« Je suis mille possibles en moi » (A. Gide)

Actualité d’une opinion émise le 6 mai 2009 sur la crise malgache

Extrait de « Le chercheur et le bureaucrate » par Ny Marina (voir LIENS)

Didier Galibert a raison d’écrire : « Le nombre des morts paraîtra faible au regard d’hécatombes africaines, mais c’est le code traditionnel, assimilant l’ordre social et politique des vivants visibles au cosmos tout entier – comme si l’affichage de l’usage de la force mettait en péril la totalité de la vie sociale, publique et privée –, qui a été violé ».
Sans doute pourrait-on pinailler sur l’« implacable hiérarchie de la naissance selon les ordres sociaux », sur ce qui serait « un héritage culturel privilégiant la non-responsabilité des puissants à l’égard du bien-être populaire » ou encore sur l’incapacité des Eglises à « jouer efficacement leur rôle d’encadrement et de médiation, du fait de la proximité de l’une d’elles avec le pouvoir »
Ce sont là points de détail que, valable sur le long terme dans le passé, la conclusion de Didier Galibert fait heureusement oublier : « l’histoire malgache paraît démontrer une capacité d’influence assez faible des acteurs étrangers. J’explique ce fait par la conjonction d’un sentiment insulaire puissant, d’une conscience nationale ancrée dans l’unité linguistique et religieuse – en amont du travail des missionnaires ».



D’accord pour remettre en cause les valeurs traditionnelles qui freinent l’avancée de Madagascar
17 novembre, 2009, 12:31
Classé dans : Madagascar,reflexion,societe

Extrait de « Auto-dérision », Madagascar-Tribune du samedi 7 mars 2009, par NDIMBY A.

« Dans un pénitencier international, les prisonniers sont placés en groupes dans de profonds trous, en fonction de leurs nationalités. Le Secrétaire général des Nations unies y effectue une visite pour contrôler l’application des Droits de l’Homme, et constate que devant chaque trou, il y a des gardes sévèrement armés pour empêcher les évasions.

Cependant il note qu’un trou est laissé sans surveillance, alors que des prisonniers s’y trouvent. Etonné, il demande une explication au directeur, qui lui répond qu’en fait, « ce sont des Malgaches. Il n’est nul besoin de les garder, car ils se surveillent eux-mêmes. Dès que l’un tente de s’échapper, ce sont ses compatriotes qui se chargent de le ramener dans le trou ». Essayez de sourire, c’était une blague. [...]

Le complexe de l’insulaire

Nous autres malgaches avons une haute opinion de nous-mêmes. Sans doute est-ce le fruit de notre insularité. Nous avons la plus belle nature au monde, mais Maurice qui est beaucoup plus petite accueille énormément plus de touristes. Les commandants de bord d’Air Madagascar se vantent de l’expression « atterrissage à la malgache » pour vanter leurs kiss landings et sans doute faire croire qu’ils ont inventé le concept.

Chaque apparition d’un étranger dans une sphère considérée de souveraineté nationale est qualifiée de sacrilège, nous confinant ainsi dans une mondialisation bancale où nous ne pouvons nous enrichir d’une fréquentation positive et intelligente d’autres peuples et d’autres cultures. Nous nous sentons forts. Nous nous sentons intelligents. Nous nous sentons doués. Et la pauvreté ou les crises politiques ne peuvent donc qu’être des accidents de parcours. De la faute des bailleurs de fonds, de la faute des politiciens, de la faute des réseaux mafieux, de la faute à pas de chance, de la faute au voisin, de la faute aux grandes puissances, de la faute aux cyclones, de la faute au karma, de la faute des autres. Mais, ne faisons-nous pas partie des autres ?

Il fut un temps, quand l’équipe nationale de football s’appelait encore Club M (avant de noyer sa déchéance dans des changements de noms d’animaux, sans que cela n’arrête par ailleurs la descente aux enfers), chaque défaite du onze national à l’extérieur était pudiquement cachée derrière des explications oiseuses. On a été mal accueillis, c’est l’arbitre qui a triché, la nourriture était infecte, il faisait trop chaud, l’herbe était trop haute. Et tutti quanti. Et tutti frutti. C’est cette habitude à refuser d’admettre nos faiblesses pour les cacher derrière des arguments fallacieux qui nous plonge encore à la queue de tous les classements mondiaux en matière de pauvreté et de développement.

Cendrillon et Cosette ?

La réussite insolente de Maurice, devenue indépendante en 1968, soit huit ans après nous, doit nous engager à nous poser les bonnes questions [...].

