« Je suis mille possibles en moi » (A. Gide)

Cultures citadines et esthétique de la réception : le cas du roman malgache Za de Raharimanana (2008)

Par Nivoelisoa GALIBERT
N.B. Communication orale
Version écrite à paraître en 2009 (Université Paris-Diderot / Sedet)

Raharimanana à Ouessant
© D.G. 2008

Corpus : Raharimanana, Za. Roman, Paris, Philippe Rey, 2008, 301 p

Extrait de Za (NB : abréviation familière de Izaho :« je », « moi »)
Za regarde l’Anze. Il me sourit en décirant la pazy. Des Rien-que-sairs rentrent bientôt. Ils ont élu existence dans la soumission. […] Za suis fatigué (132).

Né à Tananarive en 1967, Raharimanana vit en France depuis 1989 où il mène de front carrière de professeur de lettres (jusqu’en 2002), journalisme, édition critique et création littéraire bilingue. En plus des contributions à des collectifs, cette création compte dix ouvrages publiés dont les derniers, parus cette année 2008, sont le roman en français Za chez Philippe Rey à Paris et un recueil de poèmes en malgache, Tsiaron’ny nofo aux éditions parisiano-réunionnaises K’A d’André Robèr. Raharimanana se fait distinguer très tôt par plusieurs prix littéraires dont, en 1989, le Prix de la meilleure nouvelle de RFI, assorti d’une bourse qui lui permet de partir en France. Mais il se fait aussi remarquer par plusieurs interdictions notoires, tant sur le plan littéraire que politique. Ainsi, celle d’une de ses pièces, Le Prophète et le Président, la même année 1989 à Antananarivo pour le propos subversif qu’il y développe contre la Deuxième République. Cette pièce sera plus tard mise en ondes sur RFI et mise en scène dans plusieurs pays d’Afrique, en Avignon, à Paris, aux États-Unis. L’interdiction frappe également, en 2008, un droit de réponse dans Le Monde à un article de Philippe Bernard sur le collectif L’Afrique répond à Sarkozy. Pendant ce temps, Raharimanana revient régulièrement à Antananarivo, tout dernièrement pour présenter Za, l’adaptation à la scène de Madagascar 1947 et pour animer des ateliers d’écriture au centre culturel français.

L’observation de ce parcours convoque trois types de questionnement : – Énumérer ces lieux de la culture raharimananienne ne revient-il pas à s’interroger sur les frontières de la diaspora inférée par la résidence de l’écrivain malgache à Paris ? – La provocation linguistique, qui frappe le lecteur à la première lecture du roman, ne convoque-t-elle pas la problématique de l’horizon d’attente des écrivains de la diaspora postcoloniale inspirée par le concept de nomadisme intellectuel selon Jackie Assayag et Véronique Beneï, précédés de loin par la New Comparative Literature de Gayatri Spivak ? Un tel nomadisme obligerait en effet l’auteur postcolonial à toujours garder le sens – en l’occurrence l’outrance du monde et les maux de la ville – mais en altérant la forme.
- Dans cette altération obligée de la forme, la jubilation linguistique constitue-t-elle un nouveau registre chez Raharimanana ? Toutes ses créations antérieures n’avaient-elles pas déjà un point commun, à savoir la poésie, dans cette collusion entre d’une part l’extrême violence de la parole et d’autre part les histoires belles et vraies, injustes et folles – collusion digne de Prévert, poète corrosif, artiste à la fois engagé et qui se veut libre ?
Pour tenter de répondre à cette problématique des frontières, mon propos va s’articuler autour de trois axes :
1. les frontières de la diaspora
2. la forge citadine des mots ou le dire du présent interstitiel
3. les poètes et la ville ou l’affiliation d’un désenchantement universel

I. L’ORÉE DE LA DIASPORA

[...]

II. LE DIRE DU PRÉSENT CITADIN

[...]

