opportunités d’enrichissement, dans une surenchère à partir des mêmes atouts. Andry Rajoelina est originaire des Hautes Terres centrales, comme Marc Ravalomanana. Il appartient comme lui au milieu patronal de la capitale, porteur d’un idéal d’accumulation productive mais coupé des grands investissements accessibles aux sociétés étrangères, faute de moyens. Comme son adversaire en 2002, il se présente comme un homme nouveau, porté par l’idéal urbain d’individuation et adossé à sa position de maire de la capitale. Ce jeu de chaises musicales est éclairé par l’explosion démographique d’une société qui, jusque là, reposait sur le principe de séniorité. Aussi les initiatives du vainqueur de Marc Ravalomanana peuvent-elles apparaître comme un triomphe de la jeunesse, dans un amalgame entre l’impatience des cadets de la bonne société et l’appétit des jeunes déshérités de la ville basse, protagonistes des pillages de février 2009.

Un fossé s’était creusé entre Marc Ravalomanana et son armée, du fait de l’arrêt de la multiplication des hauts grades et de la distorsion avec les salaires de la police. On peut ajouter l’hypothèse d’un fléchissement du niveau de l’encadrement militaire, en rapport avec l’effondrement du système d’enseignement. Cette convergence ouvre une brèche prétorienne nouvelle à Madagascar : une armée moins légaliste et moins respectueuse de ses chefs, apte aux brutalités. Pour autant, la liberté d’action des soudards reste sous astreinte culturelle, au-delà de ce qui est dicté par les dissensions. Les violences sont à ce jour restées limitées, eu égard à la durée de la crise et à l’ampleur de la mobilisation internationale, malgré le massacre du 7 février contre les partisans d’Andry TGV ou les fusillades sporadiques dirigées contre ses adversaires, dits « légalistes », une fois le pouvoir conquis. Derrière l’occidentalisation de l’énonciation du politique, ces morts signent la violation partagée d’un code traditionnel assimilant l’ordre social et politique des vivants visibles au cosmos tout entier, comme si l’usage politique de la force impliquait un risque global portant la négation de toute légitimité. Aussi le pourrissement délibéré des situations ne se laisse-t-il pas enfermer dans la logique des coups bas du combat factionnel. L’agenda politique est distendu par une chorégraphie du double jeu, dont les termes défient la patience des partenaires étrangers tout en permettant une mise en attente du lien social. On songe en particulier à la participation des protagonistes à d’infructueuses réunions de conciliation organisées en février dernier par les ambassadeurs avec le concours des Églises, aux quatre sessions de négociations – à Maputo ou à Addis Abeba – et aux voyages financés surtout par l’Union africaine et la SADC.

Le projet de concession de terres à une filiale de l’entreprise sud-coréenne Daewoo a constitué une erreur politique de Marc Ravalomanana, dans un pays assimilable tout entier à un sanctuaire habité par les ancêtres. La crise dénote aussi une impasse de la matrice de l’action politique légitime, le chiffre d’affaires des entreprises de Marc Ravalomanana ayant probablement quadruplé à partir de son accession au pouvoir, dans une logique de croissance sans retombée sociale en milieu urbain. Mené avec le soutien des Églises, son combat de 2002 contre le président Didier Ratsiraka se résumait pourtant à l’instauration d’une gouvernance chrétienne faisant fi d’un idéal laïque assimilé à l’héritage colonial et tournée vers l’appropriation effective de la citoyenneté individuelle.

Prises à contre-pied par cette évolution, les Églises ont été incapables de jouer leur rôle d’encadrement et de médiation, d’autant plus que Marc Ravalomanana reste vice-président de la principale Église protestante. Plus inquiétant, le vide creusé par la faillite du seul modèle national de légitimité déchaîne le jeu des clientèles et accentue la fragilité des institutions.

Didier Galibert SEDET, Université Paris Diderot-Paris 7

05 Janvier 2010



Genres de travers (fiction)

© N.G., 2009

« Tandra vadin-koditra
Les taches de rousseur sont inséparables de la peau. »
DICTON MALGACHE

Bibliothèque François Mitterrand, avant-dernière station de la ligne 14. Rame automate, tu déverses à ton tour les cerveaux qui t’ont conçue voici près de trente ans maintenant. Éternelle circularité de l’œuf et de la poule.