Le malgache et le développement

Le malgache est-il fait pour le développement ? Le malgache est-il fait pour la démocratie ? A priori ces deux questions peuvent sembler être provocatrices, voire choquantes. En fait, elles le sont. Mais au-delà de la provocation, le contexte de cette crise politique et la situation de notre pays après 50 ans d’Indépendance invitent à une véritable réflexion sur la mentalité malgache, sur nos valeurs et sur nos défauts.

Dictons, proverbes et autres expressions usuelles sont une bonne illustration de la mentalité populaire. Or que dit-on à Madagascar ? Ny hazo avo halan-drivotra (le vent a horreur des arbres trop hauts), véritable hymne à la médiocrité pour appeler chacun à ne pas se faire remarquer et à ne surtout pas faire de zèle. Valala anaty harona, izay miakatra ambony sintomina hidina (des sauterelles dans un panier, celles qui essaient de s’en sortir sont tirées par le bas par leur congénère).

On pourrait multiplier ces exemples pour dénoncer les travers de notre culture, qui grâce à Zanahary, a quand même aussi et surtout des qualités, même si en ces temps troublés, lesdites qualités ne sont pas très visibles. On pourrait également parler de notre rapport au temps, très « flexible » (entendre par là que nous autres Malgaches avons des problèmes avec la ponctualité). Ou de notre mora mora légendaire, si légendaire qu’il en devient péjoratif.

Ray aman-dReny

La culture Malgache, dit-on, accorde une valeur quasi-sacrée aux Ray aman-dReny (parents), qualificatif accordé aux aînés par leur âge ou leur fonction dans une communauté donnée, et par extension, à ceux qui détiennent une fonction de responsabilité : chef d’Etat, chef d’entreprise, chef d’Eglise, chef de fokontany, chef de service, papy, tonton fortuné… Ce sont les aînés qui doivent pouvoir servir d’arbitres, de recours, de soutien, de protecteur. Ce respect autrefois accordé aux anciens s’est dévoyé dans des travers que certains ont résumé ainsi : Article 1, le Ray aman-dReny a raison. Article 2, le Ray aman-dReny a toujours raison. Article 3, quand le Ray aman-dReny a tort, appliquer les articles 1 et 2. Cela créée une société sclérosée, incapable d’établir un conflit intergénérationnel, sauf par des mouvements de rue.

La cote de la valeur Ray aman-dReny s’est également effritée au fil du temps. Sans doute est-ce le fruit d’une absence de management éducatif de la part des responsables (église, école, parents mais aussi politiques) qui ne permet pas aux jeunes générations de créer une synergie entre le flux de repères étrangers et le socle des valeurs Malgaches. Ainsi, la culture Malgache est devenue non pas une culture métissée, mais une culture bâtarde qui se ne pratique plus au quotidien que dans les kabary (discours) d’usage lors des famangiam-pahoriana (visites de condoléances), ou dans les famadihana. Mais les générations plus âgées ont également perdu le sens de modèle qu’il faut donner au vocable de Ray aman-dReny.

Si les Ray aman-dReny ne sont plus respectables en montrant le bon exemple, comment les zanaka (enfants) pourraient-ils les respecter ? On se souvient que le début de cette crise politique avait commencé début Janvier 2009 par des échanges à distance entre MM. Ravalomanana et Rajoelina sur le thème des relations entre Ray aman-dReny et zanaka, le premier exigeant une forme de respect que le second se refusait à lui donner. Faute de consensus à ce sujet, quelques semaines plus tard, le dialogue se muait entre Chef suprême des armées et leader insurrectionnel…

La culture Malgache, dit-on, accorde également une valeur quasi-sacrée au Fihavanana, expression devenue litanie sans qu’on ne sache plus très bien ce qu’elle recouvre. Avec ce qui se passe actuellement, on ne peut que se poser des questions. En outre, la culture Malgache est une culture de marimaritra iraisana, qui ne signifie pas toujours consensus (ce qui aurait été une bonne chose), mais plutôt compromis. Dans le pire des cas, le marimaritra iraisana est le mauvais arrangement. C’est la compromission qui a fait tout le monde courber l’échine devant les abus de Marc Ravalomanana depuis 2002, pour éviter les « problèmes » (cela est valable pour le FFKM, la communauté internationale et la société civile, à l’exception notable du SEFAFI et du CONECS). C’est la compromission qui a fait que tout le monde, au début, a trouvé son compte dans les agissements de Andry Rajoelina, avant de s’effarer de ce train à grande vitesse sans frein ni marche arrière.