III. LES POÈTES ET LA VILLE : UNE AFFILIATION DU DÉSENCHANTEMENT

Si la poésie se définit comme dire de la révélation, de l’émotion, de la musique et de la vie, les créations antérieures de Raharimanana sont déjà poétiques, à déguster avec l’esprit, sans peur de la destruction. La détresse de la ville malgache dans Za tient son originalité d’une écriture qui se forge dans une double oralité, à la fois héritage traditionnel et influence contemporaine. Si l’édition est en crise, paradoxalement, Za s’inscrit dans une « écriture début de siècle » qui se prête à toutes les témérités éditoriales. En effet, là où, dans toutes les autres industries, une baisse de la demande a pour conséquence une baisse de l’offre, dans le secteur du livre, les découvreurs veulent multiplier leurs chances de capter des bénéfices. Pour cela, il est important de ne pas figurer dans les hypermarchés : là, les éditeurs sont obligés de produire une littérature de consommation périssable (quick books) ou apparentée à la société du spectacle (livres de célébrités). Le principal intérêt de Za réside dans le fait qu’il présente comme une gageure tout projet d’arrêter le critère de ce qui est littéraire et de ce qui ne l’est pas. L’enjeu de la marchandisation est anti-littéraire : c’est la facilité de lecture à laquelle Za n’accède pas, privé de l’aide du temps et des autres titres du catalogue, Philippe Rey n’ayant fait son entrée dans le champ qu’en 2003.
Toutefois, dans le moment de vacillement imposé au lecteur, il appartient à la critique de faire le double travail de désignation et de recomposition du produit.
Une première lecture de Za situe le roman dans la lignée des fantasmagories parisiennes (chez Eugène Sue, chez Émile Zola) et londoniennes (chez Charles Dickens) du XIXe siècle, puis dans celle de la flânerie surréaliste (dans Nadja, dans Le Paysan de Paris) qui a contribué à la lisibilité de la grande ville européenne. Néanmoins, les années 1990 et 2000 ont vu s’accroître en France un intérêt général pour la condition migrante dont témoignent la manifestation culturelle “Étranger chez soi”, organisée par l’Afro-Américaine Toni Morrison en 2006 au musée du Louvre et les récents Goncourt franco-afghan et Renaudot guinéen (2008). Envahissant de plus en plus le centre-ville, situés à la croisée de plusieurs territoires géographiques et intellectuels, les écrivains exogènes occupent une place privilégiée qui leur permet de refaçonner des identités nationales et de reformuler les canons littéraires. C’est cette modification progressive des relations entre centre et périphérie dans un contexte mondialisé qui influence favorablement l’accès des créateurs comme Raharimanana à la publication.
La deuxième lecture révèle que le pleurer-rire ne constitue plus désormais une captatio benevolentiae du roman. Le rire aurait cessé d’être subversif selon le Magazine littéraire de juillet-août 2008, il est désormais niveleur. Dès lors, la poésie des villes permet de glisser de l’ésotérisme apparent de Za vers son contraire : l’exotérisme. Certes, une des clés du tissage sonore dans cette poésie, la prévalence de l’oralité, relève de l’identité malgache. Mais tout bien observé, Za livre un dire qui pourrait se déclamer sur le tempo du slam, génération contemporaine qui combat le désenchantement de la ville. La problématique de la réception qui sous-tend cette littérature rejoint en effet la réflexion pluridisciplinaire sur l’«enchantement » et le « désenchantement » vis-à-vis de la ville, développée notamment par l’équipe de Jean-Claude Seguin en 2007.
Phénomène d’hybridation ou de montage hétérogène, le texte déroutant est dans les faits un texte dérouté – dérouté du roman pour accomplir une volonté d’affranchissement sans limites. De là, une autre clé de lecture, la transgénéricité. Ce concept – étayé par la formule « le genre de travers » – repose de fait sur cette expérience de la traverse. « Passage, croisement, interférence, intersection, télescopage, les termes abondent qui pourraient efficacement décrire ces phénomènes […] rhéto-poétiques qui font de l’œuvre littéraire à la fois une traversée des genres et un espace traversé par les genres », précisent Dominique Moncond’huy et Henri Scepi.
À travers Za s’est déployée une stratégie de l’égarement et du brouillage, stratégie de l’inclassable héritée des surréalistes. Notamment, l’Aragon du poème intitulé Roman inachevé (1956) brave résolument les classifications courantes. La bravade, c’est là la tonalité générale de la poésie des villes, de Rimbaud à Grand Cops Malade en passant par Prévert.
Je m’arrête sur
- Rimbaud entre 1873 et 1876 :
Je suis un éphémère et point trop mécontent citoyen d’une métropole crue moderne […]. La morale et la langue sont réduites à leur plus simple expression […] je vois des spectres nouveaux […] […] la Mort sans pleurs, […] un Amour désespéré, et un joli Crime piaulant dans la boue de la rue.

- Prévert en 1966 :

Je vous salis ma rue et je m’en excuse
un homme-sandwich m’a donné un prospectus
de l’Armée du Salut
je l’ai jeté
et il est là tout froissé
dans votre ruisseau […]
Je vous salis ma rue pleine de grâce
l’éboueur est avec nous.

- Je finirais volontiers en slamant avec Grand Corps malade en 2008 :

Le bitume est un shaker où tous les passants se mélangent Je ressens ça à chaque heure et jusqu’au bout de mes phalanges.

- Mais dans cette liste de citadins désenchantés, il manquerait un Raharimanana (2008) : Za ne bouze pas dans mon linceul. Za comprend tout à fait maintenant que Za n’ira nullement me fracasser sur les murs d’ombres qui m’ouvriront à l’ailleurs tant espéré. Espérance. Esparance de merdra. Espurulence. Pulvérulence des envies. À mon fils.
À l’éclat de ma vie […]

Le plus important est la sentence déroutée de Rémy de Gourmont qui écrivait dès 1899 : « Au fond, il n’y a qu’un genre : le poème ».

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Cths, 134e congrès, Bordeaux, 2009

Thématique:
Célèbres ou obscurs. Hommes et femmes dans leurs territoires et leur histoire

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© N.G. 2006

Communication par Nivoelisoa Galibert :

L’édition de la correspondance missionnaire comme paradigme de la résistance à l’oubli : l’exemple des lazaristes à Madagascar (1648-1674)

RÉSUMÉ

Le premier objectif de Vincent de Paul (1581-1660) était de « ré-évangéliser » les plus démunis de la population française. C’est dans le cadre de ce choix de la pauvreté citadine et rurale comme champ de priorité que, court-circuités par leur hiérarchie, les missionnaires lazaristes mobilisent l’esprit de charité qui préside à leur premier envoi en terre lointaine. Dès lors, évangéliser au Fort Dauphin de Madagascar revient pour eux à mener exactement la même action qu’auprès des populations pauvres de France. Dans l’esprit de l’abnégation propre à la congrégation, il s’agit ici d’une promesse de « palmes de martyre et de bénédiction providentielle ». Ne pourrait-on expliquer par cette posture que l’imaginaire collectif et institutionnel ait magnifié par la canonisation en 1737 la seule figure de M. Vincent ? et que cette opération symbolique ait entériné la méconnaissance portée sur l’action missionnaire en terre lointaine au XVIIe siècle ?
La mise au jour par l’édition scientifique de la correspondance lazariste adressée au supérieur fait état des aléas des données statistiques et permet une vision panoptique de l’implication réelle de ces ouvriers dans leur mission. Ce travail campe alors le vrai extrait du vraisemblable institué par une histoire traditionnelle de l’Église. D’une part, il nous enseigne que si les missions africaines semblent au XVIIe siècle « condamnées à l’échec » (M. Venard, 1997), plus que l’hostilité de l’habitant, c’est l’effet combiné des maladies, des difficultés de communication, des compromis de l’Église avec les chefs rituels et les pouvoir publics en poste – somme toute, le manque de préparation des missions françaises – qui a dans les faits ruiné la première évangélisation de Madagascar. D’autre part, il permet de rendre aux prêtres de la congrégation leur dimension prosopographique dans le temps long de l’Histoire française : ces missionnaires participent des premiers producteurs de savoirs sur l’autre à travers l’observation des mœurs zafiraminia, la rédaction d’un Petit Catéchisme en malgache (1657) et celle d’un Dictionnaire franco-malgache (1658) longtemps imputés à Flacourt, gouverneur de l’établissement du Fort Dauphin sous Colbert.