Je suis fascinée par Paris à la mi-août. Point de Parisiens. L’Ailleurs sans l’Autre. Toutefois, des hôtes haut en couleur qui se dirigent vers les quatre tours de la Bibliothèque nationale de France, tout aussi néo-millénaires que le rez-de-jardin où s’échauffe l’intelligentsia de la globalisation. Japonaises en chapeau de paille blanc noué d’un foulard noir. Jeune chercheur de province aux baskets éculées et jeans débordant du fil du Mp3. Pourquoi pas : de son côté, le grave professeur venu de Bayreuth s’isole lui aussi derrière sa musique. Du Verdi, je parie. Je m’assure en m’approchant discrètement que le jeune voisin vit bien au rythme de Oasis. Bingo. Plus loin, une poignée de jeunes louves à bandeau scellant cheveux étalés comme un champ de blé, bandeau banderole de la clanique ENS Fontenay-Saint-Cloud. Et puis, il y a eux deux. Emportés par leur amour à n’en plus ouïr la pluie bruire.
Et moi et moi et moi.
Ego, je suis comme tous et toutes : une fois passé avec succès le portail de détection de bombes artisanales, je trépigne devant la ligne de courtoisie du vestiaire, je serai sous peu une soldate de la sacoche transparente, Mac promu par la Coopération française avec l’océan Indien et exhibé en nombre au monde anglo-saxon par le plan Vigie Pirate de la BnF. Belle revanche sur les Britanniques qui avaient donné du fil à retordre à la France de Colbert et de la Troisième République.

Ce tout petit monde commence par une pause à la cafétéria de la Tour des Lettres. Prohibitifs, les petits-déjeuners ne sont malheureusement plus compris dans le prix de la chambre d’hôtel. Dans les espaces de lecture, salles U V W X, toutes les places, réservées sur Internet depuis plusieurs mois, restent à clignoter vertes de la rage des livres qui attendent à la borne de distribution. Mais le café du matin et la biscotte et les 10 g de beurre et le yaourt bio recommandés par le nutritionniste pour une alimentation équilibrée il faut les prendre avant que les neurones ne soient triturés par l’interprétation transgénérique de l’attribut classique enrichi des suppléments des ajouts des modifieurs des déterminants et des caractérisants en complémentations. Ah, les épistémologies transversales anti-auctoriales… Yaourt bio, biscottes, petit rectangle de beurre, deux cafés, deux !

À un coin de la table basse, les voici à nouveau, eux deux.
Elle se brûle les lèvres avec un petit rire surpris d’amante assouvie, il lui souffle sur son expresso attendri. Il lui beurre une biscotte sans la casser, les yeux océan pourlèchent ses pommettes d’ébène, descendant petit à petit vers les gorges du Nyl bleu. Elle déploie de nouveau son rire Désir. Ils ont déjeuné. Il rassemble miettes, pots de yaourt, couverts en plastique et tasses en porcelaine, il les dépose sur le plateau partagé pour le pire et le meilleur. Ils se lèvent, il lui présente son manteau tel son majordome et s’efface pour la laisser passer. Elle hiératique, les mains dans les poches de sa ravissante mante Versace. Lui confondu en excuses devant le Tout-Monde comment ai-je fait pour séduire la Reine de Saba me voici consacré Roi Salomon mon bijou mon joyau tesoro mio tout en revêtant sa propre gabardine. Après quoi, il ramasse le plateau et les deux sacoches identiques en plastique transparent sous le regard satisfait de ceux-là, héritières et héritiers des Sartre-Beauvoir qui ont combattu des années pour que femmes et Noirs enfin comptent autant sinon plus que les pâles Occidentaux en ce non-lieu d’une cafétéria gorgée de matières grises. Elle avance vite, entretenant sa démarche de mannequin aux jambes de gazelle. Mais il peut la suivre. Avec tout son barda. Pardon pardon pardon merci pardon, sacoches en balade dans son dos, aïe aïe, cela fait tout de même un peu mal les coups de deux Mac contre les vertèbres sur le flanc sur les épaules côté bandoulières. Enfin la « desserte ».
Il déverse le contenu du plateau dans le grand meuble à fente prévu à cet effet.
Cling cling cling cling cling… Clang, clang.
Mama mia. Il a aussi jeté les deux tasses et les sous-tasses en porcelaine.