Les lignes qui précèdent auraient pu être considérées comme une insulte à la « grandeur Malgache » si elles avaient été écrites par un étranger. Mon statut de fils de l’Ile m’autorise à les mettre aujourd’hui dans le débat. Car au-delà de la solution qu’il faudrait bien qu’un jour on trouve à cette crise, il y a sans doute aussi une réflexion plus profonde à entamer sur les causes structurelles de la situation présente. Ainsi, un jour quittera-t-on peut-être le Mur des lamentations, ou les escalades continuelles du mur de Jericho. »



Mon dernier coup de coeur : le martin et la soie
15 novembre, 2009, 20:36
Classé dans : decivilise,difference,lieux de culture,Madagascar,reflexion,voyage

Extrait du blog de BEKOTO (voir Paysannat (le) malgache sous LIENS à gauche de l’écran), site consulté le 21 novembre 2009

HISTOIRE ANIMALE (7) : Le Martin triste (Fin)
Joli monstre

Les fabricants de linceul traditionnel (mpanao lamba mena) fait à base de la soie  » grège » obtenue à partir du Landy bemaritaina, déciment systématiquement les vers à soie accrochés aux arbres des Tapia (1) . Tout bon Malgache devine le drame derrière cette destruction des vers à soie sauvage. lancent l’alerte car les Nos aïeux, pendant leur exhumation (famadihana), n’auront plus droit, à terme, à leur linceul en soie sauvage mais à de la soie artificielle importée. Et, probablement, un des piliers de la culture Malgache est désormais menacé de disparition : la filière du tissage de la soie traditionnelle.



La crise malgache (point : octobre 2009)

Didier a été interviewé ce vendredi 16 octobre 2009 par Adrien Meure sur la radio de l’Université Laval du Québec (plage Actualités internationales). Il intervient à partir de la 37e minute, mais vous pouvez entendre ce qui précède et qui nous fait voyager avec l’accent chantant du pays. Sous des dehors loufoques, l’information immédiatement précédente est des plus sérieuses et vous fera sinon rire aux larmes du moins sourire.

Cliquez sur le lien CRISE À MADAGASCAR sous DIDIER GALIBERT à gauche de votre écran, ou allez à l’URL http://planeteonline.wordpress.com/2009/10/16/emission-du-16-octobre-2009/

Bonne écoute.



La femme malgache vue par les romanciers coloniaux français

Plante exotique
© NG 2006

Extrait de Nivoelisoa Galibert, Madagascar dans la littérature française de 1558 à 1990. Contribution à l’étude de l’exotisme, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 1997, 2 tomes, 1160 p.
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[...]

Le visage humain et tout aussi fantasmatique (elle n’a d’autre existence que comme compagne de l’exote ; elle n’est jamais située dans sa famille ou dans son environnement malgache), la femme malgache, ou « ramatou » [sic], est un personnage incontournable du merveilleux exotique. […]

Le couple idéal est alors le couple Européen + femme indigène, l’inverse restant exceptionnel.

Cette femme malgache est belle. De quelque type qu’elle soit, elle est toujours belle. Plutôt asiatique, comme dans ce portrait :

« Grands yeux noirs, illuminés d’intelligence, pétillants de malice et de gaieté ; peau veloutée, brune avec des tons chauds souvent orangés ou ambrés, extrémités fines, petits pieds, mains allongées, cheveux non crépus, ordinairement très longs [...]. Beaucoup de filles malgaches, affinées par de merveilleux atavismes, possèdent des lignes de corps et des traits de visage que nous qualifions de parfaits, parce que nous sommes habitués à les voir chez les femmes blanches » (321, 25),

ou plutôt africaine, par sa stature, comme dans cet autre portrait :

« Elle marchait droite, ses jambes nues jusqu’au genou étaient hautes et fines et chacun de ses pas ressemblait à la légère pesée d’une danseuse qui s’ignore. Son buste, moulé par le tissu rude, s’achevait sur ses épaules où l’attache de ses bras dessinait des courbes mouvantes dont la chair paraissait fragile [...]. Elle avait une façon de regarder [...], de la tranquille assurance des bêtes plus habituées aux caresses qu’aux coups » (527, 52).