Si j’étais écrivain, je me baptiserais Lîle

… OU LENFANT

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© D.G. 2006

… et j’écrirais :

« Non loin de moi, Pont-Aven : Bonjour M. Gauguin !!
Mon rêve resté à l’état de rêve : mettre en mots ou en petites touches pastel impressionnistes une de mes îles cerclées de lagon. Sur ce tableau, laisser siffler les aiguilles du filao qui rend souple prudent avisé réfléchi, et imaginer la houle grondant sur les coraux entre deux rires chanceux d’enfants. »

Nivoelisoa Galibert



Extrait de « L’Aube en maraude » par Nivoelisoa Galibert

Aube en maraude. Soties
© N.G. 2005

[Un Québécois à Diego]

Pour mon petit dernier, je plaide non coupable. Il n’en a pas moins vécu une coopération curieuse étrange surprenante, pris dans la tourmente d’une dépression collective.

Car Diego Diaz était en ces jours toute retournée. Le maire venait de décréter que huit cents taxis collectifs pour si peu de kilomètres carrossables dans une si petite ville, c’était bien excessif : l’on récompenserait tout Diegolais qui dénoncerait les chauffeurs consommateurs de khat joue gonflée commissures dégoulinantes doigts drogués sur billets bena-bena tout tordus de microbes. Ainsi l’on diminuerait le réseau de ces transporteurs abusifs et avec lui l’usure des chaussées et la diffusion du choléra. Émue par cette nouvelle pourtant bien de chez nous, l’université elle-même eut à s’interroger sur la pertinence d’un tel décret s’attaquant aux bien-aimées 4L au-revoir-la-France fiertés de la ville. Dans cette ambiance de perplexité citoyenne, les remue-méninges déplacèrent l’espace de leurs prises de positions à risques. On en oublia en effet les missions RIL Réseau de l’Ingénierie de la Langue et RUF Riche Unique Fragile de l’OUF, désormais toutes hors champ. On en oublia que les étudiants devaient arriver de toutes les régions du Beno-Beno pour suivre des cours intensifs dans la succession étourdissante des missionnaires venus du Nord.
Le premier arrivait de Montréal, feuille d’érable estampillée discret sur la sacoche de son portable. Il n’avait jamais mis les pieds ni dans le Sud ni au Beno-Beno et encore moins à Diego Diaz. Le taxiste qui l’amena de l’aéroport avait une joue gonflée. Mais faute d’information, il ne put le dénoncer à temps. Il rata ainsi la première occasion de se faire quelques FBNBN sans passer par le change qui vous frappe d’une commission bancaire hors du commun. Comme tout ce que nous faisons d’officiel au Beno-Beno d’ailleurs.
Entre autres menues choses, le Canadien fut un peu surpris de la couleur de sa ceinture de sécurité. Rouge latérite. Devait-il l’utiliser, ne devait-il pas. Manifestement, celle-ci n’avait jamais servi. Et pourtant, même en roulant à dix kilomètres à l’heure sur ce goudron cassé, on n’était jamais à l’abri du coup du lapin. D’ailleurs, personne des usagers de la cité ne semblait attaché. À l’allure où les voitures se croisaient dans les fondrières, il avait bien le temps de s’en apercevoir. Enfin, il demanderait à ce que la ceinture de la voiture de service fût démontée, lavée et vérifiée. La tête emplie de ces trois projets, il se força flegmatique à n’être désespéré ni par les piétons qui débordaient de partout, ni par la viande mouchetée du marché qu’il traversa, et encore moins par les tas de tomates échafaudés dans la boue de l’après-pluie. Il n’eut d’yeux que pour les flamboyants incendiant les rues, les grappes d’enfants en tablier mauves orange ou ciel, cinq à sept dans un pousse-pousse et la bonne humeur des sorties d’écoles. Allait-il se plaire à Diego Diaz, tout cela était tellement différent, à vrai dire il s’attendait à mieux mais ce n’était pas non plus la fin du monde. C’était autre.
Pour commencer, il en passa du temps dans ce taxi. L’homme au volant, malgré toute sa bonne volonté, ne comprit pas le mot Université, il n’avait en réalité jamais entendu parler que du KIR. Université ! quel est ce mot de sauvages le complexe s’appelle beaucoup plus court CUR entendons Centre Universitaire Régional. En attendant que son client fût plus clair quant à l’objectif de la course, le chauffeur avait décidé de desservir toute la ville. Puisque le taxi était collectif. Ce que le Canadien, l’esprit alerte, réalisa assez vite.
Quand enfin il put expliquer sa destination, il était seize heures, il n’avait pas encore déjeuné, et tous les bureaux du campus étaient déjà clos. Délabrées, les salles de cours ne l’ébranlèrent point : il savait que le Beno-Beno n’était pas l’Amérique ni même le Pérou. Première journée dans le désert. Dans ces cas, il y a toujours un Hôtel de France où aller, pour peu qu’on connaisse son histoire des relations internationales.
Tôt le lendemain, il se rendit pieds et poings liés au kir.
La surprise fut la même dans les deux camps de la coopération bilatérale :
- Comment, vous êtes déjà là, Monsieur le Professeur ? Mais quel jour du mois sommes-nous ?
- Mon ordre de mission disait bien le 8 novembre, n’est-ce pas ? Y a-t-il un souci ?
- Mais non, Monsieur le Professeur, tout va bien. Simplement, Monsieur le Professeur, vous ne pourrez faire cours, les étudiants sont encore dans leurs villes de résidence respectives… À vrai dire, Monsieur le Professeur, ils n’ont pas été convoqués.
L’avantage de la francophonie, c’est qu’elle permet d’utiliser les tournures passives en se passant de complément d’agent.
Enfin déconcerté, notre ami canadien s’entendit formuler une question aussi problématique que dans un rêve noué cauchemar :
- Dites-moi ce que je dois faire.
Question que, le plus souvent maître de lui, il n’avait jamais posée à personne avant ce jour. Il faut un début à tout mon petit loup.
- Réfléchissons, Monsieur le Professeur. On peut envisager de vous installer dans un bungalow les pieds dans l’eau vous n’aurez pas fait le voyage pour rien vous verrez comme la rade est belle captivante la mer douce revigorante les lémuriennes mystérieuses attachantes.
Pour ma part, au moment où j’écris, je ne vois d’autre issue au problème du Canadien que de céder incognito à cette sollicitation multiple.