- Eh bien, bravo, madame ! Si c’est ainsi que l’on fait la vaisselle chez vous, c’est du propre, c’est le cas de le dire !

C’est le serveur du self-service. Celui qui sert sans desservir. Il n’a pas les neurones en ébullition permanente. Cela lui permet de garder les pieds sur terre et les tasses sur le comptoir. Il vient de lui signifier son opinion à elle. Et non pas au fautif. À voix haute et nue.

Un regard indécodable est échangé par le couple. Lui s’éloigne de deux pas à reculons en réajustant ses deux bandoulières, elle revient sur ses pas sortant les mains de ses poches ravisées. Et la voici, Reine de Saba, un genou à terre devant lui. Fouillant dans la poubelle de ses doigts ébène les tasses à déposer sur le comptoir et les doutes de son coeur.

Le Tout-Monde est rentré dans l’ordre.
Fin du spectacle pour la galerie.
Standing ovation, la rumeur en guise d’applaudissements : « … Hannah Arendt… Toni Morrison … Gayatri Spivak… Chokravarty ? … Chakravorty, mais si mais si … Homi Bhabha… Bla bla bla… ».
Les sacoches se sont dispersées.
Les places respectives vont virer au rouge.
Feu sur tout visionnaire qui bouge !



Relation véritable au XXIe siècle : un portable devenu savonnette

Relevé dans L’Express de Madagascar, n° 4480 du 14 décembre 2009

© T.M., 2009

N.B. Ar ou ariary :  monnaie malgache (1euro =  13000 Ar environ)

 Un homme a perdu Ar 40 000 vendredi, en achetant un téléphone portable à Ampefiloha. Deux hommes ont réussi à le filouter en vendant un poste fabriqué à partir de savon de lessive. La victime affirme qu’elle ne s’est rendu compte de la manœuvre qu’au moment où il comptait se procurer un chargeur pour le téléphone.

 « Je cherchais des pièces de voiture quand deux individus m’ont accosté pour me proposer un portable », raconte-t-elle. Haut de gamme, celui-ci a été proposé à Ar 150 000. Le client s’est aussitôt intéressé à l’offre alléchante après avoir testé l’appareil avec sa puce. Pourtant, il leur a indiqué qu’il ne disposait que de Ar 30 000. Entre-temps, le téléphone, qui était remballé dans sa housse, a été déjà remis à l’un de ses interlocuteurs.

« Après une longue discussion, les malfrats ont concédé la marchandise à Ar 40 000 », dit la victime. Le poste payé, un des escrocs a sorti le paquet de sa poche. Confiant, le client ne l’a plus vérifié.

 La savonnette était cachée dans la housse et présentait la même taille que le vrai portable. Des touches de manipulation ont été collées sur l’une de ses faces.

 Teholy Martin Date : 14-12-2009



« Des petits bouts de mes rêves » par Claire G.
30 novembre, 2009, 12:46
Classé dans : compte rendu,correspondance,difference,lieux de culture,monde,societe,voyage

 Ma jeune nièce Claire est infirmière. Actuellement, elle est en vacances avec une amie en Nouvelle Zélande et elle écrit une chronique régulière pour ses proches. Cette relation-ci date du surlendemain du match-test où le Quinze de France a été battu par 12 à 39 par les All Blacks (28 novembre 2009). Pour ses loisirs, Claire fait elle aussi du rugby féminin à côté du surf.

Publié avec l’aimable autorisation de l’auteure © C.G., 2009

Kia Ora,                                                                                         Wainui, Gisborne