Voilà qui annonce les scènes voluptueuses du roman de Mallet. Car l’érotisme étant surtout suggestif, il peut commencer à n’importe quel moment de la narration, de la description ou du portrait. Ainsi, « La Captive nue » de Garenne a nom « Ifoutsy [La Blanche]« . Betsileo, elle est originaire des Plateaux et elle a été ravie à son groupe par les Bara. Sa première apparition est dite « fantastique ». Elle est entièrement nue et

« debout à la lisière du champ, le corps svelte et cambré avait la grâce d’une Vénus de Praxitèle. Les petits globes de ses seins accusaient l’adolescence, il semblait que ce fût une fillette plutôt qu’une femme qui détachait sur le sombre fond des feuillages les lignes harmonieuses de sa nudité gracile » (331, 8).

Cette apparition préfigure la fragilité d’une innocence, comme en témoigne le passage qui suit où, avant d’être délivrée par le lieutenant Delmas, Ifoutsy doit subir la galanterie de ses ravisseurs :

« Le Zafimanèle fit succéder la câlinerie à la violence. Or, voilà que, sous ses languides caresses, la petite Betsileo sent, surprise d’abord, puis indignée et pénétrée de honte, le frisson de la volupté agiter ses flancs. Oui, malgré la haine, malgré la répulsion que lui inspire son violateur [sic], sans son consentement, sa chair tressaille d’un plaisir infâme qui la révolte » (331, 128).

Ainsi, le deuxième trait de cette femme malgache vue par l’exote est bien sa sensualité.

Sur le plan psychologique, cette femme plaît pour son côté sobre, mouramour, accommodant, voire puéril : « C’est une femme-enfant, friande de jeux enfantins, qui aime les bijoux d’argent, les couleurs violettes, et les gestes, et les bruits, et manque de mémoire » (361, 33).

Bref, c’est la femme idéale parce qu’elle est accommodante. Pour insister sur ce côté mouramour des femmes malgaches, nos écrivains oublient rarement de rapporter leur statut auprès de l’exote : peu exigeantes, et généreuses, elles se contentent souvent du rôle de concubines et elles s’occupent de façon très attentionnée de leur compagnon, avec la sobriété, la douceur du bon Sauvage au féminin :

« A fait ben c’ qu’a peut, c’te pauvr’ gosse

Sauf qu’a manque eud’ conversation

Mais un’ blanche s’ montrerait féroce Et m’ plaqu’rait su’ ma concession.

Cell’-ci qui n’ connaît qu’ les falafes

Se trouve heureus’ dans mon taudis

C’est ell’ qui recrut’ mes manafes

Et a n’ m’coût’ pas un radis » (374, 19-20).

Cette femme d’exote recrute donc les manafes (1). Mais, à l’instar de la femme dépeinte par Nicolas Mayeur (2), on ne lui connaît pas d’autres tâches véritables (3) : le premier exote d’Imerina rapporte que les femmes n’ont pas à voir les détails de l’intérieur de la maison car ce sont les hommes qui « pilent le riz et cuisent à manger » ! (4)

Beauté, sensualité, sobriété psychologique : plus que de ses attributions (5), c’est des attributs de la femme indigène que l’exote se préoccupe. Inséparable du mythe de l’Age d’Or, ce portrait superficiel de la ramatou constitue un des procédés majeurs, incontournables, de la littérature idyllique.

[...]

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NOTES :
(1) Manafe [manafo, manafy]: saisonnier agricole sur la Côte Est malgache.
(2) Nicolas Mayeur, profitant de l’accession de Benyowski au « trône », a été le premier Français à avoir pu pénétrer à l’intérieur des terres. Cf. Robert Cornevin, « 18 septembre 1777, le Français Nicolas Mayeur entrait à Tananarive », L’Afrique littéraire et artistique, n° 32, 2e trimestre 1980, p 87.
(3) Veiller au bien-être de l’homme n’en étant pas une, du moins faut-il le souhaiter pour toutes les femmes.
(4) « Il est d’usage dans le pays que les femmes ne fassent aucun travail pénible. Elles sont uniquement occupées de leur soie, de leur coton, et de mettre en oeuvre les feuilles de bananier et de raffia [sic], et de faire des nattes. Elles n’ont même pas les détails de l’intérieur de la maison, car ce sont les hommes qui pilent le riz, cuisent à manger, etc. », cité par Robert Cornevin, op. cit., p 84.
(5) Un dicton malgache dit « Ny adidy tsy an’olon-dratsy / Seules les honnêtes gens ont des responsabilités ».