Parce que pendant tout le temps inédit de cette discussion, les zébus arachnéens attachés aux rachitiques échafaudages des amphithéâtres en réhabilitation n’avaient pas cessé de pousser d’interminables beuglements mélancoliques. En effet, depuis les deux années de son accession au pouvoir, notre président, naguère producteur de bon yoghourt maison, avait importé dans la région des vaches laitières de Normandie : ces pis hénaurmes d’immigrées boréales avaient quelque chose d’indécent, nos mâles bovins n’étaient jamais sortis du deuil de leurs belles zébutes. Décidément, ce n’étaient pas eux qui pouvaient soutenir leur attention pendant la dizaine de séances lexico-sémantiques prévues, si élaborées fussent-elles.



COMMENTAIRE DE L’AUBE EN MARAUDE DE NIVOELISOA GALIBERT PAR RAHARIMANANA, ECRIVAIN

Aube en maraude. Soties (Photo de couverture originale)

© D.G. 2000 (Paul Bloas, peinture fragile in situ, Rue Colbert, Diego-Suarez)

L’Aube en maraude. Soties
ou quand les glaneurs pleurent de rire
Par RAHARIMANANA, écrivain

Paru dans Les Nouvelles le 1e avril 2005

Depuis un certain temps déjà, Nivoelisoa Galibert tournait autour de l’objet littérature. On ne la connaissait d’ailleurs que sous cet angle. Maître de conférences à l’Université d’Antananarivo, à la Fac des lettres, Etudes Françaises, voici qu’elle chamboula tout dans le Département, se mit en tête de verser les étudiants dans le bain du théâtre. Et comme si ce n’était pas suffisant, traqua les talents, les poètes, organisa des rencontres entre eux. Normal dirions-nous ? Très peu appréciée par ces dames des Etudes Françaises qui n’oublièrent pas qu’avant d’être enseignantes et passeuses de la culture française, elles étaient avant tout Grandes Dames de la Société Malgache (G.D.S.M). Droit de séniorité oblige, il leur était intolérable de côtoyer une si toute jeune enseignante ignorant la hiérarchie et pensant lever parmi ses étudiants quelques Rabearivelo en herbes ! On ne lui pardonnera pas d’avoir contribué par l’ASCUT à dévoiler les textes en musique des Salala et Johary, ou l’humour d’un Gottlieb, ni surtout d’avoir mis en avant les auteurs tels que David Jaomanoro, Jean Claude Fota, ou votre serviteur Raharimanana. D’ailleurs les G.D.S.M ne soutenaient-elles pas que cette nouvelle littérature était bien trop pornographique ? Tellement loin de l’identité malgache ? Mais quelle identité ? Je n’avais pas bien compris à l’époque pourquoi une de mes nouvelles avait été estampillée ainsi dans les couloirs des Etudes Françaises, le personnage principal étant un lépreux – un lépreux pornographe ? J’avoue que maintenant l’image me tente énormément – merci les G.D.S.M. On retrouvera plus tard Nivoelisoa Galibert à l’Université du Nord (Antsiranana). A peine installée, la voici déjà sur l’île caillou Réunion, université toujours. Qui s’étonnera de la retrouver à Paris ? Mais que diantre fait-elle dans un Institut catholique ? Elle, fille d’une famille bourgeoise et protestante – légèrement puritaine, sinon plus ? Connue pour ses conférences autour de la littérature du voyage, la voici qui franchit la passe à son tour. De la critique à l’écriture, il n’y a que l’œil du voyageur qui change : voyageur externe qu’est le critique, voyageur interne qu’est l’écrivain…