Tout d’abord merci à tout ceux qui m’ont envoyé un petit mot, j’en suis ravie ! Ici toujours du beau temps malgré du vent, du vent du vent… le soleil brûle (pas pour rien qu’on sent qu’il y a un trou  dans la couche d’ozone ici). Encore une session incroyable avec Moko le dauphin… J’étais à l’eau avec mes palmes et des amis surfeurs et Moko nous a rejoint pour… jouer. Seulement la bestiole fait quand même plus de 2m ! Il a passé son temps a mettre des grands coups de tête coquins dans les planches de surfs pour les voir tomber à l’eau, jouant à disparaitre de la surface pour réapparaitre plus loin. Et je l’ai longuement intrigué avec mes palmes, ils venait sous l’eau et restait sous moi à les toucher doucement avec son rostre, me poussant gentiment. Il y a des moments ou c’est un peu effrayant d’apercevoir cette grande bête dans l’eau immobile comme ça ! Il a une peau tellement douce et est tellement agile. Vendredi a été une journée incroyable, nous sommes partis à Tolaga Bay à une heure au nord de Gisborne. Léa avait déjà rencontré un couple étrange mais très sympathique et nous voulions leur demander de nous introduire dans leur Maraé (maison communautaire maorie dans lesquelles se passent tout les grands évènements de la vie). Allan et Bessie nous ont ouvert leurs portes et c’était incroyable, leur maison est située à l’embouchure du fleuve sur la mer, on peut voir toute la baie ainsi que les falaises, ils sont d’anciens fleuristes le jardin ressemble au jardin d’Eden, des arbres partout parfois fleuris, des palmiers,  des fuchsias, des pensées, des bougainvilliers… et tant d’autres plantes que je ne connais pas ! Ils nous ont invité à boire quelque chose et nous avons parlé de tant de choses, ils ont voyagé partout dans le monde avec leur tente ! Syrie, Lybie, Afghanistan, Chine… Ils sont incroyables, lui est anglais, il a d’ailleurs ce côté un peu guindé des Britanniques mais un sourire lumineux et la touche de décontraction apportée par les tongs qu’ils doit porter à l’année vu qu’elles ont foncé la peau de ces pieds ! Elle est maorie et a des cheveux qui tombent jusqu’aux chevilles (oui je vous jure elle les a détaché pour nous). Tout les 2 sont un peu les gardiens du Maraé (qui est encore utilisé bien sûr). Allan nous a introduites dans Ruhakapanga Maraé. Un maraé sert à prendre les décisions importantes de la tribu à célébrer les morts bref c’est un lieu spirituel dans lequel les maoris peuvent passer plusieurs jours. Il est tout en bois décoré de peintures (rouges noires et blanches) et de panneaux de bois sculptés. L’intérieur est fait de panneaux de flax tressés en motifs géométriques représentant la mer, la montagne… ils sont appelés Tuka Tuka et en alternance des panneaux de bois représentant toute la généalogie de la tribu (toute les personnes ayant contribué à l’histoire de leur communauté), le maraé représente le corps, l’ossature de la tribu comme si tous ne faisaient qu’un. Quand nous sommes repartis, c’était bien sûr avec des fruits, la promesse de revenir après noël pour faire du kayak dans la baie… Je mesure la chance que j’ai eue, entrer dans un maraé est difficile pour nous Pakehas ! Le reste de la journée a aussi été magnifique car nous sommes partis en rando, avec une petite partie de bush natif (avec les grandes fougères qui me plaisent tant) des prairies pleines de moutons et des côtes accidentées donnant sur Tolaga Bay et ses eaux turquoises au pied des falaises… Cela ne fait que 4 jours que je suis là et c’est tout les jours incroyable ! 

Au rayon des choses drôles, la Nouvelle Zélande mène une campagne de sensibilisation contre le cancer de la prostate… et vous savez comment : « grow a mo and help save a bro ! » ce qui signifie faites vous pousser la moustache pour aider un frère. Les kiwis se font pousser la moustache depuis le 1er novembre et envoient  leur photo sur un site internet, les gens y laissent des commentaires et des dons. Chaque jour dans le journal on peut voir un « best-of » ! c’est une manière sympa et décontractée de sensibiliser la population ! Autre grand moment : le match France Nouvelle Zélande… ça chambrait avant le match… et surtout après ! Heureusement ça a été un beau match et je m’en suis sortie par une pirouette en disant qu’on pouvait perdre contre les  Blacks mais pas contre l’Angleterre donc tout va bien ! Sur ce, je vous laisse et je m’en vais sur les routes avec notre maison aménagée direction l’île du Sud et ses paysages montagneux et peut-être même Stewart Island tout au sud. 

Muxuak

Claire


123456

Mundus Antiquitatis |
2008: Sur les chemins du su... |
Ben & Marion's Australi... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CanadaBlog
| Tafraout - Circuits Excursi...
| almimi