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N.B. : Le numéro de l’ouvrage de roman français et l’indication de page mis entre parenthèses dans le corps du texte supra renvoient au tome 2 de Nivoelisoa Galibert, Madagascar dans la littérature française de 1558 à 1990, op. cit. : 321 : RENEL, Charles, La Fille de l’Ile Rouge. Roman d’amours malgaches, Paris, A. Flammarion, 1924.
331 : GARENNE, Albert, La Captive nue, Paris, Plon Nourrit, 1926.
361 : MILLE, Pierre, Mes trônes et mes dominations, Paris, Editions des Portiques, 1930.
374 : MATHIAU, Alexandre, Soliloques de brousse, préface de Delélée Desloges, Paris, Pyronnet, 1931.
527 : MALLET, Robert, Région inhabitée, 1964, Paris, Gallimard, 208 p [Réédition ibid. : 1990]



Prix du livre jeunesse Ouessant 2009 : un excellent cru

Relevé dans Le Télégramme, quotidien de Brest, du 21 août 2009, dans la rubrique Prix du Livre Insulaire

La présidente du jury du Prix du livre jeunesse, Nivoelisoa Galibert, a déclaré, hier midi, « que 2009 est un excellent cru » et a salué les efforts des éditeurs de l’océan Indien.

Deux romans pour adolescents et dix albums pour les plus jeunes ont été retenus pour concourir dans ce prix de la catégorie «jeunesse». Et les membres du jury, les deux élèves du collège des Îles du Ponant, Lucille Guillerm et Manon Riou, leur professeur de français, Jean-Jacques Salaün, et les deux enseignantes, Gwenaëlle Baamara et Sophie Marhic, ont été unanimes pour décerner le prix du conte contemporain à « Le phare de l’enfant algue », écrit et illustré par Hugues Mahoas (éditions Coop Breizh). Le prix album de la découverte a été attribué à « Ali de Zanzibar », de Salim Hatubou (Orphie éditions). Le jury a décerné deux mentions spéciales à « Joshua ou la mer des histoires », de Delphine Ratel et Virginie Grosos (éditions Millefeuille), et « Les orangers de Tahiti », de Roxanne Marie Galliez, Emmanuelle Tchoukriel et Clémence Vasseur (éditions Balivernes). Les deux jeunes collégiennes ont été particulièrement contentes de participer à ce jury littéraire, de lire tous les livres et de défendre ceux qu’elles ont aimé.

« J’ai découvert une culture »

Comme Lucille Guillerm, défendant la cause d’ « Ali de Zanzibar », de Salim Hatubou : « J’ai découvert une culture. Les illustrations sont magnifiques et je l’ai lu trois fois tellement je l’ai aimé! ».



NIVOELISOA GALIBERT : QUI SUIS-JE ?

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© M.K. 2007

Chercheure associée au Crlv/Crlc de l’Université Paris-Sorbonne (Centre de recherches sur la littérature des voyages/Centre de recherche en littérature comparée), professeure associée à l’ENS/ITEM /CNRS (Institut des Textes et Manuscrits modernes, UMR du CNRS), également chercheure associée au Crlhoi de l’Université de La Réunion (Centre de recherches littéraires et historiques, de l’océan Indien), je suis née en 1953 à Antananarivo (Madagascar). J’y ai vécu jusqu’à mes 17 ans, où j’ai entrepris mes études supérieures en France pendant 10 ans. Après quoi, j’ai enseigné sous la tutelle du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche malgache pendant 16 + 4 ans à « Tanà » et à « Diego », ainsi qu’au lycée français de Tanà et au collège de l’Apeaf (Association des parents d’élèves de l’Alliance française, toujours de Tanà).
Pendant ce temps (de 1979 à 2006), je vivais en alternance entre Madagascar et l’Europe, puis Madagascar et La Réunion pour des raisons à la fois privées et professionnelles dont la préparation du doctorat d’État es Lettres Madagascar dans la littérature française de 1558 à 1990. Contribution à l’étude de l’exotisme, Septentrion, 1997, 1160 p – thèse soutenue à l’université Paris-Nord en 1995).
Mes deux principaux ouvrages personnels sont la Chronobibliographie analytique de la littérature de voyage... (Honoré Champion, 2000, 232 p.) et l’édition scientifique de la correspondance des lazaristes de Madagascar à Vincent de Paul (voir infra la liste des « travaux réalisés » : À l’angle de la Grande Maison… (Paris, PUPS, coll. Imago Mundi 3, 2007, 548 p. + h.t. ill. 11 p.). Complémentaire de l’Histoire de la Grande Isle Madagascar de Flacourt éditée par Claude Allibert chez Karthala (1995, 2007), ce dernier recueil met au service de tous publics, universitaire comme profane, un des rares témoignages collectifs approfondis en français dont nous disposions sur l’histoire de Madagascar au XVIIe siècle.
Mon conjoint, Didier Galibert, né en 1953 à Toulouse, docteur en anthropologie politique et professeur agrégé d’histoire au lycée Camille Jullian, est chercheur associé au Cresoi de l’Université de La Réunion (Centre de recherches et d’études sur les sociétés de l’océan Indien) et au Sedet de l’Université Paris-Diderot Paris 7 (Sociétés en développement : études transdiciplinaires). Entre autres travaux, il est l’auteur de l’ouvrage Les Gens du pouvoir à Madagascar : État postcolonial, légitimités et territoire (1956-2002) (Paris, Karthala/Cresoi, coll. Hommes et sociétés, 2009, 575 p [+ index 23 p. broché]).