La tentation est grande de faire le parallèle entre la vie de la narratrice et de l’auteure. Mais allons pendre la tentation à son arbre et ne gardons comme l’auteure que la langue venimeuse pour voyager à travers ce roman, à travers ce récit, cet écoulement de paroles – mais quel est exactement cet objet qu’est L’aube en maraude ? Une sotie, ou plutôt des soties affirme l’auteur. Mais faisons comme tout bon étudiant buvant la parole sacrée des G.D. S.M, un livre publié est d’abord un recueil de poèmes –le peuple malgache étant poète de nature ; un roman ensuite ; un recueil de nouvelles en troisième lieu – genre de chauffe pour aller à l’échelon supérieur ; un récit sinon – biographique, il va de soi ! ou enfin pour finir un essai –qui propulsera l’auteur au même niveau que le grand Foucault ou autres esprits vénérés et vénérables. Mais des soties ? Le mot est quelque peu désuet. Dans notre politesse infinie, nous nous garderons de formuler à haute voix l’idée de sottises qui s’est greffée immédiatement dans nos dignes têtes. Dame ! Auteur fait sérieux selon la légende des G.D. S.M ! Les sottises s’envolent, l’écriture demeure ! Devisons avec l’auteure – champagne à la main pour saluer la sortie de cet ouvrage important, sans avouer notre stupéfaction colossale et sottisale ; et partons sur la pointe des pieds consulter le Petit Robert qui paresse dans la cuisine de notre hôte – juste en dessous du petit mortier servant à piler les pili-pili et autres sossotements (pour encaisser les coups et les sons du pilon, il n’y a pas meilleur qu’un dictionnaire, je vous assure, de plus, on peut de temps en temps arracher une page pour alimenter le feu du fatapera…). Soties donc : farce de caractère satirique jouée par des acteurs en costumes de bouffon, représentant différents personnages d’un imaginaire « peuple sot ».

Un peuple sot, donc d’un pays imaginaire ! S’agit-il des Malgaches ? Un peuple sot ? Non ! On connaît trop la sagesse de ce peuple, l’héritage légué par ses ancêtres ! D’ailleurs, notre petit Robert précise qu’il s’agit d’un pays imaginaire. Nous pouvons donc respirer. Madagascar existe bel et bien. Suivons plutôt les aventures de ces sots de Bena-Bena, habitants de l’île Beno-Beno qui n’existe pas ! Le décor est planté. La farce est lancée. Un régal. La langue de la narratrice, pour commencer, s’avère être complètement hallucinante : « Dans ma brassée de francisceas, mauve blanc fuchsia, trois couleurs sur chaque branche et pour la chambre 003. C’est là qu’il repose, BLR. Plus olivâtre encore que lorsque nous avons traversé le tarmac pour rejoindre l’ambulance du CHD Félix Guyon. Il n’était d’ailleurs pas le seul à avoir besoin d’être sérieusement réconforté. Les deux autres étaient seulement un peu moins atteints. Ce qui signifie qu’au lieu de l’odieuse strangulation sigmoïdienne improprement nommée occlusion intestinale, ils avaient plus simplement acquis le déhanchement disgracieux et précipité de ces gens anormalement heureux de retrouver leur chez soi ». Narratrice qui, tout en jouissant du statut envié et fort sage de l’enseignant universitaire, fait montre d’une naïveté sans pareille : elle n’en revient toujours pas de raconter son histoire, celle de la perte d’un de ses projets accaparé par un groupe non identifiable aux visages nobiliaires et vaguement institutionnels. Ce projet ? La commémoration des 180 ans de l’alphabet latin dans son pays anciennement non-civilisé du Beno-Beno. Et qu’est devenu ce projet ? La narratrice nous embarque pour ce faire dans un long voyage dans l’histoire et la mémoire de ce pays. Il faut du souffle pour suivre l’auteure – pardon, la narratrice, il faut se laisser aller, goûter à toutes ces soties qui se succèdent au fil des pages. Première héroïne de ces soties, la narratrice elle-même qui se prête à la farce :
« Lors de ce congrès donc, pour illustrer méthodiquement son propos, dans un mouvement gracieux nonchalant charismatique de ses dreadlocks, ce compatriote, Toni Rysso, me demanda depuis la tribune des orateurs, à moi qui étais son amie rose anémone violette pensée fuchsia orchidée, de me lever. Que l’assistance pût admirer la réincarnation de l’esclavagiste bena-bena issu du Centre et qui jadis poursuivait sur les rivages les compatriotes en quête d’une eau bleue pour les vendre aux négriers blancs voici 150 ans encore. Par amitié et pour garder le sens de l’humour, noir, du fond de la salle je m’élevai à ce statut inattendu d’esclavagiste. Je tournai la face de gauche et de droite, la lustrant d’un sourire qui me bridât les yeux encore plus fendu et m’éclairât cette face encore plus olivâtre et me lissât les cheveux encore plus droit. Oui-da ! Me voilà adoubée esclavagiste bena-bena ».
Perdue, lasse et admirative à la fois des immenses soties de son pays, la narratrice nous entraîne dans son errance, du Caillou Réunion à Madrid, de Paris à Garches les Gonesses ! Une errance sous le signe des institutions tels que l’OUF ou l’ACAC (ne me demandez pas ce que cela signifie, je ne saurai trop comment vous l’expliquer…). Les mots n’ont plus d’enracinement, ils s’échappent tels des notes de musiques qu’on ne peut comprendre immédiatement mais qui vous transportent loin. A chaque page, l’on se demande qui de la narratrice ou des mots commandent l’écriture de ce livre : « car je suis altogyre férue de protase en perpétuelle lévitation et après tout j’ai le droit de déconstruire votre expression toute faite ». A l’instar de ces enfants envoyés la première fois à l’école et qui lors de la récréation retournèrent dans les champs et les cours maternels – franchement maternels de la maison, la narratrice n’a-t-elle pas inhalé trop de mots ou de concepts peu recommandables pour son esprit sous-développé de Bena-Bena ?
« 180 ans c’est peu, parce que l’autochtone de ces entreprises n’est pas encore sevré de l’implicite des sociétés holistes… »
Livre de l’errance au pays des Bena-bena, L’aube en maraude nous rappelle furieusement la situation d’un autre pays où les enseignants-chercheurs sont priés d’aller se balader ailleurs que dans les rues. Pauvres, dotés de peu de moyens pour mener leurs recherches, ils sont amenés à prendre patrie, fratrie, et même amitiés ailleurs. Notre narratrice choisit ainsi le pays de la Francophonie et stupeur ! C’est également un autre pays où les soties ont place d’honneur et privilèges ! Des personnages défilent, des coopérants en quête du complexe du KIR, se posant mille questions sur les « ceinture de sécurité. Rouge latérite ».

Mais L’aube en maraude est également une histoire d’amour. De celle de Lisa, la narratrice, et de BLR, autre habitant du pays des OUF, des CRI, UPSPIV, SCAC, LRL ou FLUCG : « Ma ville, je t’aime, je t’aime, si tu savais comme je t’aime, pour tes mains que je n’ose regarder soyeuses, pour tes failles que je saurai profondes, pour tes bleus que je frôlerai douloureux. La joie rôdeuse vient de nulle part et de partout. La berline repart, frémissant de tout son châssis, ma jambe contre la sienne. Je détache vivement ce membre ardent. Je veux échapper à ce brasier qui n’en finit pas de crépiter. Lui aussi est frappé du même réflexe. Sur le pare-brise devant nous, la fine pluie se piquette de petites fleurs jaunes et saumonées ». La gravité vient fine s’insinuer dans ces soties. Sous la profusion des mots et l’apparente désinvolture des propos transparaît l’urgence, le cri, un rire qui s’abrite sous l’absurde pour ne pas verser dans les pleurs.
L’aube en maraude est un événement dans la mesure où jamais un écrivain dans la littérature malgache n’a adopté un tel rire…

Paris, 20 mars 2005



Les lazaristes de Madagascar et Vincent de Paul (correspondance)

L’ouvrage décrit ci-dessous constitue, à mon sens, l’oeuvre majeure de ma production scientifique. J’y présente les 26 lettres échangées avec leur supérieur, le futur Saint Vincent de Paul (1581-1660), par les lazaristes affectés « au fort Dauphin » au XVIIe siècle. La première mission, composée des seuls Charles Nacquart et Nicolas Gondrée, commença en 1648 ; la dernière lettre fut écrite en 1661 par Nicolas Etienne qui ignorait que M. Vincent était décédé l’année précédente.

 

Ma reconnaissance va ici particulièrement au Pr. François Moureau, directeur, et à Sophie Linon-Chipon, Maître de conférences et secrétaire générale des Pups.

 

Nivoelisoa Galibert, À l’angle de la Grande Maison. Les Lazaristes de Madagascar : correspondance avec Vincent de Paul (1648-1661), Presses universitaires de Paris-Sorbonne, coll. Imago mundi, série Textes 3, 2007, 552 p (+ h.t. 11 p. n et b)

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© N.G. 2007

4e de couverture :

À L’ANGLE DE LA GRANDE MAISON
LES LAZARISTES DE MADAGASCAR :
Correspondance avec Vincent de Paul
(1648-1661)

Textes établis, introduits et annotés par Nivoelisoa Galibert

Au même titre que les écritures arabico-malgaches (Sorabe), la Grande Maison (Tranobe) est emblématique de la religion pratiquée dans l’Anosy dans le Sud-Est de Madagascar. Entre islam revisité et pratiques ancestrales, le microcosme lazariste en mission depuis 1649 au Fort Dauphin achoppe au caractère en apparence essentiellement anthropocentriste de cette religion. Le cadre de cette évangélisation difficile est la première tentative d’établissement français à Madagascar sous l’égide de la Compagnie des Indes Orientales (1642-1674), principalement sous le mandat du gouverneur Étienne de Flacourt, auteur de l’Histoire de la Grande Isle Madagascar (1658 et 1661).
La correspondance adressée au futur saint Vincent de Paul (1581-1660) demeure un texte encodé dans l’esprit de l’éveil missionnaire antérieur à la révolution idéologique des Lumières. En tant que témoignage des acteurs, le présent recueil introduit directement dans l’ailleurs spatio-temporel du XVIIe siècle de la Congrégation de la Mission [lazariste], ordre destiné à l’origine à la seule assistance des pauvres de France. De fait, écrites à l’Âge classique, les lettres posent déjà les jalons de la problématique moderne du contact des cultures, d’où jaillit la mise en lumière comme la mise à l’ombre de l’identité des évangélisateurs et de l’altérité des autochtones. La réflexion sur l’échec de la mission chrétienne dans ses premières tentatives dans l’océan Indien s’organise ainsi autour de trois axes : générique, qui met au jour le texte encodé par les spécificités de la lettre missionnaire au XVIIe siècle ; poétique, qui met la rhétorique au service d’un discours d’enveloppement avant les Lumières ; enfin anthropologique, qui actualise ce que les ethnologues actuels nomment le principe de coupure.
Le corpus annoté de la correspondance est assorti d’une part d’une présentation générale, qui contextualise l’écrit itéré dans les éditions de copistes et de prêtres archivistes de la Congrégation de la Mission, d’autre part d’annexes diverses – index, glossaire, chronologie, notices biographiques, et autres documents lazaristes.