Nous vivons actuellement à Bordeaux. Cette ville, majestueuse, cultivée, hédoniste et feutrée, d’une part donne l’opportunité de fréquenter une grande université spécialisée dans les problèmes africains et malgaches (voir l’Institut d’études politiques et le Centre d’études sur l’Afrique noire), d’autre part se situe à 2h 59 mn de TGV de la capitale où presque tout se passe, sans les contraintes d’un Paris au quotidien.

Passionnée de voyage sous toutes ses formes (déplacement physique, lecture, musiques du monde, contact de cultures, etc.), je suis servie par mon métier de chercheure en littérature de voyage sur l’océan Indien et en littératures francophones de l’océan Indien (Madagascar, Maurice, La Réunion essentiellement). Mes principaux éditeurs sont Honoré Champion, les PUPS, L’Harmattan/Université de La Réunion tant pour les articles que pour les ouvrages. 

Pour le reste, au plan privé, mes loisirs sont plus simplement la randonnée cycliste et la plongée en apnée, ainsi que toute activité culturelle qui ouvre au Tout-Monde. De temps à autre, j’aime cuisiner en créant pour ma famille et mes amis proches et échanger des recettes gastronomiques (salé-sucré) avec d’autres « aficionados ». J’oubliais : je me réapproprie mes souvenirs en écrivant beaucoup entre journal intime et fiction autobiographique. Ainsi, je suis auteure d’un recueil L’Aube en maraude. Soties, Antananarivo, chez l’auteur, 2005, et de tranches de vie personnelle qui s’efforcent d’être cathartiques, à la fois tendres et humoristiques. Un recueil de récits, Mots pour langes. et quelques soties malgaches, est paru aux éditions Amalthée (ISBN : 978-2-310-508-1). Le référencement en ligne est prévu autour du 15 février 2010  (dilicom, amazon.fr, fnac.com., www.editions-amalthee.com, etc.). Vous pourrez aussi le commander chez votre libraire de proximité.

Pour compléter ce portrait personnel, voici une fiche typiquement administrative à toutes fins utiles :

- Qualifiée par le CNU français aux fonctions de professeur des universités (sections 09 puis 10)

- Membre titulaire de l’Académie Nationale malgache

- Chevalier de l’Ordre National malgache-

- Ancienne élève d’hypokhâgne et de khâgne du lycée Edouad Herriot (Lyon, France)

- Directrice d’études invitée à l’EHESS, Paris, du 4 janvier au 2 février 2007

- Chercheure invitée au LCF N° 8143 du CNRS (ex-UPRESA N° 6058 du CNRS) pour le projet « Chronobibliographie analytique de la littérature de voyage sur l’océan Indien » subventionné par une bourse DEF de l’AUPELF/UREF (1996-1997 – Voir « Travaux réalisés : Publications : ouvrages »)

- Professeure invitée à l’Université de Caen-Basse Normandie (mars 2002) – Visiting Professor à l’Université de Maurice (2 x 3 semaines en avril et en mai 2001) – Membre du Groupe de Recherche Interdisciplinaire sur les Écritures Missionnaires, Centre facultaire de l’Institut Catholique de Paris (2002-2007)

- Membre du Comité scientifique et comité organisateur du Colloque Le Voyage à Madagascar : de la découverte à l’aventure intellectuelle, Tananarive / Fort-Dauphin, 13-18 octobre 2003 (Crlv Paris 4 et FLSH/Université d’Antananarivo)

- Membre du Comité scientifique de la Revue Historique de l’océan Indien, Association Historique Internationale de l’Océan indien (Prs Yvan COMBEAU, Prosper ÈVE, Sudel FUMA et Claude WANQUET présidents)

- Co-directrice scientifique avec Norbert DODILLE (Université de La Réunion) d’une Journée Crlhoi, Université de La Réunion, « Discours nomade », 2 avril 2005