Professeur des Universités, Nivoelisoa Galibert est membre de l’Académie nationale malgache, chercheur associé au Centre de Recherches Littéraires et Historiques de l’Océan Indien (Université de La Réunion) et membre du Groupe de Recherches Interdisciplinaires sur les Écritures Missionnaires (Institut Catholique de Paris) ainsi que du Centre de Recherche sur la Littérature des Voyages (Université de Paris-Sorbonne – Paris IV). Elle est l’auteur d’une thèse d’État intitulée Madagascar dans la littérature française de 1558 à 1990. Contribution à l’étude de l’exotisme (Septentrion, 1997) et d’une Chronobibliographie analytique de la littérature des voyages imprimée en français sur l’océan Indien des origines à 1896 – Madagascar Réunion Maurice – (Honoré Champion, 2000).



Humour noir made in Madagascar

JOLIES TOMBES

Tombe militaire
© N.G. 2008

Je trouve effarant cet article diffusé ce jeudi 16 octobre 2008 par « Les Nouvelles, quotidien national [francophone] d’information et d’analyse », et signé « Mparany ».
Resterons-nous encore longtemps dans l’obscurantisme sans espérer un minimum d’analyse de la situation ? Les livres des chercheurs ne sont lus de personne : ça, on le sait. À qui revient la tâche de la mise au point dans ce cas ?
Pouvez-vous lire ce compte rendu de fait divers jusqu’au bout et me dire ce qu’il faut en penser ? Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.
J’ai si mal à ce pays !
Un souhait : que les morts reposent en paix.
Nivoelisoa Galibert

« Le meurtrier court toujours

La police est toujours à la recherche de Noël, le jeune homme qui est suspecté d’être l’auteur du meurtre d’un commerçant chinois, habitant Ambanidia.

Le 17 septembre dans la nuit, Noël qui venait juste d’être embauché par le couple est venu avec un autre individu. Sans ambages, Noël et son ami ont violemment frappé le Chinois et son épouse. Les croyant morts, ils les ont abandonnés. Mais avant de quitter les lieux, ils ont emporté plusieurs cartes de recharge et une somme d’une valeur de 2,4 millions d’ariary.

Le père de famille décédera le 1er octobre. Quant à sa femme, elle reçoit toujours des soins intensifs à l’hôpital.

Saisis de l’affaire, les enquêteurs du service central des affaires criminelles ont mené un véritable travail de fourmis pour avoir des pistes pouvant élucider l’affaire.

Hier, ils ont mis la main sur un jeune homme dénommé Congo. Ce dernier n’est autre qu’un voisin du couple. Lors de l’enquête, Congo a avoué avoir aidé Noël dans le vol. Par contre, il a nié toute implication dans le meurtre. «Je viens de consulter un voyant à Tsiadana et celui-ci a déclaré que Noël m’avait menti quant au montant exact du butin. Tout comme vous, je suis également à sa recherche», a-t-il déclaré évasivement aux enquêteurs.

Congo sera présenté au parquet ce jour. »



Poésie : j’ai aimé « Mihamavana Madagascar » de Jacques Lardoux

MIHAMAVANA MADAGASCAR de JACQUES LARDOUX
OU QUAND LES RÊVES SE FONT RÉCITS
Par Nivoelisoa Galibert

Mavana ocean Indien
© N.G. 2007

[Corpus : Jacques Lardoux, Mihamavana Madagascar, Poitiers, Le Torii Éditions, coll. “La langue bleue”, 1999, 61 p.
Le titre de cet article publié dans L'Express de Madagascar à la parution du recueil est inspiré par la formule d’Yves Bonnefoy, “récit en rêve” lequel désigne un nouveau type d’écriture, entre poésie lyrique et prose poétique.]

Nous connaissions déjà les Éditions du Torii pour l’intérêt qu’elles portent à l’ailleurs – ailleurs vécu, ailleurs rêvé ou simplement imaginé. Alain Quella-Villéger y avait fait paraître en 1990 Routes malgaches, le numéro spécial des Carnets de l’exotisme (1).
Et la Faculté des Lettres de Tana se souvient certainement de ce jeune universitaire posé mais point austère – regard bleu, toujours égal à lui-même – d’une science, d’une générosité intellectuelle, qui ne seront passées inaperçues ni de ses étudiants ni de ses collègues.
Originaire du Val d’Oise, docteur es Lettres, coopérant à Madagascar de 1978 à 1984, puis maître de conférences à l’Université Paul Valéry de Montpellier, Jacques Lardoux est actuellement professeur à la Faculté des Lettres d’Angers.
Quinze ans après son départ de l’Ile, il ne baisse pas pavillon devant le drame malgache (2). Le titre de son recueil de poèmes, Mihamavana Madagascar – murmure et clarté des sonorités malgaches – est significatif : “Mihamavana en malgache indique l’action de fleurir”, nous annonce-t-il d’entrée de jeu (3). Ainsi, dans ce recueil, l’espoir se conjugue hors du futur : “entre la tentation de l’éternité et le simple présent”, constate Guillevic.
A cela, j’ajouterais que la poésie de Jacques Lardoux se trouve dans ce qui nous manque. Elle se trouve dans ce que nous voudrions qu’il existât. Car elliptique à souhait, à la façon malgache, ce recueil résonne comme un imparfait du subjonctif qui ne se dit pourtant jamais, paradoxalement chaud, parfois torride, aventure merveilleuse à laquelle nous invite chaque “récit en rêve”.
Autre aventure merveilleuse pour le lecteur : confronté à l’impossible compte rendu, le critique choisit de s’effacer derrière le non-dit d’un vrai poète. “Frissons/Avènement” (40), “chaude/Odorante colorée” (40), “bleu qui vire au violet”(44), “doux tendre profond” (55)… : ses propres mots font le tour de notre émotion.
Lecteur, voici quelques passages de Mihamavana Madagascar, “à goûter avec la chair, sans peur de la destruction” (Jean-Charles Dorge (4)) :