- Co-présidente d’honneur du Colloque international Imago Mundi II : Lettres et images d’ailleurs avec M.-Ch. GOMEZ-GÉRAUD (CRLV Paris-Sorbonne, Université d’Amiens), Grignan, CRLP de l’Université de Nice et Château de Grignan, Grignan, 19-21 octobre 2001

- Visiting Professor à l’Université de Maurice (mars 2001 puis avril 2001)

- Membre du Jury du Prix littéraire de l’océan Indien (Conseil Général de La Réunion) 1999-2004

- Membre du Jury du Prix international du Livre Insulaire (Ouessant, Association Cultures, Arts, Littératures Insulaires ) depuis 2006

- Membre du Cths (Comité international des travaux historiques et scientifiques)

- Membre de la Sielec (Société nationale d’étude les littératures de l’ère coloniale)

- Membre du groupe de recherches interdisciplinaires « Espaces francophones, textes missionnaires et lieux de rencontre » de l’Université de Waterloo (Ontario anglophone)

- Directrice de l’École doctorale « Langues et Lettres » de l’Université d’Antsiranana (Madagascar) (2002-2004)

- Présidente fondatrice de l’Ascut (Association socio-culturelle de l’Université d’Antananarivo (1987-1996)

- Présidente fondatrice de l’Athmef (Association du théâtre malgache d’expression française) (1989-1991)

- Responsable fondatrice et animatrice de l’émission littéraire radiophonique « Le Cahier bleu » (Alliance FM 92) (1995-1996)

N.B. Si vous le souhaitez, vous pourrez entendre six de mes conférences (Encyclopédie sonore de Paris-Sorbonne/Crlv) en double-cliquant sur CENTRE DE RECHERCHES SUR LA LITTÉRATURE DES VOYAGES dans le lien VOYAGE ou PARIS-SORBONNE à gauche de votre écran.



PRIX DU LIVRE INSULAIRE D’OUESSANT 2009 : « Zaho Zafimaniry – Zafimaniry intime »

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© N.G. 2008

Catégorie « Regard poétique » :
Johary Ravaloson et Sophie Bazin, Zaho Zafimaniry – Zafimaniry intime, Antananarivo/La Réunion, éditions Dodo vole

par Nivoelisoa Galibert
(Article publié dans Les Nouvelles (Antananarivo à la parution de l’ouvrage)

Auteur de La Porte du Sud, « auteur dégagé » selon ses propres termes, Johary Ravaloson préside le groupe malgache « TsyKanto sy Tsimaninona [« Inesthétique et Insouciant »] et forme avec son épouse Sophie Bazin, comme lui plasticienne d’art contemporain, le tandem « Arius et Mary Batiskaf » (clin d’œil aux cousins Marius et Ary Leblond, célèbres écrivains de La Réunion où ils ont vécu pendant ces dix dernières années). Ludique et attaché à la transgression, le couple a toujours donné le ton à la défense du Dodo, oiseau emblématique des oubliés du Progrès.

Médecin et plasticienne, juriste et écrivain
Docteur en médecine, Sophie Bazin se consacre depuis 1996 à la peinture et à la gravure. « Volumes, performances et installations », précise-t-elle. Ses expositions sont connues aussi bien à Tana qu’à La Réunion ou dans sa Normandie natale : Padar à Tana, Les Fleurs bleues, Liberté plastik, Les Oiseaux, Sortir du corps, Mémoires organiques et autres réminiscences… Elle est actuellement en résidence de création à Caen. Quant à Johary Ravaloson, rappelons-le, nouvelliste et romancier, il a été plusieurs fois lauréat de concours francophones internationaux (Prix du Centre Régional des Œuvres Universitaires, 1996 ; Prix de la nouvelle de l’océan Indien, 1999 ; Prix Grand Océan de littérature d’inspiration religieuse, 2000 ; Prix Williams Sassine, 2005). C’est en 2005 qu’il remporte avec Les Larmes d’Ietsé le Prix du roman de l’océan Indien organisé annuellement par le Conseil général de la Réunion, jusqu’à présent inédité. Sans délaisser l’écriture (Géotropique est son dernier roman, à paraître), docteur en droit, il se retrouve depuis peu installé comme juriste dans sa ville natale, Antananarivo, où son épouse le rejoint.

« Du désir et de la détermination…, de l’ancestralité et de la contemporanéité »
L’idéal de vie du couple le positionne toujours entre le monde passé et le monde futur, lesquels le plus souvent sont une transmutation du présent. C’est en tout cas ce que Sophie Bazin et Johary Ravaloson donnent à percevoir dans Zaho Zafimaniry – Zafimaniry intime, relation d’un long voyage de 1996 à 2006, où ils ont vécu en alternance dans le triangle de la Réunion, du pays Zafimaniry et de l’hexagone. En découle un « savoir exogène – des lunettes singulières – », selon la superbe préface de Juliette Ratsimandrava. Un savoir qui permettra aux lecteurs d’apprécier à travers un texte bilingue de se laisser reconduire du « temps plié » vers un dedans d’une beauté exceptionnelle qui court après la règle. Photos (S. Bazin) et textes (J. Ravaloson) sont l’oeuvre à quatre mains d’esthètes qui ne concèdent rien au tamberi-tany  (perte de repères) d’un pays où carnet de route et tranches de vie au quotidien se font énonciation artisanale à la manière des contes : si proche du merveilleux, mais les pieds dans la réalité.

N.B. S. Bazin et J. Ravaloson, Zaho Zafimaniry – Zafimaniry intime, préface de J. Ratsimandrava, Éd. Dodo Vole, 2008, 84 p. et 48 photographies, papier filigrané, format 21 x 21 cm, 18 euros. Sorti le 24 mai 2008, disponible à Antananarivo à partir d’août, chez Lecture et loisirs (Galerie Zoom) et par le site des Éditions Dodo Vole dont les auteurs sont responsables : http://dodovole.blogspot.com/.



Ouessant 2009 : le palmarès intégral
27 août, 2009, 12:24
Classé dans : hommage,Ile Prix Livre insulaire,lieux de culture,ocean Indien

QUAND L’OCÉAN INDIEN REDEVIENT LE… GRAND OCÉAN

Palmarès du Prix du Livre insulaire (toutes catgéories) mis en ligne par Nivoelisoa Galibert

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© « Ouessant » D.G. (2009)

Grand Prix des Îles du Ponant :
- Rennie Pecqueux-Barboni, Costumes de Corse, Ajaccio, Editions Albiana

Prix Fiction : – Mylène Durand, L’immense abandon des plages, Montréal, Editions Pleine Lune

Prix Regard poétique : - Johary Ravaloson (texte) et Sophie Bazin (photographies), Zafimaniry intime Zafimaniry intime, Antananarivo-Saint-Denis de La Réunion, Editions Dodo vole

Prix Beaux Livres (2 ex aequo) : – Hubert Forestier et al., Mentawaï, l’île des hommes fleurs, Sommières, coédition IRD et Romain Pagès éditions, et Sonia Ribes-Beaudemoulin, dir., Biodiversité de la Réunion (collectif), Saint-Denis de La Réunion, éditions du Muséum d’Histoire naturelle de la Réunion

Prix Science / Essai : – Charlie Galibert, Sarrola 14-18, Ajaccio, éditions Albiana

Prix Roman Policier : - Gérard Chevalier, Ici finit la terre, Spézet, éditions Coop Breizh

Prix Littérature Jeunesse : - Conte : Hugues Mahoas, Le Phare de l’enfant algue, Spézet, éditions Cop Breizh et Album découverte : Salim Hatubou, Ali de Zanzibar, Saint-Denis de La Réunion, Orphie éditions

Mentions spéciales :
- Delphine Ratel et Virginie Grosos, Joshua ou la mer des histoires, s. l, éditions Millefeuille, et Roxanne-Marie Galliez, Emmanuelle Tchoukriel, Clémence Vasseur, Les Orangers de Tahiti, s.l., éditions Balivernes



Des mots pour langes (extrait)

Par Nivoelisoa Galibert

Malice
© N.G. 2008

« […]
idées que l’esprit a depuis longtemps conçues
et qui naissent enfin et grandissent avec des mots pour langes. »
J.-J. RABEARIVELO (1901[1903 ?]-1937)

[...]

« Adjoint anti-palustre ». La formule, très savante et offensive, avait fait rêver ma mère. Elle fréquentait l’École des Infirmières à Mahamasina. Pour devenir infirmière, c’était juste en face du Bureau Municipal d’Hygiène où travaillait mon père. Nous disions d’ailleurs « BMH », comme si c’était une formule magique qui allait faire sortir un double de mon père, pfffuittttt pfffuitttt abracadabra, du chapeau d’un magicien. Parce qu’il avait épousé notre mère, la plus belle, la plus douce, la plus brillante, la plus tout de toutes les infirmières de sa promotion. Elle était aussi la plus humble : pendant longtemps, elle s’était minorée, laissant croire à ses enfants que « adjoint anti-palustre », c’était au-dessus d’« infirmière ».
[...]


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