“Zaza…
Poursuivant l’arc-en ciel
Vêtues de soleil
Les petites filles
Ne savent pas se résigner
Elles font de la soupe
Avec des fleurs !” (33)

“Mihamavana ny zakaranda…
Les jacarandas violinent (…)
Les enfants du quartier Nord
Nouent les tresses du vide
Aux couleurs du matin (…)” (12)

“Celle dont la jupe
Se lève
Ouvre une faille
dans le vide de notre avenir” (53)

“Maintenant
Que tout est devenu eau et ciel
Là comme une vibration
Un accord dans le fruit
- “Maki maki…” (41)

Voilà enfin qui ressemble à Madagascar. Après cinq siècles et un millier de croquis français d’inégal bonheur, la relève de Robert Mallet (5) est mieux qu’assurée. Jacques Lardoux éclaire d’un rai subtil, délicat, le champ des souvenirs malgaches. L’Ile ressort grandie de ce regard nouveau, pénétrant, tout silence et lumière. Elle grandit de cette fusion jamais défaillante avec le naturel malgache. Et pour ne rien enlever au plaisir de l’esthète, l’objet est distingué : format italien, couverture et papier mats, blanc rompu, mise en page aérée de paysages malgaches – photographies en noir et blanc de l’auteur… A posséder sans regret dans sa bibliothèque personnelle !

Notes :

1) Routes malgaches. Les Carnets de l’exotisme, n°2-3, avril-septembre 1990 2) Les années 1980 sont celles des pénuries de PPN ou Produits de Première Nécessité à Madagascar. 3) Avec la complicité de Mathilde Rakotozafy pour la traduction.
4) Préfacier du recueil.
5) Les Mahafaliennes (1961) ; Région inhabitée (roman,1964) ; La Rose en ses remous (1971) ; Quand le miroir s’étonne (1974). Toute l’oeuvre de Robert Mallet est parue chez Gallimard.



À LA MANIÈRE DE PRÉVERT : FACTURES BLEUES

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© S.C. 2007

Saint-Denis de La Réunion – Paris – Saint-Denis, février-mars 2005

Inventaire : Restauration, livres, cinéma, RATP, pharmacie, taxis, cadeaux

24/02/05 : GAUMONT LACAZE : 15,00
28/02/05 : RATP Semaine : 15,40
28/02/05 : FNAC FORUM : 33,69
28/02/05 : JACQUELINE RIU HABILLEMENT : 29,80
28/02/05 : PHARMACIE (GRIPPE, PIEDS) : 14,40
02/03/05 : LIBRAIRIE GIBERT : 150,00
02/03/05 : MANGO HABILLEMENT : 57,70
02/03/05 : JACQUELINE RIU HABILLEMENT : 9,90
03/03/05 : MANGO HABILLEMENT RETOUR : +5,00
04/03/05 : GAUMONT PARNASSSE CARTE : 34,00
04/03/05 : KOOKAI HABILLEMENT : 49,90
05/03/05 : BRIOCHE DORÉE (RAHOLI) : 9,90
05/03/05 : H&M HABILLEMENT : 9,90
06/03/05 : RATP (Carnet de 10) : 10,50
07/03/05 : ETAM HABILLEMENT : 12,80
07/03/05 : JENNYFER HABILLEMENT : 9,90
07/03/05 : PIMKIE HABILLEMENT : 21, 80
07/03/05 : MANGO HABILLEMENT : 84,90
07/03/05 : RETRAIT TAXI : 50,00
07/03/05 : SENT-BON (BÉBÉ RAHOLI) : 12,50
08/03/05 : C&A HABILLEMENT : 19,49
11/03/05 : GAUMONT LACAZE : 15,00
25/03/05 : LE JAMAÏCAIN CARREFOUR : 46,20
25/03/05 : PLAZA : 15,00

TOTAL: 722,68 dont 91,20 à Saint-Denis et 631,48 à Paris



Le singulier voyage d’Herizo

Tombes militaires
© N.G. 2008

Hommage à Herizo Razafimahaleo (1955-2008)
Par Nivoelisoa Galibert

Qui disait que ceux qui ont choisi la route de l’exil ne pourront plus vibrer au rythme de ceux qui seront restés ? La disparition de Herizo Razafimahaleo nous touche pourtant au plus profond de notre âme.

Herizo Razafimahaleo s’était singularisé par l’esprit de trublion qui se réalisait par les démissions itérées lorsque l’éthique politique était bafouée. Il se singularise aujourd’hui par son silence définitif devant le délitement de la société, devant l’impossible coalescence des brèches politiques, devant le déni du mythique fihavanana face au deuil : le sanglot de l’un n’occultera décidément jamais l’absence de l’autre.
C’est grâce à ce silence assourdissant toutefois que l’intellectuel, davantage préoccupé de chiffres et de résultats que de mots, occupera désormais un espace encore plus visible dans le champ politique malgache – et peut-être du Tout-Monde par le biais de la diaspora malgache.

Dans le défilement de son parcours, point d’actes inexplicables. Le débat, le vrai, est négation de toute hyperbole : l’ancien Vice-Premier ministre et ministre n’arborera pas de distinction honorifique à titre posthume.
De la sorte, l’engagement personnel d’Herizo Razafimahaleo aura été un objet rare et précieux. Son passage éclair, dans l’agir, une belle leçon d’humilité et d’implication citoyenne.

Aujourd’hui, requiescat in pace : qu’il repose en paix.

NB Cet hommage est paru dans une autre version au « Courrier des lecteurs » de L’Express de Madagascar du 31 août 2008, p. 2
Fihavanana : alliance traditionnelle


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